Lectures de l'été

Dossier lectures d'été: Des auteurs vitaminés

Lectrice lors de Paris plage - Photo OLIVIER DION

Dossier lectures d'été: Des auteurs vitaminés

Poche, romance, grands noms de la littérature et auteurs qui font du bien occupent une large place dans les programmes estivaux. Portés par la vague de la « pop lit », les ouvrages pratiques et les essais de développement personnel sont aussi remis en avant, notamment par les éditeurs de poche.

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Par Cécile Charonnat,
Créé le 24.05.2019 à 00h00,
Mis à jour le 24.05.2019 à 10h43

Savant mélange de grands noms de la littérature, d'auteurs phares habitués des meilleures ventes et de découvertes qui pourraient jouer les outsiders, les lectures d'été 2019 sont programmées dans l'espoir d'inverser la tendance des ventes, orientées à la baisse depuis plus d'un an. Volontairement optimistes, les éditeurs veulent en tout cas croire que la période de l'été reste propice pour remplir sa valise de livres et que les clients vont profiter de la pause estivale pour retrouver le chemin des librairies.

Béatrice Duval, Denoël - Photo OLIVIER DION

Devant la contraction du marché, la prise de risque reste, cette année, limitée. Les maisons ont choisi de ne pas multiplier les cartouches et de se concentrer, dans leur majorité, sur des livres à fort potentiel. « L'été s'annonce autour des valeurs sûres », pronostique Béatrice Duval, qui a pris la direction du Livre de poche début mai. « Le marché a tendance à se polariser sur ce qui fonctionne très bien et de mieux en mieux. Il est donc logique que les poids lourds aient les faveurs des éditeurs », complète Florian Lafani, le directeur éditorial de Fleuve éditions.

Ambre Rouvière, Prisma - Photo OLIVIER DION

Poche et auteurs installés

Média Diffusion, 10/18 ou Folio qui avaient des opérations de tournées des plages ont arrêté. Seul Le Livre de poche continue à prendre la route des vacances. Pour sa 6e saison, son Camion qui livre prévoit, en collaboration avec le Labo des histoires, 11 étapes du Lavandou au Touquet entre le 8 juillet et le 17 août. Car l'été profite au rayon poche et aux auteurs installés. Grands habitués de cette période, les derniers romans de Camilla Läckberg, Guillaume Musso, Marc Levy, Franck Thilliez, Stephen King, Douglas Kennedy ou Paulo Coelho côtoieront sur les tables des libraires, avec leurs derniers romans, les stars des romans populaires telles Françoise Bourdin et Katherine Pancol, toutes deux bénéficiant de nouvelles chartes de couverture, Danielle Steel, qui a reconduit son contrat avec Editis, Janine Boissard ou Tatiana de Rosnay, avec des tirages autour de 100 000 exemplaires.

Aline Sibony, First - Photo OLIVIER DION

Figurant désormais parmi les valeurs sûres, les grands noms du feel-good book - une terminologie de moins en moins employée - ne manquent pas à l'appel. Agnès Martin-Lugand, Aurélie Valognes, Virginie Grimaldi, Emily Blaine ou Raphaëlle Giordano, dont la sortie en poche le 6 juin de son deuxième roman, Le jour où les lions mangeront de la salade verte, constitue pour Pocket « l'un des plus gros enjeux de l'année », assure Charlotte Lefèvre, directrice éditoriale de la maison, batailleront à leurs côtés. Autre auteure phare, Jenny Colgan, dont les six précédents livres se sont écoulés à plus de 650 000 exemplaires, publiera le 6 juin Une rencontre au bord de l'eau, qui fait suite à Une saison au bord de l'eau, sorti l'année dernière à la même date et vendu à plus de 13 000 exemplaires selon GFK. « Ces romans sont typiquement des lectures estivales, traditionnellement les achats s'accélèrent en juin », relève Ambre Rouvière, responsable éditoriale littérature chez Prisma, qui reconnaît « ne pas être trop inquiète »

