La bouquinerie Latulu, installée en plein cœur de Besançon au 13 rue de la Madeleine depuis 1988, s'apprête à baisser le rideau. Après 38 ans d'activité aux côtés de son mari Éric, aujourd'hui retraité, l'heure de la retraite a également sonné pour Véronique Genest.
Leur magasin physique fermera ainsi fin juin, mais les époux ne cessent pas pour autant toute activité. Joint par Livres Hebdo, Éric Genest explique leur intention de poursuivre la vente sur Internet. « On va continuer, mais uniquement sur la partie e-commerce. L'idée, c'est d'avoir un peu plus de temps pour nous. »
Une institution rachetée
Quand Éric et Véronique Genest ont repris le fonds de commerce en 1988, la boutique s'appelait déjà Latulu. Depuis lors, le couple anime un espace généraliste de l'occasion où se côtoient livres de sciences humaines, philosophie, sociologie, rayons poche, science-fiction, ouvrages anciens pour bibliophiles, bandes dessinées et partitions musicales.
La bouquinerie s'est bâti une réputation autour des livres anciens et rares, avec une spécialité affirmée en histoire, littérature, arts et sciences humaines. Un fonds varié, qui dit aussi ce qu'est une bouquinerie par opposition à une librairie. « Entrer dans une bouquinerie, c'est pousser la porte avec l'esprit ouvert. Ce n'est pas du tout la même démarche que dans une librairie classique », résume le co-propriétaire. La clientèle fidèle, elle, l'a bien compris : « Notre offre était appréciée. Certains clients étaient là depuis le premier jour, et leur déception est réelle. »
Le commerce de centre-ville, un combat de longue haleine
La fermeture du magasin n'est pas liée à une crise brutale, mais elle s'inscrit dans un mouvement de fond que le couple a observé, année après année. « Quand on compare l'activité d'il y a 40 ans à celle d'aujourd'hui, on a le sentiment d'attirer de moins en moins de monde », dit Éric Genest, qui a pris sa retraite deux ans avant son épouse, la laissant tenir seule le magasin.
La mise en ligne d'une partie du fonds, pourtant engagée pour coller aux évolutions du marché, n'a pas suffi à inverser la tendance. « On s'est rendu compte assez vite que le quartier avait profondément changé. Au bout du compte, Internet nous a juste permis de maintenir le chiffre, pas de le développer. » Autour d'eux, les fermetures se sont multipliées. Éric Genest se souvient notamment de la grande librairie Camponovo, disparue elle aussi, dont le local avait fini par inspirer une nouvelle enseigne installée dans un ancien cinéma, sur plusieurs niveaux. Jusqu'à la fermeture de fin juin, les livres sont proposés à prix réduits. Le reste du fonds sera rapatrié au domicile des époux Genest pour alimenter la boutique en ligne, qui, elle, ne s'arrête pas.
