Mon chien et moi. Selon la légende familiale, avant sa naissance, son père aurait répondu à sa mère qui voulait un enfant : « Pourquoi faire ? J'ai déjà un chien. » Dans Un chien arrive, texte sur sa relation à son golden retriever, Ziggy, Camille Ruiz raconte encore, toujours d'après ladite légende, qu'une fois tombée enceinte d'elle, sa mère aurait sangloté « des mois » en apprenant que ce ne serait pas un garçon. Ces deux anecdotes, fussent-elles apocryphes, trahissent des vérités, ou plutôt des faits au sujet de notre rapport à l'animal domestique et du biais endémique à la société patriarcale en faveur d'un genre plutôt que de l'autre. Car, pour Camille Ruiz, il y a certaine corrélation entre la domination sexiste et celle qu'exercent les hommes sur les animaux. Ziggy est un cadeau de Piero, son mari brésilien - une manière de remède préventif à la nostalgie après leur emménagement dans ce « Brésil de Bolsonaro [où] flotte une odeur de désespoir et de mort ». Le chiot la console surtout de la perte d'un chien qu'elle a eu il y a dix ans... dans un rêve. Ce chien rêvé et perdu était le fantôme d'un manque.
Née en 1991 dans le sud de la France et vivant à Brasília, Camille Ruiz poursuit cette veine, engagée lors de son master d'écopoétique à Aix-en-Provence, qui questionne par la langue et la poésie du sensible notre rapport au vivant. Elle analyse ici les différentes facettes de l'attention et de l'affection qui forment son lien à Ziggy. Et signe une belle réflexion, à travers sa cohabitation avec son compagnon canin, sur l'existentielle incomplétude de l'humain et sa nécessaire dépendance affective.
Un chien arrive
Éditions Corti
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 21 € ; 192 p.
ISBN: 9782714313744
