Quelque 115 auteurs, depuis rejoints par plusieurs dizaines d’autres – ils sont 182 au dernier comptage –, ont annoncé dans une lettre commune publiée mercredi 15 avril leur intention de quitter les éditions Grasset afin de marquer leur opposition au licenciement d’Olivier Nora, patron de la maison du groupe Hachette depuis 26 ans.
Plusieurs se sont personnellement exprimés dans les médias. Sur le plateau de C Ce Soir sur France 5, David Dufresne a déchiré en direct le contrat qui le lie à Grasset. L’écrivain a publié chez l’éditeur trois de ses quatre derniers ouvrages, dont Remember Fessenheim en 2025.
Caroline Fourest : « Peut-être la mise au pas de trop »
Également parmi les signataires, Caroline Fourest a estimé jeudi matin sur France Inter que le renvoi d’Olivier Nora est « peut-être la mise au pas de trop ». L’essayiste a signé une dizaine de titres chez Grasset, dont le dernier, Le vertige MeToo, a paru en 2024 et s’est vendu à 26 000 exemplaires. Autrice installée de la rue des Saints-Pères, elle y a notamment publié Éloge du blasphème en 2015 et Génération offensée en 2020, tous deux écoulés à environ 30 000 exemplaires.
Jointe par Livres Hebdo, Laure Adler, autrice de six livres chez Grasset, évoque pour sa part un « sentiment mêlé de tristesse, de combativité, ainsi qu’un désir de collectif et de résistance ». L’écrivaine et journaliste est engagée avec la maison pour deux ouvrages à paraître. Cherchera-t-elle à annuler ces contrats ? « Je n’ai pas encore étudié la question, confie-t-elle. Pour le moment, nous sommes dans la défense d’Olivier Nora et des équipes de Grasset, une maison où j’ai travaillé pendant dix ans comme éditrice de non-fiction et où j’ai beaucoup d’amis. L’objet de notre lettre commune est de signifier qu’il est pour le moment hors de question de continuer à travailler avec une maison qui licencie son directeur à qui il n’y a rien à reprocher. »
Départs de nombreux poids lourds
La lettre ouverte publiée mercredi soir constitue néanmoins le principal vecteur de communication des auteurs. De nombreux poids lourds de Grasset (Virginie Despentes, Frédéric Beigbeder, Gaël Faye, Sorj Chalandon, Vanessa Springora, Adélaïde de Clermont-Tonnerre…) font partie des signataires. Leur départ ne devrait pas manquer d’avoir un impact significatif sur l’évolution du catalogue et du chiffre d’affaires de la maison de la rue des Saints-Pères.
Parmi eux, Virginie Despentes est publiée chez Grasset depuis Les jolies choses en 1998, couronné du prix de Flore. Lauréate du prix Renaudot 2010 pour Apocalypse bébé (104 000 ex. en grand format et 100 000 au Livre de Poche), elle a aussi signé la trilogie à succès Vernon Subutex (318 000 ex. et 1,2 million d’ex. au Livre de Poche). Dans les Inrockuptibles, elle a réagi au licenciement d'Olivier Nora : « C’est de la puissance de destruction des ultra-riches qu’il s’agit – et pas seulement en France. Ce qui est grave, c’est que ce jeu de démolition systématique semble ne buter contre rien. »
Son dernier roman Cher connard (2022) s’est vendu à 276 000 exemplaires en grand format (100 000 en poche). Son départ est d’autant plus important qu’elle bénéficie, d’après Le Monde, d’un contrat intuitu personae avec Olivier Nora qui lui permet de quitter Grasset tout en conservant ses droits sur les ouvrages qui y ont été publiés. Bernard-Henri Lévy, au catalogue depuis 1977 avec son essai La barbarie à visage humain, est dans le même cas.
Frédéric Beigbeder, Sorj Chalandon, Gaël Faye...
Autre poids lourd de Grasset sur le départ, Frédéric Beigbeder y a publié une quinzaine de livres depuis Vacances dans le coma (1994). Auteur du best-seller 99 francs (2000), il a remporté le prix Renaudot 2009 pour Un roman français (250 000 ex.) Son dernier titre paru chez Grasset, Un homme seul, s’est à ce jour vendu à 23 000 exemplaires.
De son côté, Sorj Chalandon compte une douzaine de livres chez Grasset, dont plusieurs best-sellers : L’enragé (2023 - 172 000 ex.), Le quatrième mur (prix Goncourt des lycéens 2013 - 123 000 ex.), ou encore Enfant de salaud en 2021 (86 000 ex.). En 2006, l’auteur a remporté le prix Médicis pour Une promesse (41 000 ex.). Et son dernier titre, Le livre de Kells, a paru en 2025 et affiche 50 000 copies écoulées.
S’il a moins publié, Gaël Faye compte lui aussi parmi les auteurs majeurs de Grasset. Révélé en 2016 avec Petit pays (408 000 ex.), qui avait remporté le prix Goncourt des lycéens, il a confirmé en 2024 avec Jacaranda, vendu à plus de 410 000 exemplaires et couronné du prix Renaudot. Actuellement au Rwanda, vient d'ajouter sa signature à la liste des auteurs Grasset.
Lauréate du dernier prix Renaudot pour Je voulais vivre (180 000 ex.) et du grand prix de l’Académie française 2016 pour Le dernier des nôtres (142 000 ex.), Adélaïde de Clermont-Tonnerre, directrice de la rédaction de Point de vue, a également annoncé son départ. Tout comme Vanessa Springora, autrice en 2020 du best-seller Le Consentement (142 000 ex.), dont le dernier titre, Patronyme, paru en 2025, s’est vendu à 42 000 exemplaires.
La liste des 182 auteurs signataires de la lettre commune
