Des speed-dating professionnels mais détendus à Madrid | Livres Hebdo

Par Isabel Contreras, à Madrid, le 05.07.2017 à 18h58 (mis à jour le 06.07.2017 à 16h14) Espagne

Des speed-dating professionnels mais détendus à Madrid

Des éditeurs français et espagnols à l'Institut français de Madrid - Photo ISABEL CONTRERAS/LIVRES HEBDO

Des éditeurs français et espagnols de BD, jeunesse, vie pratique,  littérature et SHS ont multiplié les rendez-vous professionnels tout en comparant leur activité lors des rencontres franco-espagnoles organisées cette semaine en Espagne par le Bureau international de l’édition française.

Tout en essayant de vendre leurs titres, les éditeurs français de BD, jeunesse, vie pratique, littérature et SHS ont renforcé leurs liens avec leurs homologues espagnols lors des rencontres bilatérales organisées du 3 au 7 juillet en Espagne par le Bureau international de l’édition française (Bief). Des speed dating mais aussi des tables rondes, un apéritif informel et même un cocktail à la résidence de l’ambassadeur français étaient au programme des trois premières journées à Madrid.

Facilitateur d'échanges

"Ça change des foires internationales où tu dois courir dans tous les sens. Ici, les éditeurs de notre secteur éditorial se retrouvent sous le même toit, à l'Institut français de Madrid. Ça facilite les échanges", se réjouit Fabiana Angelini, responsable des droits chez Flammarion Jeunesse-Père Castor et Casterman. Elle a récemment vendu à Edelvives le prochain album de la "star en Espagne", Benjamin Lacombe, L'ombre du Golem. Programmé en septembre chez Flammarion Jeunesse, il est paru en mai dans le pays voisin, avec un tirage de 18000 exemplaires. Des ventes conséquentes par rapport aux tirages moyens de BD et jeunesse pratiqués en Espagne. "En règle générale, pour 15000 exemplaires tirés en France, les Espagnols n'impriment que 1500 exemplaires", pointe Sylvain Coissard, responsable des droits de plusieurs maisons dont Sarbacane, Futuropolis, Gallimard BD et Denoël Graphic.

Diversité

De petits tirages pour un marché marqué par sa diversité. En 2016, 306 bandes dessinées et 173 livres pour la jeunesse ont été traduits par des maisons d'édition hispanophones, d'après les données communiqués par le Bief. De plus, 235 coéditions (163 livres de jeunesse et 30 BD) ont été signées au cours de la même période. "Le marché français reste une référence par sa liberté de ton, sa créativité. Les auteurs français ont un savoir-faire et une production extrêmement riche que nous n'avons pas encore ici", assure Irene Alvarez, éditrice chez Lata de sal, maison spécialisée dans le livre illustré. Créée en 2012, Lata de sal a construit son catalogue avec une majorité d'auteurs étrangers pour des raisons économiques, la traduction étant moins onéreuse que le processus de création. Son premier titre français, L'album d'Adèle, de Claude Ponti (L'école des loisirs), est paru l'année dernière, "un album ovni, sans texte et surréaliste", selon l'éditrice.

"Les Espagnols aiment l'audace des illustrateurs français et fuient les discours moralisateurs, notamment en jeunesse", indique de son côté Fabiana Angelini. "Ils sont plutôt conservateurs", juge en revanche Sylvain Coissard, qui déplore le manque d'intérêt des confrères étrangers pour Dans la forêt sombre et mystérieuse de Winshluss (Gallimard), pépite d'or 2016 au salon de Montreuil et prix des lecteurs France Télévisions dans la catégorie Moyens.

Préjugés des parents espagnols

"Le marché de la jeunesse en Espagne n'est pas encore prêt à accepter certains graphismes ou messages de fond. Les parents espagnols ont beaucoup de préjugés en comparaison avec les parents français qui eux, ont tendance à tout intellectualiser", estime Eva Jimenez, éditrice chez Flamboyant, maison éditrice de La couleur des émotions d'Anna Llenas, paru en France en 2014 chez Quatre fleuves et vendu à plus de 40000 exemplaires (source GFK). Eva Jimenez et son associée Patricia Martin n'ont rien "acheté" lors de ces rencontres mais ont réussi à attirer l'œil de Frédéric Lavabre, éditeur chez Sarbacane, qui aimerait recevoir en format PDF les deux prochains titres à paraître chez cette maison d'édition catalane.
 
Photo ISABEL CONTRERAS / LH
Entre deux rendez-vous, les responsables de droits et les éditeurs pouvaient assister aux différentes tables rondes organisées par le Bief. Engouement pour l'exofiction en littérature générale en France, tendance à augmenter l'espérance de vie du grand format au détriment du format poche dans l'univers hispanophone… Les thèmes fusaient dans le débat sur l'édition de littérature en Espagne et en France tenu par Maria Fasce, écrivaine et directrice littéraire chez Alfaguara et Sabine Wespieser, éditrice et fondatrice de la maison qui porte son nom. La veille Marian Amirganian, éditrice chez Delcourt, avait animé un débat sur l'édition de bande dessinée avec Catalina Mejia, de Salamandra Graphic. "Puis le soir, j'ai découvert autour d'un verre les particularités de la distribution en Espagne grâce à mon confrère des éditions Astiberri. Tu crées un lien relationnel fort pendant que tu apprends la réalité du métier de l'autre, c'est une valeur ajoutée", s'enthousiasme-t-elle. 

Les rencontres franco-espagnoles du Bief se pousuivront les 6 et 7 juillet à Barcelone.
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