En quelques années, ces « auteures vitaminées », comme aime à les nommer Béatrice Duval, sont en effet devenues des rendez-vous incontournables des lectures d'été. Et si certains éditeurs craignent une usure de cette « pop lit », ce n'est pas pour cette année. Les tirages restent forts et le vivier des auteurs se renouvelle. Le deuxième livre de Laure Manel, La mélancolie du kangourou, paru en poche (Le Livre de poche) le 24 avril, connaît déjà un gros démarrage alors que l'auteure a publié son troisième texte chez Michel Lafon au début du même mois, L'ivresse des libellules. La filiale poche d'Hachette enregistre le même succès avec Valérie Perrin, lauréate l'année dernière du prix Maison de la presse pour Changer l'eau des fleurs, paru initialement chez Albin Michel et repris en poche également en avril. Chez J'ai lu, Stéphanie Vincendeau, la directrice éditoriale, et Florence Salvador, la directrice marketing, ont misé sur Eric de Kermel et La libraire de la place aux Herbes. Paru le 15 mai, le roman, initialement paru chez Eyrolles en 2017 et écoulé à près de 20 000 exemplaires, est au centre de la traditionnelle opération commerciale feel-good book que la marque reconduit chaque été et inspire également une « box » envoyée courant juillet à une trentaine d'influenceurs et décorée aux couleurs du livre.

La romance n'est pas morte

Autre pilier de l'été, le rayon romance reste particulièrement nourri à la veille des grandes vacances. Dans les salles le 16 avril, le film tiré de la série d'Anna Todd, After, a « réenflammé les ventes des livres depuis janvier. C'est dire si la romance n'est pas morte », constate Véronique Cardi. Pour la P-DG de JC Lattès, cette appétence est de bon augure pour la sortie, le 29 mai, de Monsieur, le thriller érotique imaginé par E.L. James, qui met en scène un nouveau personnage, riche aristocrate anglais épris de sa femme de ménage venue des pays de l'Est. Sophie Lagriffol, responsable éditoriale chez HarperCollins France, compte aussi sur cette vague pour porter La guerre des papilles de Lucie Castel, une sorte « de Roméo et Juliette à la sauce corse », précise l'éditrice.

Mécanique désormais classique, les éditeurs profitent également des vacances pour opérer des rattrapages et remettre en avant des titres qui n'ont pas toujours eu le succès escompté. Si la pratique est courante pour le grand format, et cultivée par les libraires, qui remettent sur table les ouvrages de la rentrée littéraire de janvier par exemple, elle est devenue quasi systématique chez les éditeurs de poche. Avec l'opération « Les douze révélations », Pocket pousse deux titres par mois entre janvier et juin. Pour l'été, Charlotte Lefèvre compte particulièrement chez Pocket sur Circée de Madeline Miller, paru début mai, et sur La note américaine de David Grann, qui se penche sur les meurtres d'Amérindiens de la tribu Osage, devenus immensément riches dans les années 1920 grâce à la découverte de pétrole sur leurs terres. Même principe chez J'ai lu, qui reconduit pour la deuxième année de suite sa sélection de « coups de cœur » estampillés par la maison et qui lui donne un nouvel élan pendant l'été avec une campagne de promotion.

L'actualité peut aussi s'inviter dans les lectures de l'été. Depuis l'incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, l'intérêt pour les ouvrages autour de l'édifice se poursuit, notamment pour le classique de Victor Hugo, et la programmation continue de nourrir les attentes des lecteurs. Le petit volume Notre-Dame de Paris : ô reine de douleur de Sylvain Tesson, paru le 5 mai aux Equateurs, a déjà été réimprimé, tandis que Robert Laffont annonce pour le 13 juin un texte inédit de Ken Follett en hommage à la cathédrale. Côté pop culture, la diffusion de l'épisode final de Game of thrones le 20 mai dernier pourrait entraîner le recrutement de nouveaux lecteurs de George R. R. Martin, espère Florence Salvador. « Nous espérons inciter les fans éplorés à commencer la série littéraire pour qu'ils se consolent de l'arrêt de la série télévisée », plaide la directrice marketing de J'ai lu.

