Funambule à cloche-pied | Livres Hebdo

Desperado !

Christian Sauvage

Après avoir été journaliste et critique littéraire au JDD, Christian Sauvage a voulu devenir éditeur. Maintenant il ne sait pas, il ne sait plus. Alors il reprend son blog sur Livres Hebdo. Sans préju gé et sans aucun principe. Une sorte de « copi-nage à contre-courant ». lire la suite

Il y a 12 ans 7 mois

Funambule à cloche-pied

Opération genou réussie ! Me voici pour quelques jours claudicant sur mes béquilles, coincé entre lit et canapé. L’occasion de quelques réflexions drolatiques ou dramatiques. Ne cherchez pas de continuité ici. Si le genou va aller mieux, le cerveau reste embrumé par l’anesthésie. Hubert Nyssen, le fondateur d’Actes sud qui préfère tenir ses « cahiers journaliers » plutôt que son blog (mais comme il le publie sur Internet…) s’amuse de l’enquête « trompe couillon » de la RTBF sur l’éventuelle sécession de la Flandre et la fuite du roi des Belges (attention de ne pas passer par Varennes !) . Nyssen, homme du livre, se demande si la « confiance immanente » en la télévision ne va pas en prendre un coup, Nyssen, Belge devenu méridional, s’inquiète pour son pays. Cet événement me rappelle l’histoire de la grande bibliothèque de Louvain que m’a raconté sa fille, Françoise, qui lui a succédé à la tête d’Actes sud: « Cette prestigieuse université européenne créée en 1425 a été divisée en deux en 1968 car on venait de découvrir qu’elle était francophone alors qu’elle se situait en Flandre. La bibliothèque a du être divisée : les ouvrages en français ont été renvoyés en Wallonie à l’Université catholique de Louvain-la-neuve, et tous les autres sont restés dans la magnifique bibliothèque reconstruite grâce à des crédits américains après guerre dans le cadre de la désormais Katholieke Universiteit de Leuven. Problème : que faire des dictionnaires wallo-flamand ? Après mûre (?) réflexion les autorités flamandes ont décidé de garder les tomes pairs et d’envoyer à leurs voisins wallons les tomes impairs… » Cadre de vie, écologie, politique urbaine, tous, de droite comme de gauche, veulent « améliorer la ville ». Résultat : avenue de Clichy à Paris la grille du métro a été entourée d’un charmant petit mur en brique. Quant à la banque située au croisement de cette avenue et de la place Clichy, ses rebords de fenêtres ont été ornés de pointes de grille dignes de Versailles. Cela aurait-il quelque chose à voir avec les SDF qui quêtaient assis confortablement sur ce rebord près du distributeur de billets avant d’aller dormir au chaud sur les grilles du métro ? C’est mon ami et il m’a donné envie de m’intéresser aux livres il y a 23 ans. John Leonard, patron du supplément littéraire du New York Times à 27 ans, est reconnu par ceux qui le connaissent comme un homme cultivé, un homme de conviction et un être délicieux. Il vient d’être désigné par Time Out comme le meilleur critique de livres de New York, autant dire américain, pour ne pas dire du monde, devant le romancier John Updike et quelques autres. Avec ce commentaire : « John Leonard est souvent bien meilleur écrivain, penseur et styliste que ceux dont il critique les livres. » En France cela passerait pour une vacherie. Le drame avec les politiques français c’est qu’ils se croient obligés d’écrire (écrire, écrire…) des livres et de décliner leurs goûts littéraires pour aspirer à la charge suprême. Nicolas Sarkozy a sacrifié à la règle en citant Céline et Belle du seigneur d’Albert Cohen. Curieux choix. Je ne connais pas de responsables politiques qui lisent des romans : leur vie est trop chargée pour ces futilités. Cette affirmation appelle à la prudence, d’autant qu’il s’est moqué lors d’un meeting électoral qu’on puisse demander à un apprenti fonctionnaire ce qu’est La princesse de Clèves . Cela me rappelle la crise de nerfs de François Bayrou lors d’une campagne pour les élections au Parlement européen en 1989. Hervé de Charrette maire de Saint-Florent-le-vieil avait entraîné Valéry Giscard d’Estaing après son premier meeting chez le plus connu des ses administrés : Louis Poirier, dit Julien Gracq. Bayrou trépignait sur le trottoir en voyant partir en trombe la voiture du maire: « Ni l’un ni l’autre n’ont lu Le rivage des Syrtes , moi si mais ils me prennent pour un petit chose. » Il n’était qu’agrégé de lettres, les deux autres avaient fait l’ENA. PS : Après des années passées à vanter Vies minuscules de Pierre Michon (Folio), je l’ai enfin lu. Une merveille de style, de sensibilité. De littérature. Si l’on demandait plutôt aux gens ce qu’ils n’ont pas lu. Voici ma liste abrégée : Proust, Le rivage des Syrtes , Faulkner et tant d’autres. Ces livres qui paraissent si haut qu’ils impressionnent. Et puis un jour…
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