À Épinal, les frontières entre réel et imaginaire s’effacent le temps des Imaginales. Dans le parc du Cours, à l’ombre des arbres et au bord de la Moselle, il n’est pas rare de croiser sorcières, chevaliers, elfes ou autres créatures fantastiques déambulant entre les tentes des exposants. Chaque année, les festivaliers s’y retrouvent pour célébrer les littératures de l’imaginaire à travers rencontres avec les auteurs, tables rondes, cosplay et stands d’artisans inspirés des univers fantasy et fantastiques.
C’est dans cette ambiance à la fois bucolique et foisonnante qu’a été inaugurée, ce jeudi 28 mai, la 25e édition des Imaginales, le festival consacré à la fantasy, au fantastique et à la science-fiction. Cette année, l’événement est placé sous le thème : « Alter Ego : et si l’autre n’existait pas ? »
« L’imaginaire est précieux quand il permet de regarder le réel autrement »
Le coup d’envoi est donné sous un Spiegeltent, ces anciennes tentes de bal aux allures de cabaret fantastique. Le maire d’Épinal, Benoît Jourdain, ouvre les festivités en souhaitant la bienvenue aux visiteurs : « Nous avons une très belle édition qui s’ouvre devant nous », se félicite-t-il.
Coup d'envoi des Imaginales 2026 : Gilles Francescano, Benoît Jourdain, Babayaga, RJ Barker, Christopher Bouix - Photo LLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
À ses côtés, le directeur artistique Gilles Francescano revient sur le thème de cette année, invitant le public à réfléchir à la place de l’autre et à prendre une distance critique face à l’actualité : « Si nous prenons un peu de recul grâce aux littératures de l’imaginaire, nous pouvons réinventer notre manière de voir le monde. L’imaginaire est précieux quand il permet de regarder le réel autrement. »
Il salue également le travail autour des nocturnes, devenues l’un des temps forts du festival, avant de présenter plusieurs invités présents sur scène : Christopher Bouix, « coup de cœur » de cette édition, l’illustratrice Babayaga Pepperland, ou encore l’auteur britannique R.J. Barker, qui confie avec enthousiasme : « Ce festival est l’un de mes endroits préférés au monde. »
Le directeur artistique rappelle aussi que le festival proposera de nombreuses tables rondes autour du sujet de l’alter ego et des mondes imaginaires, ainsi que des espaces de jeux de société. Il invite enfin les visiteurs à découvrir « La Bulle aux livres », immense tente réunissant auteurs et éditeurs, véritable cœur battant des Imaginales.
La Bulles aux livres
Sous le grand chapiteau blanc, le festival se poursuit dans l'effervescence. Écrivains et éditeurs échangent avec le public, dédicacent leurs ouvrages et posent volontiers pour des photos. Une agitation joyeuse anime les allées.
La bulle aux Livres, Imaginales 2026- Photo LLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les éditions Hurlevent, spécialisées dans les romans historiques teintés de fantastique, accrochent le regard avec leurs couvertures mystérieuses. Marion Juin-Semet, cofondatrice de la maison qui a récemment réédité Jane Eyre de Charlotte Brontë (trad. Noëmi Lesbazeilles-Souvestre), partage son enthousiasme avec Livres Hebdo : « C’est un salon que nous avons adoré faire l’année dernière. Dès le jeudi matin, il y a déjà beaucoup de monde, ça promet un très beau week-end. » Elle ajoute : « Nous sommes complètement en phase avec le public des Imaginales grâce à cette dimension surnaturelle et fantastique que l’on retrouve dans nos ouvrages. » L’éditrice confirme également le succès rencontré lors de l’édition précédente, marqué par de nombreuses découvertes de la maison par le public.
