En 2025, le piratage de livres en Italie a privé les éditeurs de 722 millions d'euros, soit environ 30 % du marché du livre italien, contre 687 millions d'euros deux ans auparavant. Tel est le premier enseignement d'une enquête Ipsos Doxa, intitulée « Le piratage dans l'édition à l'ère de l'intelligence artificielle », présentée le 11 février à Rome devant des représentants de l’Associazione italiana editori (AIE) et de la Federazione italiana editori giornali (FIEG).
Selon cette étude, en comptant uniquement les pertes au sein des maisons d’édition, le piratage serait à l’origine de près de 4 500 suppressions d’emplois dans le secteur du livre. D'après une estimation plus large - logistique, distribution, services liés - cette estimation grimperait même à 11 500 emplois affectés.
Pour la première fois, l’étude aborde également l’impact des technologies d’intelligence artificielle sur les pratiques de piratage. Les outils d’IA ne sont pas seulement un vecteur de reproduction de contenus, ils facilitent aussi l’accès à des résumés et réécritures non autorisés de livres protégés par le droit d’auteur. Si le chiffre des ventes perdues pour les éditeurs du fait de ces pratiques reste difficile à quantifier, 12 % des plus de 15 ans utilisent des résumés générés par l'IA comme support de lecture. Un chiffre qui grimpe à 58 % des étudiants et 22 % des professionnels indépendants.
Autre enseignement : le pourcentage de personnes qui pensent être susceptibles d'être appréhendées et punies pour des infractions liées au piratage augmente, passant de 30 % à 40 %. Par ailleurs, seulement 34 % des plus de 15 ans savent qu'il est illégal de télécharger des contenus protégés par le droit d'auteur sur des systèmes d'IA sans autorisation.
Le piratage comme un crime
« Parallèlement à la lutte contre le piratage traditionnel et à l'éducation juridique – un processus qui implique les institutions, que nous remercions et dont nous demandons le renforcement et l'amélioration –, il est temps d'aborder le problème majeur : l'impact de l'intelligence artificielle », a déclaré Innocenzo Cipolletta, président de l'AIE lors de la présentation des résultats de l'enquête Ipsos, dans des propos rapportés par nos confrères du Giornale della Libreria.
« La diffusion de résumés et de remaniements générés par l'IA comme alternatives aux livres, comme le montre cette étude, est déjà largement répandue, ce qui pose deux problèmes. Le premier concerne la qualité de l'enseignement dans les universités et les programmes de formation italiens, qui doivent être préservés. Le second concerne les dommages importants déjà subis par l'industrie du livre, même s'il est encore impossible de les quantifier avec certitude », a-t-il aussi indiqué. « Sans une perception sociale claire du piratage comme un crime, toute intervention réglementaire risque d’être inefficace », a ajouté Andrea Riffeser Monti, président de la FIEG.
