Bibliothèque : une chance aux sciences | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, le 31.03.2017 (mis à jour le 31.03.2017 à 09h58) Bibliothèque

Bibliothèque : une chance aux sciences

La Bibliothèque des sciences et de l’industrie (BSI) de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. - Photo VIRGINIA CASTRO/UNIVERSCIENCE

Malgré de vrais progrès, les collections scientifiques restent sous-représentées dans les établissements de lecture publique. Un livre des éditions du Cercle de la librairie donne des clés pour inverser la tendance.

La complexité croissante du monde, les débats de société tels que ceux sur la manipulation du génome humain ou les crises sanitaires suscitent depuis plusieurs années dans le public une curiosité croissante pour les sciences. Si cet intérêt a été accompagné par l’édition avec des ouvrages de vulgarisation scientifique, les bibliothèques publiques ont, elles, du mal à trouver leur place dans ce domaine, notamment pour une question de culture professionnelle, les bibliothécaires étant le plus souvent issus des filières littéraires.

"Le dépassement durable du divorce entre médiathèques et culture scientifique technique et industrielle ne passera que par l’intégration dans le vivier professionnel des bibliothécaires, de compétences ou au minimum de fortes appétences en matière de vulgarisation des sciences, affirme David-Jonathan Benrubi, directeur de la médiathèque de Cambrai, dans Les sciences en bibliothèque (1), qui vient de paraître aux éditions du Cercle de la librairie appartenant, comme Livres Hebdo, à la société Electre. On a longtemps privilégié la logique d’un rapprochement ponctuel des deux univers à la logique consistant à intégrer la culture scientifique comme ce qu’elle aurait toujours dû être : une composante ordinaire de l’offre des médiathèques." Le jeune directeur préconise plusieurs solutions, dont l’instauration d’une épreuve optionnelle de mathématiques dans les concours des filières d’accès aux métiers des bibliothèques, la possibilité de recruter hors concours des médiateurs scientifiques dans les équipes et de renforcer la formation continue, peu abondante dans le domaine des sciences.

A Cambrai, où la médiathèque mène depuis plusieurs années une action importante en faveur de la vulgarisation scientifique, la ville soutient un ambitieux projet, baptisé Laboratoire culturel, dont la culture scientifique constitue une dimension essentielle au sein du programme de lecture publique. Le nouvel équipement de 4 600 m2, qui devrait ouvrir à la fin de 2018, comptera notamment un "studio des sciences", lieu d’expérimentation pour les adultes et les enfants.

Une démarche participative

2018 verra également la concrétisation du nouveau projet d’établissement de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie (BSI). Seule bibliothèque de lecture entièrement dédiée aux sciences, cet établissement ouvert en 1986 à Paris au sein de la Cité des sciences et de l’industrie (devenue Universcience depuis son regroupement avec le palais de la Découverte en 2009), fonde son futur programme sur l’intégration du numérique, le renforcement d’une offre de services autour des collections et des démarches de co-construction avec les usagers.

"Les bibliothèques doivent désormais proposer plus que l’accès à l’offre documentaire, dorénavant accessible facilement par tous via Internet, souligne Claude Farge, directeur de la bibliothèque et des ressources documentaires de la Cité des sciences et de l’industrie. Elles doivent offrir à leurs visiteurs les outils leur permettant de renforcer leur capacité d’action individuelle et collective." La BSI expérimente déjà avec succès cette démarche : la fréquentation du Carrefour numérique, l’un de ses départements, est passée de 40 000 à 120 000 visiteurs annuels en trois ans.

Un prix de la Diffusion scientifique

Depuis 2016, un prix de la Diffusion scientifique est décerné dans le cadre du grand prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones. Doté de 5 000 euros par la Sofia, il distingue une bibliothèque pour une initiative visant à promouvoir la culture scientifique auprès du grand public. Ce prix a été décerné en décembre dernier à la bibliothèque Kateb-Yacine de Grenoble pour son cycle de conférences "Tout comprendre".

"Les bibliothèques doivent s’approprier la culture scientifique"

DR - "C’est le rôle des bibliothèques de favoriser l’interdisciplinarité." Michel Netzer

Michel Netzer, directeur du département Sciences et techniques de la Bibliothèque nationale de France, a coordonné le livre Les sciences en bibliothèque aux éditions du Cercle de la librairie. Comment développer les collections de sciences en bibliothèque ?

Il faut d’abord souligner que, selon les estimations, la part des livres de sciences dans les collections des bibliothèques de lecture publique a progressé en vingt ans, de 7,5 à 11,4 %. On dispose maintenant de ressources en ligne comme les bibliographies et les outils méthodologiques de la Bibliothèque publique d’information, d’Universcience ou du Syndicat national de l’édition, qui sont des aides précieuses aux acquisitions. Mais la mise en valeur des collections pourrait encore être améliorée, avant même de parler de médiation. Il faudrait faire jouer le plan de classement, mieux guider les lecteurs par la signalétique, faire des tables de présentation thématique d’ouvrages.

Quels sont les atouts des bibliothèques à côté des autres acteurs de la diffusion de la culture scientifique ?

Les centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) sont peu nombreux, alors que les bibliothèques offrent un maillage fin du territoire. Les deux réseaux ont donc tout intérêt à s’associer. Les CCSTI proposent déjà des activités clés en main aux bibliothèques, mais on pourrait souhaiter une participation plus active de ces dernières, qu’elles s’approprient la culture scientifique, qu’elles inscrivent les sciences régulièrement dans leur programmation.

Quels sont les enjeux de la vulgarisation scientifique en bibliothèque ?

L’enjeu principal, selon moi, réside dans le fait de considérer la culture scientifique comme partie intégrante de la culture au sens large. C’est le rôle des bibliothèques de favoriser l’interdisciplinarité, de mettre en évidence le lien entre les sciences et les débats de société, la vie quotidienne, et de jeter des ponts entre les différents univers.

Un label pour les livres de vulgarisation scientifique

Le groupe Sciences pour tous du Syndicat national de l’édition, constitué d’une trentaine d’éditeurs de vulgarisation scientifique, a lancé le 27 mars un label permettant d’identifier les ouvrages de sciences adaptés au grand public. Elaboré en coopération avec le réseau Dilicom, il consiste en un pictogramme représentant une ampoule pour repérer les livres concernés dans le Fichier exhaustif du livre (Fel). L’objectif est d’aider les bibliothécaires et les libraires dans leurs choix.

(1) Les sciences en bibliothèque, sous la direction de Michel Netzer, éditions du Cercle de la librairie, 42 euros. ISBN : 978-2-7654-1525-1.

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