Livres Hebdo : Pourquoi avoir choisi le thème de l’alter ego en 2026 ?
Gilles Francescano : Ce thème vient conclure une petite série consacrée à l’être humain. En 2024, « Mémento Mori » nous avait amenés sur des sujets comme la fin d’une carrière, d’une époque, ou même de soi-même et, en 2025, « Hors normes » nous poussait vers des réflexions autour de l’inclusivité.
Quand il a fallu penser à la suite, c’était au début de cette période de conflits dont on entend beaucoup parler aujourd’hui. La seule chose que j’entendais, c’était que tout était toujours la faute de l’autre, et qu’il fallait l'annihiler pour mieux vivre.
En plus, j’ai un jumeau. J’ai cette particularité de ne connaître que cet état de fait, et cela m’a amené à me questionner moi-même sur l’altérité. Chacun a ses spécificités et définit cette notion différemment !
Comment choisissez-vous les auteurs et autrices invités ? Le thème influence-t-il cette sélection ?
Il joue un rôle mais ne peut être le seul critère. L’actualité éditoriale influence également beaucoup la sélection des auteurs. Il faut savoir que, sur les 135 auteurs invités, il y a environ 500 propositions. Le choix doit être le plus précis possible, ce qui demande énormément de recherches et de réflexion. Ce qui me plaît particulièrement aux Imaginales, c’est la proximité entre les auteurs, les autrices et le public. Les amplitudes horaires de dédicaces sont larges et il existe de nombreux endroits où les gens peuvent se croiser et échanger.
Quels sont, entre autres, les auteurs les plus attendus de cette édition ?
Nous avons notamment Jodi Taylor, mais aussi R.J. Barker, qui est extraordinaire en termes d’écriture et d’inventivité. Son univers est unique. Sabaa Tahir devrait également attirer beaucoup de monde. Il y a aussi des artistes qui ne sont pas revenus depuis très longtemps, comme John Lang. Et recevoir Morgane Caussarieu est toujours un plaisir, car chacun de ses textes est un véritable coup de poing.
Ce ne sont pas des auteurs installés dans une routine : leurs œuvres partent dans toutes les directions, et j’aime beaucoup ça. C’est également le cas de mon coup de cœur de cette année, Christopher Bouix. Il explore des directions très différentes, avec toujours ce même humour un peu caustique.
« Un festival, c'est avant tout une rencontre »
Qu’est-ce qui fait la particularité des Imaginales ?
Ce que j’aime dans les Imaginales, c’est que le festival a transformé ses contraintes en véritable identité. Il n’y a pas de lieu fixe, mais un ensemble de tentes et d’espaces provisoires qui fait tout son charme. C’est un peu une auberge espagnole, où chacun apporte ce qu’il a envie d’y proposer. Dans le parc, les activités sont très variées, mais le salon du livre et les réflexions qu’il porte créent une vraie unité. Mon rôle est justement de préserver cette cohérence.
Depuis mon arrivée, j’essaie aussi de recréer du lien avec les structures locales. Après des périodes parfois tendues, je souhaite faire des Imaginales un festival convivial, chaleureux et consensuel. Le festival rayonne également dans toute la ville grâce aux expositions qui s’emparent du thème. Épinal, malgré sa taille modeste, est une ville magnifique et accueillante, au point que plusieurs auteurs de l’imaginaire s’y sont installés après leur venue à l'évènement.
Quelle place y occupent aujourd’hui les éditeurs indépendants ?
Elle est de plus en plus importante, notamment parce qu’ils sont de plus en plus nombreux. La part de marché accordée à l’imaginaire reste relativement réduite par rapport à la littérature dite « blanche ». Dans ce secteur, certains grands éditeurs dominent encore largement, et les plus petites maisons doivent se faire une place. Mais un festival, c’est avant tout une rencontre. Le public peut y découvrir des éditeurs sans forcément savoir s’il s’agit d’une grande ou d’une petite maison. On tombe amoureux d’un livre directement sur place.
Un évènement de plus en plus familial
C’est votre quatrième année à la tête du festival. Comment décririez-vous son avancée ?
Je dirais que c’est devenu un festival plus inclusif. Le travail de Stéphanie Nicot, l’ancienne directrice artistique, était déjà remarquable, et j’aimerais d’ailleurs lui rendre hommage un jour dans le cadre de la manifestation, mais une partie du public ne se reconnaissait pas forcément dans les auteurs et autrices invités. Ce que Stéphanie Nicot a accompli me permet aujourd’hui d’avoir une base plus sereine pour continuer à faire évoluer le festival.
Dès les premières années, j’ai par exemple réintroduit le polar, un genre qui avait été un peu mis de côté. Grâce à mon expérience d’illustrateur, j’ai aussi essayé de développer davantage les expositions et d’apporter une cohérence visuelle aux affiches et à l’anthologie. C’est quelque chose auquel je tiens beaucoup. Aujourd’hui, j’ai l’impression que le festival est apaisé. J’espère que cette volonté d’inclusivité envers tous les publics se ressent et que chacun se sent accueilli aux Imaginales.
Avez-vous constaté une évolution du public ?
On m’a dit qu’il y avait davantage de familles. Un énorme travail a été réalisé avec les scolaires, tout particulièrement les collèges et les lycées. Je crois que c’est assez unique ailleurs, avec les prix littéraires, les sollicitations des classes et les rencontres organisées. Beaucoup d’auteurs primés sont ensuite invités dans les établissements scolaires. Nous avons également voulu créer un véritable pôle jeunesse avec Zinc Grenadine, un important festival jeunesse local invité aux Imaginales depuis trois ans.
Un appel d’offres concernant la direction artistique devait être lancé l’année prochaine. Où en est ce dossier ?
C’était effectivement prévu, mais il y a eu des changements liés au contrat avec l’ancienne municipalité. La nouvelle m’a expliqué qu’elle ne souhaitait pas prendre le risque d’un appel d’offres. Je ne sais pas exactement où nous en sommes aujourd’hui : nous devons en rediscuter prochainement. Mais, de leur côté, ils estiment qu’il n’y a pas de raison d’arrêter puisque tout fonctionne bien. L’avenir reste donc ouvert, nous verrons ce qu’il se passera.