Marion Juin-Semet (éditions Hurlevent), aux Imaginales 2026- Photo LLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Au détour des allées, Christopher Bouix, à qui l'on doit Les 7 vies de Léo Belami (R Jeunes Adultes, 2019), abonde : « Les Imaginales sont un festival incontournable de l’imaginaire. C’est important qu’il existe encore des événements comme celui-ci, qui permettent aux autrices, auteurs, lectrices et lecteurs de se rencontrer. » Il se réjouit de voir autant de jeunes présents : « Tout le monde dit que les jeunes ne lisent plus, mais on voit bien ici que ce n’est pas complètement vrai. »
Un peu plus loin, R.J. Barker est en pleine séance de dédicace. L’auteur britannique, connu pour ses récits de fantasy sombre où la brutalité du monde contraste avec une grande sensibilité émotionnelle, revient à Épinal pour la deuxième fois : « C’est formidable de rencontrer mon public français, de partager et de créer du lien avec les lecteurs. Il y a quelque chose de très chaleureux dans ce festival. L’atmosphère y est particulière, c’est un endroit où les gens peuvent être pleinement eux-mêmes. »
Victor Dixen attire lui aussi une longue file de lecteurs impatients. Parmi eux, Ève, 33 ans, attend avec plusieurs livres à la main : « J’aime beaucoup ses thèmes et j'adore la manière dont il les traite. »
Victor Dixen en dédicace, Imaginales 2026- Photo LLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Trouver son public
Dans les différents stands, les éditeurs affichent déjà leur enthousiasme dès ce jeudi matin. Justine Hautin, chargée des maquettes et de la collection young adult à ActuSF, ainsi que Laura Salomon, responsable de l’éditorial et des réseaux sociaux de la maison, se réjouissent de leur présence aux Imaginales. « Ici, on est sûrs de trouver notre public », explique Justine Hautin. Laura Salomon nuance toutefois : « Le marché du livre reste compliqué, mais celui de l’imaginaire continue de progresser. »
Même constat du côté des éditions La Volte. Nay El Achcar, chargée des relations libraires, souligne l’importance du festival pour la visibilité des auteurs : « Ici, on peut rencontrer des lecteurs qu’on n’aurait pas forcément touchés en librairie. On peut aussi parler des livres autrement, notamment grâce à des tables rondes de grande qualité. » elle ajoute : « Le public est différent, ce sont de vrais passionnés, très ouverts à la découverte. » Lionel Cruzille, fondateur des éditions de L’Alchimiste, salue lui aussi un public de fidèles et de passionnés toujours au rendez-vous.
Un festival tourné vers la jeunesse
Les Imaginales sont également un festival résolument tourné vers la jeunesse. Dans le « Magic Salon perdu » se tenaient ce jeudi les Prix Imaginales des Lycéens et des Collégiens, ainsi que plusieurs tables rondes durant lesquelles les élèves pouvaient interroger directement les auteurs. Le prix des collégiens a récompensé Victor Dixen pour Agence Perdido (Bayard Jeunesse) et celui des lycéens a courroné Gaël Aymon et son 17 ans à jamais (Nathan).
Méthodes d’écriture, création des personnages, coulisses de fabrication des romans : les jeunes lecteurs se montrent particulièrement curieux des œuvres étudiées en classe et avides d’en découvrir les secrets.
Table ronde autour de la sélection du prix Imganiales des lycéens- Photo LLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Un nouveau prix des festivaliers
Dans l’après-midi, une nouveauté a été annoncée sous l’un des majestueux chapiteaux du festival : la création du Prix des festivaliers.
Dans une volonté d’impliquer davantage le public, 500 participants pourront s’inscrire et disposeront d’un an pour lire les ouvrages en compétition avant d’élire le lauréat du Prix Imaginales des festivaliers 2027.
La sélection comprend :
- Le Sang et la Mer – tome I : Chroniques de l’Argo, d’Adrien Tomas (Rageot)
- Le Cri du Soleil, de Siècle Vaëlban (Big Bang)
- Festin de larmes, de Morgane Caussarieu et Vincent Tassy (ActuSF)
- Passer la brume, de Julia Colin (Aux Forges de Vulcain)
Interview de Benoît Jourdain, maire d'Épinal
Comment abordez-vous cette édition des Imaginales ?
C’est mon premier festival en tant que maire, mais cela fait vingt-cinq ans que je suis élu local et j’ai participé à la création des Imaginales. Nous avons vu ce festival évoluer de manière très positive. Pour une ville comme Épinal, c’est une chance extraordinaire d’accueillir un événement d’une telle qualité, réunissant autant de visiteurs, d’artistes et d’auteurs. Tout me laisse penser que cette 25e édition s’inscrira encore dans une dynamique de développement, avec un festival toujours plus attractif et fédérateur. Je tiens d’ailleurs à saluer la qualité du programme proposé, aussi bien en littérature qu’avec les animations nocturnes et le vidéo mapping, sans oublier tous les partenariats que le festival a su construire au fil des années.
Lors de la première édition, en 2002, le festival était beaucoup plus modeste. C’était avant tout une idée inscrite dans l’histoire d’Épinal, capitale de l’image. Il a fallu construire le projet et convaincre les premiers auteurs de nous rejoindre. Il faut saluer le travail de celles et ceux qui m’ont précédé et qui ont permis au festival de monter en puissance, jusqu’à attirer aujourd’hui de grandes têtes d’affiche. Nous essayons également d’innover et de continuer à développer l’événement. De nouveaux prix sont régulièrement créés. Cette année, nous accueillons aussi des rencontres universitaires afin d’intégrer davantage les littératures de l’imaginaire dans une dynamique académique. L’objectif reste aussi de faire découvrir de nouveaux talents au public.
Un appel d’offres concernant la direction artistique avait été évoqué pour l’an prochain. Pouvez-vous nous en dire plus ?
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