Retour sur soi

Phénomène grandissant, les lectures d'été ne sont plus seulement des fictions. « Depuis deux ans, nous constatons que les ouvrages pratiques ou réflexifs de développement personnel se vendent beaucoup pendant les grandes vacances », note Florence Salvador. Nombreux sont les lecteurs à profiter de l'été pour se recentrer sur eux et mettre en application les préceptes de bien-être. Familiers de ces thématiques grâce aux feel-good books, ils n'hésitent plus à se tourner vers des ouvrages offrant des contenus plus exigeants. « Il y a eu une démocratisation du genre, qui est beaucoup moins méprisé et qui fait qu'aujourd'hui on peut entrer dans un Relay pour acheter un livre de développement personnel et le lire sur la plage sans problème », note Joanne Mirailles, responsable du secteur vie pratique chez Eyrolles. Un phénomène que confirme Karine Bailly de Robien, directrice éditoriale chez Leduc.s, qui voit les ventes de sa collection « Roman bien-être » s'accélérer en été. « Certes, il y a une fiction, des personnages et une intrigue, mais ces livres s'apparentent vraiment à du développement personnel, grâce notamment à un cahier pratique placé en fin d'ouvrage et rédigé par des auteurs experts », souligne l'éditrice.

Visible sur les livres de poche, l'effet est moindre en grand format et ne transforme pas les rythmes de programmation. « Pour le moment, on reste sur des schémas proches des années précédentes, avec une concentration des publications sur les quatre premiers mois de l'année », explique Aline Sibony. Comme ses confrères, la responsable éditoriale de First pousse toutefois en librairie les ouvrages consacrés à des thématiques plus légères et qui résonnent avec des préoccupations propres aux vacances : méditation, psychologie positive, couples et sexualité, style de vie. Elle programme le 6 juinLe livre du coorie, qui expose le bonheur de vie à l'écossaise. De son côté L'Iconoclaste lance le 29 juinLe temps de méditerde Christophe André, qui accompagne l'émission sur France Inter « Un été avec Christophe André », une série en neuf épisodes qui approfondit toutes les facettes de la méditation. Et pour ceux qui avaient passé l'été 2018 avec Paul Valéry et Régis Debray sur France Inter, Les Equateurs viennent d'éditerUn été avec Paul Valéry.

« Pépix » en promotion

Incontournable chez les éditeurs de formats poches, l'opération promotionnelle estivale a conquis aussi chez Sarbacane. Pour la deuxième année consécutive, l'éditeur de livre pour la jeunesse profite de l'été pour mettre en avant sa collection de romans humoristiques pour les 8-12 ans, « Pépix », lancée en 2014. Le mécanisme est classique : pour l'achat de deux volumes de la série, un ballon gonflable à l'effigie de Gurty, personnage principal du Journal de Gurty, est offert. L'éditeur annonce ainsi toucher plus de 200 points de vente, y favoriser la création de tables ou de vitrines et s'offrir une visibilité sur les plages. Cette année, le dispositif se double d'un concours sur les réseaux sociaux qui récompensera la plus belle photo prise où apparaîtront un roman « Pépix » et le ballon.

Un prix littéraire des Campings

Qu'est-ce qui réunit Mes vacances à Morro Bay de Paul Jorion (Fayard), L'étincelle de Karine Reysset (Flammarion), Les amants de Pompéi de Michel Blondonnet (Albin Michel) et La dernière étape d'Alfred Azkabade (Hugo et Cie) ? Tous ont été sélectionnés pour la première édition du prix littéraire des Campings. Lancé an avril par la société Homair, spécialisée dans les campings villages haut de gamme, cette récompense couronne « le roman de vacances idéal ». Les critères ? « Etre populaire au bon sens du terme », « embarquer les lecteurs dans l'une de ces histoires universelles qui donnent envie de tourner la page » et « avoir la capacité de faire oublier son smartphone », indique l'organisateur. Désigné le 2 juillet par un jury composé de journalistes, d'un libraire et de deux clientes de la société, le lauréat recevra 2 000 euros et verra son livre bénéficier d'une importante visibilité dans les centres de vacances de la marque. S'appuyant sur une étude commandée à l'institut OpinionWay, Homair espère ainsi faire lâcher leur téléphone aux vacanciers, qui sont 54 % à déclarer que l'activité favorite sur la plage reste la consultation du smartphone alors que 30 % seulement affirment lire davantage en vacances.

