La bande dessinée cherche sa voie vers le monde éducatif | Livres Hebdo

Par Cécilia Lacour, à Angoulême, le 07.10.2017 à 20h14 (mis à jour le 08.10.2017 à 09h41) Rencontres Nationales de la BD

La bande dessinée cherche sa voie vers le monde éducatif

Une quarantaine d'intervenants se sont succédés pour des tables rondes autour du thème "Bande dessinée et éducation". - Photo CÉCILIA LACOUR / LIVRES HEBDO

Les 2e rencontres nationales de la bande dessinée, organisée les 5 et 6 octobre à Angoulême par la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, ont traité de l’évolution de la place du 9e art dans le système éducatif en cherchant  à ouvrir de nouvelles perspectives. 

Devant plusieurs centaines de participants - 314 le premier jour et 200 le second, dont 70% d'enseignants -, une quarantaine d’invités se sont succédés aux Rencontres nationales de la bande dessinées, organisée à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI) à Angoulême les 5 et 6 octobre, pour "tracer des voies et renforcer les expériences conduites" entre le 9e art et l’éducation, selon Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité. 

Au terme de ces rencontres, force est de constater que la bande dessinée peine à se frayer un passage vers les bancs de l’école. Alors que le 9e art "s’affirme comme un outil éducatif", explique le sociologue Sylvain Aquatias, la bande dessinée a du mal à acquérir une légitimité au sein de l'institution. Il a fallu attendre 1996 pour qu’elle prenne officiellement place dans l’école. "Mais cette première avancée s’est réduite avec les programmes de 2008, regrette le sociologue ajoutant que la bande dessinée apparaît davantage en tant que support qu’en tant qu’œuvre"

"Facile, populaire et amusante"

Sylvie Plane, vice-présidente du Conseil supérieur des programmes, rattaché au ministre de l’Education nationale, affirme que la bande dessinée a toujours mauvaise réputation, certains de ses interlocuteurs l’ayant qualifiée de "facile, populaire et amusante". De fait, le 9e art est le parent pauvre de la littérature enseignée à l’école, "les enseignants se sentant fragilisés par rapport au langage de la bande dessinée", assure Nicolas Rouvière, maître de conférence en langue et littérature. 

L’absence de la bande dessinée dans les classes s’expliquerait par le manque de formations des enseignants aux subtilités du 9e art. Claire Simon, professeure de lettres, chargée de mission bande dessinée au rectorat de Poitiers et professeure relais à la CIBDI, déplore cette réalité expliquée par le fait que "la bande dessinée n’est pas une matière et n’est pas reconnue comme un art". A l’heure où l’auto-formation des enseignants domine, Claire Simon appelle à ouvrir "une certification BD, comme il en existe pour le théâtre ou le cinéma".

Une culture BD

Malgré ce manque de légitimation, de nombreuses initiatives - dont certains intervenants s’en sont fait l’écho comme Florence Weissler, principale du collège François Villon à Paris ou encore Yann Stenven, enseignant en arts plastiques - sont menées dans les établissements scolaires: expositions, résidences d’artistes, ateliers...

Pour faire entrer la bande dessinée à l’école, "il faut associer trois axes: pratique, rencontre et connaissance", explique Philippe Galais, inspecteur général de l’Education nationale, dans le groupe enseignements et éducation artistique. Cela passe notamment par la découverte de l’histoire de la bande dessinée. "Il est important de créer des repères pour créer une culture BD, pour ceux qui n’en lisent pas mais aussi pour ceux qui en lisent un peu", souligne Didier Quella-Guyot, enseignant, auteur et créateur du site l@bd

Autre point souligné par Benoît Mouchart, directeur éditorial de Casterman, les prix pratiqués qui pourraient empêcher la diffusion de la bande dessinée dans les établissements scolaires. 

Soutien des ministères

Pour autant, la présence de Françoise Nyssen et de Jean-Michel Blanquer, respectivement ministres de la Culture et de l’Education nationale, montre le soutien gouvernemental à l’essor de la bande dessinée dans la pratique éducative.

Ce soutien à été  réaffirmé par Philippe Chantepie, inspecteur général des affaires culturelles au ministère de la Culture. "Il n’a pas de politique spécifique sur la bande dessinée en matière d’éducation artistique et culturelle. Mais l’augmentation du budget du ministère de la Culture prévue pour 2018 va faire un appel d’air pour que la bande dessinée puisse jouer un plus grand rôle", assure-t-il. 

Les éditeurs sur le créneau de l’éducation

Si la bande dessinée peine à entrer en éducation, certains éditeurs spécialisés misent sur ce support pour diffuser des contenus pédagogiques. C’est notamment le cas de la collection du Lombard, "La petite Bédéthèque des savoirs" ou de la collection "Sociorama" de Casterman.
 
Pierre Lungheretti - Photo ALBERTO-BOCOS GIL
"La bande dessinée a été, depuis très longtemps, utilisée comme véhicule d’instruction tout en étant divertissant. Dans le cas de Sociorama, il est clair que la collection n’est pas destinée aux fans de BD", explique Benoît Mouchart chez Casterman. David Vandermeulen, auteur et éditeur de "La petite Bédéthèque des savoirs" assume la "vocation pédagogique affirmée" de la collection dont le tirage moyen est de 10 000 exemplaires par titre. 

"Ce travail montre la large réceptivité du public et cela permet d’ouvrir des portes vers une façon différentes d’aborder des sujets de sociétés ou scientifiques, permettant une plus large diffusion des savoirs", estime Pierre Lungheretti. Mais attention toutefois, "le fait d’utiliser la bande dessinée à des fins pédagogiques peut faire penser que c’est un média complexe à appréhender et qui sort des activités de loisirs", nuance le sociologue Sylvain Aquatias. 

L’intégralité des conférences tenues pendant les Rencontres nationales de la bande dessinée sont disponibles en vidéo ici

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