Essai

Allan Bloom, « La pensée politique de Shakespeare » (Armand Colin) :  Shakespeare dans la Cité

Shakespeare - Photo OLIVIER DION

Allan Bloom, « La pensée politique de Shakespeare » (Armand Colin) :  Shakespeare dans la Cité

Inédit en français, le classique d'Allan Bloom sur la pensée politique du Barde de Stratford, suivi d'un texte de Harry Jaffa sur Le roi Lear.

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Par Sean J. Rose,
Créé le 10.02.2021 à 17h30,
Mis à jour le 11.02.2021 à 19h20

A priori, poésie et politique n'ont rien à voir. On peut certes arguer que, dans une cité sans art, il ne fait guère bon vivre ensemble, et qu'il n'est pas non plus interdit à un créateur d'exprimer à travers son art une opinion politique. Mais force est de constater que l'art engagé ne l'est pas toujours dans le sens de la beauté.

Les grands écrivains, pourtant, sont à la fois le miroir de la société qui les a vus naître et les instructeurs de leur peuple. Homère en Grèce, Dante en Italie, Cervantès en Espagne, Montaigne en France... Et Shakespeare, qui, selon Allan Bloom (1930-1992), est « un guide et un compagnon fidèle [...] dans l'éducation du monde anglo-saxon ». Le philosophe américain analyse dans cet inédit en français le Barde de Stratford « en tant que sujet de réflexion philosophique » à travers ses pièces vénitiennes et ses tragédies romaines, notamment Jules César.La pensée politique de Shakespeare est composé de trois essais d'Allan Bloom et d'un quatrième signé Harry Jaffa sur « les limites de la politique » au prisme du Roi Lear. Jaffa, comme l'auteur de L'âme désarmée, est classé « conservateur ». Disons que, comme l'explique Philippe Raynaud dans sa préface à la présente édition, Bloom et Jaffa, tous deux disciples de Leo Strauss, ne seraient pas tant antimodernes que farouches champions des Lumières européennes et gardiens du temple d'une vertu toute platonicienne - le Bien commun transcendant - face au relativisme qui allait gagner les campus outre-Atlantique dans les années 1970.

Le multiculturalisme et l'amour romantique ont leurs limites dans la cité. Le Shakespeare de Bloom est pessimiste. Relations entre juifs et chrétiens dans Le marchand de Venise, mariage mixte dans Othello : c'est à une forme d'aporie qu'aboutiraient la conception universaliste et un système politique qui prît en charge la satisfaction des désirs de chacun. L'individu est la face obscure du citoyen. Dans Jules César est dépeinte la tension entre le vertueux régime républicain dirigé par des médiocres et le génial dictateur s'appuyant sur la volonté du peuple... La politique résout les problèmes concrets au détriment des principes philosophiques ; la poésie, la littérature, ne fait que montrer le duel fatal entre le réel et l'idéal.

Allan Bloom, avec Harry Jaffa
La pensée politique de Shakespeare Traduit de l’anglais (États-Unis) par Émilie Brusson et Côme de la Bouillerie
Armand Colin
Tirage: 2 500 ex.
Prix: 19,9 € ; 192 p.
ISBN: 9782200629526

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