Cinq établissements phares à Strasbourg

Cet ancien entrepôt du port de Strasbourg est devenu la médiathèque André-Malraux (MAM). - Photo Christian CREUTZ

Cinq établissements phares à Strasbourg

Le congrès de l’ABF offre à ses participants l’occasion de voir ou revoir certaines des quelque trente bibliothèques que comptent Strasbourg et sa région. Aperçu de cinq d’entre elles, remarquables par leur dynamisme et leurs projets.

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Par Emmanuelle Bour
avec Créé le 08.06.2015 à 15h32

Strasbourg, son congrès de l’ABF, et un réseau de trente bibliothèques qui peuvent mériter le détour. La Bibliothèque nationale universitaire (BNU), qui a rouvert ses portes le 24 novembre 2014 après plus de quatre années de travaux de rénovation qui ont coûté 64,8 millions d’euros, se porte bien. "Le public a tout de suite retrouvé le chemin de la bibliothèque ", se réjouit Christophe Didier, conservateur général des bibliothèques et adjoint au directeur général, qui précise que "les salles sont très souvent pleines". L’ouverture des portes le dimanche et les horaires élargis jusqu’à 22 h jouent sûrement un rôle. La belle rénovation des lieux suscite aussi la curiosité, au point que des visites ont dû s’organiser et que certaines salles sont ouvertes à la location par des entreprises ou des associations. Mais la beauté architecturale des nouveaux espaces n’est pas forcément du goût des chercheurs, qui les trouvent plus bruyants. Du côté des ouvrages, la direction avoue une "petite déception" : seulement 74 610 prêts et consultations sur place ont été dénombrés en 2014, pour un catalogue de 155 000 ouvrages en libre accès, dont 130 000 empruntables. L’objectif des mois à venir sera donc "d’affiner l’offre" et de "mieux communiquer" sur le catalogue.

La bibliothèque de langue de l’université de Strasbourg.- Photo CATHERINE SCHRODER

La bibliothèque universitaire (BU) existe, elle, depuis le 1er janvier 2009, date à laquelle naissait une unique université de Strasbourg, qui regroupe les trois précédentes universités. Cette fusion avait été anticipée par les services communs de la documentation des trois établissements par la mise en place, dès le 1er janvier 2007, d’un Service interétablissements de coopération documentaire. Aujourd’hui, la BU comptabilise 31 bibliothèques réparties sur 6 campus universitaires et implantées dans 24 bâtiments pour plus de 30 000 m2 de documentation. Le catalogue fait état de 1,3 million de livres imprimés, de près de 30 000 livres numériques et de plus de 50 000 titres de revues imprimées ou en ligne. La direction dénombre 290 000 prêts par an et près de 3,8 millions d’articles téléchargés. En janvier 2015 a abouti le projet de mise en ligne d’un portail offrant un point d’entrée unique vers le catalogue, de nouvelles fonctionnalités et services.

La médiathèque Olympe-de-Gouges possède un important département sur les thèmes du genre, du féminisme ou LGBT.- Photo CHRISTIAN CREUTZ

L’immense médiathèque André-Malraux (MAM), qui dispose de 12 000 m2, a ouvert ses portes le 20 septembre 2008 sur ce qui était autrefois un entrepôt portuaire, réhabilité en grande bibliothèque lumineuse sur six étages. A l’ouverture, la direction espérait recevoir 1 000 visiteurs par jour. En 2014, la MAM comptait 29 370 emprunteurs actifs pour 270 000 documents empruntables et 924 805 prêts. En outre, le réseau Pass’relles dont fait partie la MAM, avec 30 établissements alsaciens de la communauté urbaine de Strasbourg, et qui donne accès à plus d’un million d’ouvrages, "marche bien, malgré une restriction des moyens, comme tous les établissements français", selon le directeur du service des bibliothèques de la ville de Strasbourg, Philippe Charrier. L’avenir sera consacré à l’extension de l’outil numérique, commencée en 2011 avec une finalisation prévue pour 2016. L’autre projet à venir concerne la labellisation "BNR", bibliothèque numérique de référence, que Philippe Charrier espère obtenir entre 2016 et 2019. Dans un futur lointain, la direction souhaite aussi voir aboutir un projet de circulation des documents, sous la forme de "prêté ici, rendu ailleurs".

La bibliothèque du Grand Séminaire, qui date de 1774, abrite plus de 200 000 titres. Parmi eux, au moins 230 incunables et environ 500 post-incunables, qui côtoient manuscrits et livres pouvant dater du XVIIIe siècle. Les lieux comportent aussi des rayons pour les "alsatiques", des ouvrages patrimoniaux sur l’Alsace ou imprimés dans la région. La bibliothèque, qui appartient au Grand Séminaire où étudient les futurs prêtres, dépend du diocèse de Strasbourg, fait unique en France, dû au régime du concordat qui caractérise l’Alsace-Moselle, exception à la loi de la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Louis Schlaefli, bénévole, s’occupe depuis plus de cinquante ans de la conservation de l’établissement : outre les visites guidées qu’il organise, il accueille le mardi les trois lecteurs (en moyenne) venus consulter les précieux ouvrages, tente d’établir un catalogue des collections et gère les nouveaux arrivages que les paroisses de la région lui font parvenir (environ trois ou quatre par an, estime-t-il). La bibliothèque fait aussi office de musée et expose des objets religieux. Elle est séparée de la bibliothèque des séminaristes, où les futurs prêtres étudient au quotidien.

La médiathèque municipale Olympe-de-Gouges a pris son nom le 29 mars 2012, baptisée ainsi et inaugurée par le maire de la ville, Roland Ries (PS). Pour l’occasion s’est aussi ouvert un espace "égalité de genre", comportant 500 titres (livres et DVD documentaires principalement) sur les thèmes de la diversité sexuelle, de l’identité sexuée et du genre, du féminisme, de la parité, du sexisme, de l’homosexualité et de l’homophobie sous leurs aspects sociaux, politiques ou historiques. Des brochures d’information des associations partenaires spécialisées sur ce thème s’y trouvent aussi. Mais il s’agit là d’éléments "assez pointus, destinés à un public spécialisé", observe la directrice de la bibliothèque, Anne Dive. Ceux qui fréquentent ce fonds documentaire sont principalement les membres de la trentaine d’associations féministes ou LGBT de la région, les étudiants ou les enseignants sur le sujet, ou bien les classes de collèges et de lycées. Sept membres de l’équipe de la bibliothèque ont été formés pour les recevoir.

Par ailleurs, si l’un des 300 000 documents du catalogue de la bibliothèque générale traite d’un aspect lié au genre ou aux rapports homme/femme, un sticker avec le logo de l’espace "Egalité de genre" est apposé. "Ce n’est en rien un jugement de valeur positive ou négative sur ces documents", précise Anne Dive. La bibliothèque, qui reçoit 1 500 visiteurs par jour, a suscité beaucoup de curiosité par l’ouverture de cet espace, mais peu de réactions négatives ou agressives, se félicite la directrice. Un fonds similaire se trouve à la bibliothèque municipale de Lyon. E. B.

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