Roman/France 29 août Lenka Horňáková-Civade

Il n'est pas facile d'être tchèques en 1938. Et les deux personnages principaux de La symphonie du Nouveau Monde, au statut social pourtant bien différent, vont vivre la Seconde Guerre mondiale qui s'annonce, en France, en mode résistance et survie. Au sud, fraîchement muté à Marseille, voilà Vladimir Vochoc, le consul général de la jeune république tchécoslovaque, le nouvel Etat commun des Tchèques et des Slovaques libéré de la tutelle austro-hongroise dix-huit ans plus tôt ; et à l'Est, Bojena, une jeune Pragoise, ancienne vendeuse de tissus dans un grand magasin, en route pour l'Amérique avec son mari, vendeur de bicyclettes, bloquée sur le point d'accoucher à Strasbourg. Mais l'Amérique est loin, et les accords de Munich en septembre 1938, qui livrent la Tchécoslovaquie à Hitler, scellent le sort de la paix en Europe. A Marseille, le consul est « surpris de trouver des ressemblances avec Prague », écrit-il à sa jeune fiancée d'origine alsacienne. Diplômé en droit, républicain militant, ce personnage historique que Lenka Horňáková-Civade a fait « entrer dans l'orchestre de la fiction » a une haute idée de sa mission. L'écrivaine a imaginé qu'il connaissait par cœur les 134 articles de la Constitution de son pays et les récitait comme un poème, à la fin de sa vie. Dans une narration très dialoguée, avec des sauts à Prague en 1953 et en 2002, l'histoire est aussi vue à travers les yeux d'une poupée de chiffon qui appartient à Josefa, la fille que Bojena a volée nourrisson et élevée comme son propre enfant. Cette poupée avec « une étoile à la place du cœur » porte le secret des origines et la mémoire d'une épopée qui ira jusqu'à Vence et au maquis de Creuse. 

Lenka Horňáková-Civade née, en 1971, arrime sa fiction à l'histoire secouée du pays où elle est née, liée depuis longtemps à celle de son pays d'adoption, la France. Le français, cette « langue de culture », comme la défendra Josefa devenue grand-mère, est la langue d'écriture de la romancière, lauréate du prix Renaudot des Lycéens pour Giboulées de soleil en 2016 et dont le deuxième roman Une verrière sous le ciel (Alma éditeur, 2018) a été couronné du prix Richelieu de la francophonie. Fantasmes d'ailleurs mythiques, hérédité, exil, nostalgie du pays perdu..., ce troisième roman est aussi celui de la loyauté : loyauté d'un représentant de l'Etat qui reste fidèle à ses idéaux républicains, dévoué à ses compatriotes, leur procurant le fameux passeport rose, couleur du grand départ et de la liberté, quitte à être plus tard accusé de trahison. Loyauté aux rêves de Nouveau Monde, nourris par la musique de Dvorak et par l'espoir activé par une poignée de cartes postales, loyauté aux liens du cœur. La romancière, qui admire par-dessus tout les femmes insoumises capables de toutes les transgressions et dotées d'un instinct et d'une volonté hors normes, salue les héros de l'ombre de cette « nation de Sisyphes », « un peu phénix ». « L'histoire des Tchèques est une suite de renaissances », résumera le consul déchu. 

Lenka Horňáková-Civade
La symphonie du Nouveau Monde
Alma éditeur
Tirage: 5 000 EX.
Prix: 18 euros ; 292 p.
ISBN: 9782362794384

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