Une envie d'évasion

Tout au long de l'année, une poignée d'éditeurs spécialisés en littérature de voyage propose une production diversifiée, mise en avant à l'occasion du festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo, qui se déroulera du 8 au 10 juin.

Christophe Guias, Payot. - Photo OLIVIER DION

Le dépaysement et l'évasion constituent un des piliers des lectures estivales. Les sagas historiques ou familiales se déroulant dans des pays étrangers demeurent au programme de nombreux éditeurs. Fleuve éditions, a lancé le 16 mai La vallée des garçonnes, fresque que son auteure, Kat Gordon, a installée au Kenya. Persuadée que le livre est un bon moyen de voyager tout en restant dans son canapé, Florence Salvador, directrice marketing de J'ai lu, a concocté un guide estival pour que les vacanciers sédentaires puissent faire le tour du monde. Les dix-huit livres sélectionnés représentent autant d'étapes dans un pays différent. Une excellente façon, aussi, de remettre en avant le fonds de littérature étrangère.

Du côté des éditeurs spécialisés en littérature de voyage, l'été n'est pas spécialement un cible pour programmer leurs nouveautés. « Ce n'est pas parce que l'on part que l'on a envie de lire de la littérature de voyage », note Line Karoubi, la directrice de Gallimard Loisirs qui nourrit, avec Michel Le Bris, tout au long de l'année, la collection « Etonnants voyageurs » chez Hoëbeke. « C'est une littérature dont les ventes s'étalent toute l'année », plaide Paul-Erik Mondron, directeur de Nevicata et président de l'Union des éditeurs de voyage indépendants (UEVI). Sur le terrain, les librairies poussent cependant cette littérature avant les départs en vacances. « Beaucoup de choses paraissent quand même au printemps, à tel point que cela pourrait constituer une sorte de rentrée de la littérature de voyage. Mécaniquement, comme nous les mettons sur table à ce moment-là, nous en vendons plus », analyse Benoît Albert, qui dirige La Nouvelle Géothèque à Nantes. Un mouvement que le libraire relie aussi au festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo, qui se déroule à la Pentecôte et « qui donne une sorte de "la" au secteur, notamment en raison de l'attribution de certains grands prix. »

Confrontation avec la nature

Pour construire leur programme, ces éditeurs spécialisés travaillent au cas par cas. « On regarde les thématiques », assure Valérie Dumeige. La directrice éditoriale d'Arthaud a publié le récit d'Antoine de Baecque,Ma transhumance, carnet de « routo », au printemps, une période « où l'on a peut-être plus envie de sortir et de marcher ». L'ouvrage, qui décrit la route des bergers dans le sud de la France et les Alpes (le GR 69 aujourd'hui pour les randonneurs), peut en effet « servir pour découvrir le chemin », explique l'éditrice. Si elle a positionnéLa solitude du bonsaïde Sébastien Ortiz le 5 mai, c'est parce que ce roman, qui raconte les aventures d'un vieux diplomate sédentaire nommé au Japon puis en Inde, relève « du livre de vacances grâce à son style drôle, qui s'inscrit dans un esprit anglo-saxon », indique Valérie Dumeige. La littérature de voyage s'est transformée en dix ans et s'éloigne du pur récit d'aventures. Ce changement est encore plus notable pour la jeune génération d'auteurs et rencontre les attentes des lecteurs. « Aujourd'hui, la littérature de voyage doit comporter d'autres dimensions, observe Paul-Erik Mondron.Soit faire œuvre littéraire, soit associer une autobiographie, une biographie ou des aspects géopolitiques, historiques, ethnologiques. » Depuis deux ou trois ans, la préoccupation environnementale et la confrontation avec la nature sauvage s'invitent également dans les textes, tout comme la spiritualité et la connaissance de soi. Comme l'explique Christophe Guias, directeur littéraire chez Payot, «aujourd'hui, les jeunes partent pour réaliser un exploit sportif ou pour se confronter à eux-mêmes et aux autres. Derrière leur voyage et leurs récits, il y a un élan, quelque chose qui correspond à un engagement citoyen et qui peut aller de la protection de la nature à la science. Mais toujours avec l'idée que cela doit servir. Ces auteurs portent un mouvement général qui nous sort de la société de la dépression pour aller vers la société du réveil, celle de l'action.»


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