Livres Hebdo : Comment s’est passée votre arrivée au Seuil ?
Laure Defiolles : Très simplement, j’avais déjà un pied au Seuil où je travaillais comme éditrice indépendante. Je connaissais Coralie Piton ainsi que ma prédécesseuse Maud Simonnot (partie chez Actes Sud, ndlr) avec qui j’avais collaboré pendant presqu’un an. De plus je maîtrisais les process et étais en relation avec les équipes, ce qui a beaucoup facilité les choses. Comme j’ai commencé ma carrière au Seuil il y a 25 ans, j’ai eu le sentiment de revenir à la maison.
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Quels sont les temps forts de la rentrée littéraire du Seuil ?
Sibylle Grimbert rejoint la collection « Cadre rouge » avec La grande interruption, un roman d’anticipation qui s’inscrit dans le prolongement de ses œuvres précédentes. C’est en quelque sorte sa version de La Route, mais à la manière de Lewis Carroll. Nous accueillons aussi Colin Niel, dont Le septième siffleur, porté par Bénédicte Lombardo, marque son entrée en littérature blanche. Son roman, qui aborde les enjeux sociaux et économiques, est un hymne aux hommes et à la nature. En « Cadre rouge », nous publions également Grenouille, deuxième roman de Sergueï Shikalov, sur l’exil en France d’une star de cinéma russe qui fuit la guerre en Ukraine et Un été de trahison de Romain Slocombe, roman qui entrecroise les destins de quatre femmes dans la France de 1940. Sans oublier, dans la collection « Fiction&Compagnie » de Bernard Comment, le très attendu deuxième roman de Diaty Diallo, Darya et Dounya, ainsi qu’un roman surprenant de Laura Tinard, Lady Diana, ma mère et moi.
Cette année Le Seuil publie aussi un premier roman, Les braves de Morgan Barrail…
C’est un texte rageur, drôle, sensible sur la jeunesse et la ruralité qui allie geste politique et travail singulier sur la langue. Je l’avais proposé avant de prendre la direction éditoriale du Seuil et j’y crois beaucoup.
« Il nous appartient d’assurer la cohérence de ce catalogue tout en l’ouvrant à de nouvelles voix »
Vous êtes entrée en fonctions il y a quelques mois. Quelle politique d’auteurs entendez-vous défendre ?
Nous avons un beau catalogue que je suis très fière de défendre et nous accompagnons les auteurs pour qu’ils continuent à rayonner. Je ne suis pas la seule à le porter, c’est un travail qui est mené par toutes les équipes du Seuil. Aujourd’hui il nous appartient d’assurer la cohérence de ce catalogue tout en l’ouvrant à de nouvelles voix et en le faisant grandir. À ma petite échelle, j’aimerais apporter un peu plus de colère, quelle qu’elle soit. C’est une ligne qui est déjà dans l’ADN du Seuil – je pense aux livres de Lydie Salvayre et Édouard Louis qui proposent déjà une littérature de la colère, ou encore à ceux de David Lopez et Julia Deck. « Cadre rouge » s’inscrit dans cette continuité que j’entends poursuivre à mon tour.
Comment va évoluer Alma, qui est devenu un label de Seuil en janvier dernier ?
Alma va être mis en sommeil à partir de juillet. Il me semble compliqué d’incarner les deux, voire contreproductif. Le dernier titre d’Alma est Bombus de l’autrice tchèque Lenka Hornakova-Civade, qui a paru le 3 avril.
Comment s’est passée la dernière rentrée littéraire du Seuil ?
De la dernière rentrée nous retenons bien sûr le parcours incroyable du Bel obscur de Caroline Lamarche, finaliste du prix Goncourt 2025 et succès commercial avec près de 20 000 exemplaires vendus. Les romans de Grégory Le Floch, Adrien Genoudet et Vincent Message se sont aussi bien comportés.
La conjoncture est néanmoins difficile pour la littérature, et plus généralement pour le livre. Comment Le Seuil s’y adapte-t-il ?
Freida McFadden ne nous empêche pas de croire à ce que nous faisons. La littérature que nous défendons peut tout à fait cohabiter avec une littérature plus grand public. Nous multiplions par ailleurs les signaux d’écoute, de soutien et d’intérêt pour la librairie, qui joue un rôle fondamental dans le succès de nos titres. J’ai à cœur que les libraires soient nos premiers prescripteurs.
