11 janvier > essai Etats-Unis

Richard Sennett est un penseur critique qui prend les choses à la racine. Avec Ensemble, le sociologue et historien américain poursuit sa réflexion dans la veine de ses travaux, publiés chez Albin Michel, avec une ligne directrice : Le travail sans qualités (2000), Respect: de la dignité de l’homme dans un monde d’inégalité (2003), La culture du nouveau capitalisme (2006) ou Ce que sait la main (2010), dans lequel il faisait l’éloge de l’artisanat. A 70 ans, ce professeur à la London School of Economics et à la New York University oppose à la froideur émotionnelle des gouvernements, des institutions, des entreprises et du monde, la coopération. Il l’envisage comme une éthique, voire comme un art, une huile essentielle dans la mécanique sociale.

Richard Sennett nous vient des Etats-Unis. Et ce penseur qui se place sous les auspices de Montaigne explique comment la coopération a pu être façonnée, affaiblie et renforcée en faisant appel à l’histoire, à l’anthropologie, à la politique et à ses souvenirs. Il raconte comment la question sociale apparaît à Paris, en 1900, lors de l’Exposition universelle, ou comment, pour répondre aux maux du capitalisme, la gauche au XXe siècle a perverti la coopération, qui n’est pas une stratégie de résistance, au nom de la solidarité.

On pourrait penser que les réseaux sociaux et les développements de l’Internet favorisent cette coopération. Cependant, Richard Sennett met un bémol à cette entraide virtuelle. Il veut réinviter les gestes, les contacts, les paroles qui font que les hommes dialoguent, quelquefois avec des intérêts contradictoires, voire dans l’incompréhension et la compétition, pour avancer dans ce monde du court terme et des emplois partiels qui ignore que le temps passé à aider sert aussi à comprendre nos sociétés.

Un peu de coopération dans un monde de brutes. C’est le défi de Richard Sennett, qui indique pourquoi il est urgent de retrouver les compétences indispensables à la bonne marche d’une société complexe, en sachant rester un libertaire sans devenir libéral. Pour lui, le manque de compréhension mutuelle ne doit pas nous empêcher de faire quelque chose ensemble. Et de rappeler que la poignée de mains fut inventée par les Grecs pour montrer à l’origine qu’on n’avait pas d’armes…

L. L.

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