Le marché du livre de langue française en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) affiche un chiffre d'affaires de 272,2 millions d'euros en 2025, en recul de 1,8 % par rapport au chiffre d'affaires 2024 (évalué à 277,2 millions d'euros au lieu de 268,2 après correction méthodologique liée à l'intégration d'un nouveau déclarant dans le modèle d'extrapolation NielsenIQ Book Data), selon les statistiques publiées par l'Association des éditeurs belges (ADEB) et la plateforme PILEn. Ce repli est légèrement supérieur à celui enregistré sur le marché français (-1 %).
Freida McFadden, seul moteur de la littérature
Sur le marché, seuls trois genres éditoriaux échappent au recul en 2025. La littérature générale progresse de 4,8 % (72 millions d'euros, première part de marché avec 26,5 %), mais cette hausse repose intégralement sur les résultats de Freida McFadden (La Femme de ménage – City & J’ai Lu), dont les titres occupent cinq places du top 10 des ventes.
Cette hyper-concentration sur quelques best-sellers constitue un phénomène en progression constante depuis plusieurs années. Philippe Boxho (Kennes/Les 3 AS) avait occupé une position similaire en 2024, avec trois titres dans le top 10.
Le segment des beaux livres (+5,1 %) et les loisirs/vie pratique (+1 %, portés par le coloriage pour adultes malgré le repli des ouvrages de cuisine) complètent le trio en croissance.
À l'inverse, trois genres subissent une forte pression. Les bandes dessinées chutent de 6 % (54,6 millions d'euros, 20,1 % de part de marché), tirées vers le bas par le reflux des mangas en manque de nouvelles séries.
Les livres pour la jeunesse perdent 2,7 % (36,4 millions d'euros, 13,4 % de PDM), pénalisés par le repli des collections de lecture. Les sciences humaines et techniques accusent une baisse de 7,8 % (36,2 millions d'euros, 13,3 % de PDM), du fait d'un recul simultané des ouvrages juridiques édités en Belgique et de la catégorie ésotérisme.
Effondrement des GSA, résistance des librairies
Les grandes surfaces alimentaires (Carrefour, et Cora jusqu'à sa fermeture en 2025) poursuivent leur effondrement (-17,7 %, à 15,2 millions d'euros). Leur part de marché est tombée à 5,6 %, contre 14 % en 2016.
Les ventes directes reculent également de 7,7 %, principalement sur les ouvrages de sciences humaines. En revanche, le canal composite grandes surfaces spécialisées/internet/autres progresse de 0,6 % (126,9 millions d'euros, 46,6 % de PDM), et les librairies de niveau 1 et 2 se maintiennent, n'abandonnant que 0,6 % (107,3 millions d'euros, 39,4 % de PDM).
Activité des éditeurs : le numérique amortit la chute du papier
Du côté de la production éditoriale, mesurée cette fois en chiffre d'affaires éditeur hors TVA, l'activité globale des maisons établies en FWB s'élève à 324,9 millions d'euros, en baisse maîtrisée de 1,38 %, contre -0,63 % pour l’activité des éditeurs français en France, selon le Syndicat national de l’édition.
Ce résultat tient en grande partie à la nouvelle progression de l'édition numérique (+10,6 %, à 92,9 millions d'euros), qui représente désormais 28,5 % du chiffre d'affaires total, contre 68,4 % pour le papier (222,2 millions d'euros, -5,2 %, la plus forte baisse annuelle depuis 2016) et 3 % pour les cessions de droits.
La production papier recule fortement à l'export (-7,5 %) mais aussi sur le marché domestique, où la baisse de la production en français (-5,8 %) est partiellement atténuée par le statu quo de la production scolaire en néerlandais vendue en Wallonie.
L'essentiel de la croissance numérique (+8,9 millions d'euros) se concentre sur le genre sciences humaines (+7,8 millions d'euros), dont le mouvement de bascule du papier vers le numérique, engagé depuis 2016, se poursuit sans perte de chiffre d'affaires global.
La littérature générale, dans le périmètre éditorial belge (donc sans les éditeurs français), accuse quant à elle une chute de 35 %, directement liée à la fin de la vague Boxho. À l'inverse, le scolaire progresse de 2 %, quasi exclusivement porté par le livre en néerlandais, l'édition scolaire en français restant atone depuis une décennie. BD (-4,3 %) et jeunesse (-4,65 %) subissent le reflux des marchés tant en Belgique qu'à l'export, tout en restant à des niveaux supérieurs à ceux d'avant 2021.
Petits éditeurs en difficulté, prix sous l'inflation
La situation est particulièrement sévère pour les structures de taille intermédiaire : 50 % des éditeurs de FWB déclarent un chiffre d'affaires compris entre 30 000 et 2 millions d'euros, et ont perdu en moyenne plus de 10 % de leur chiffre d'affaires en 2025. Plus structurellement, le prix moyen du livre vendu évolue nettement moins vite que l'inflation sous-jacente, accentuant la pression sur l'ensemble de la filière.
Sur le plan de la production, le nombre de titres papier publiés remonte à 8 047 (contre 7 660 en 2024), dont 4 453 nouveautés et nouvelles éditions. Le niveau des retirages (3 594) reste cependant structurellement bas, phénomène que l'ADEB et PILEn qualifient de « stratégie défensive » en période difficile.
Le succès des foires et salons du livre (Bruxelles, Mons), en visiteurs comme en ventes, est par ailleurs souligné comme un signal positif du maintien du contact direct entre lecteurs et professionnels du livre.
