13 mars et 18 mars > Histoire France - Grande Bretagne

La compréhension de l’esclavage passe aussi par celle de ses origines. Paulin Ismard, lauréat du prix du Livre d’histoire du Sénat pour L’événement Socrate (Flammarion, 2013), se lance dans une enquête surprenante sur ces esclaves à Athènes qui faisaient office de… fonctionnaires.

Appelés "dêmosioi", ils garantissaient l’authenticité des monnaies en circulation, veillaient à la protection des étalons fixant les poids et les mesures, géraient les archives et l’inventaire des biens publics. Bref, ces esclaves publics avaient un rôle non négligeable dans la cité classique sans parvenir à former un corps autonome.

Enseignant en histoire grecque à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, Paulin Ismard explique que si l’esclave est au cœur du fonctionnement du politique, il en demeure exclu par la dépossession de son statut d’homme libre. A travers lui, la cité éprouve son autonomie en même temps que la limite de cette autonomie. Ces greffiers restent des "experts" de la politique sans faire de la politique. Esclaves entre les mains du peuple, ils assurent la bonne marche de l’administration et rassurent les citoyens contre la tentation d’un Etat qui voudrait se constituer en instance autonome.

Jerry Toner enseigne l’histoire romaine au Churchill College de Cambridge. Il a choisi l’humour britannique, le style alerte et un pseudonyme patricien (Marcus Sidonius Falx) pour nous dévoiler au travers d’un manuel et de ses commentaires comment fonctionnait le système. A partir d’une multitude de sources originales, l’auteur imagine un guide pratique d’esclavage pour les néophytes qui aurait été écrit par un citoyen de la Rome antique : où acheter ses esclaves, combien coûtent-ils, comment les punir ou les récompenser, quelle liberté sexuelle leur accorder, quand les affranchir, etc. On y retrouve d’ailleurs des esclaves appartenant à l’Etat comme dans l’Athènes classique.

Ces deux regards originaux sur l’esclavage ne doivent pas nous faire oublier que 27 millions d’individus vivent encore dans la servitude. On compte en effet aujourd’hui plus d’esclaves qu’il n’y en eut à aucun moment dans l’Empire romain. L. L.


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