Justice

Affaire DSK-Jauffret : Le Seuil réserve sa décision

Régis Jauffret. - Photo Olivier Dion

Affaire DSK-Jauffret : Le Seuil réserve sa décision

La cour d'appel a confirmé la condamnation de Régis Jauffret pour diffamation envers Dominique Strauss-Kahn dans La ballade de Rikers Island publié au Seuil.

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Par Hervé Hugueny
Créé le 12.05.2017 à 19h32 ,
Mis à jour le 15.05.2017 à 07h00

La cour d'appel de Paris a confirmé le 11 mai le jugement de première instance prononcé en juin 2016 contre Régis Jauffret, condamné pour diffamation à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn, personnage non nommé mais facilement reconnaissable de La ballade de Rikers Island, publié au Seuil en 2014. L'écrivain s'était étroitement inspiré de l'affaire du Sofitel qui a coûté sa carrière à l'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI).
 
Régis Jauffret a fait appel de cette condamnation à une amende de 1500 euros avec sursis, ainsi qu'à 10000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral pour certains passages de son ouvrage, et à 5000 euros pour des propos tenus à la radio pendant la promotion de son livre. En revanche, la plainte contre le Seuil et son directeur avait été déclarée nulle en raison d'une erreur de procédure.

Contactée, la direction du Seuil indique qu'elle attend de prendre connaissance de l'arrêt avant toute décision quant à la suite de l'affaire, si l'écrivain choisissait éventuellement de se pourvoir en cassation. Son avocate, Me Bénédicte Amblard, précise qu’elle n’a pas encore la copie de l’arrêt, et qu’elle n’a pas d’instruction sur un éventuel pourvoi.
 
Lors de l'annonce de la plainte en avril 2014, Olivier Bétourné, président du Seuil, avait fermement invoqué la défense de la liberté de l’écrivain. "Mon rôle, en tant qu’éditeur, ma responsabilité en quelque sorte, consiste à protéger cette liberté-là, dans le respect des lois de la République. C’est pourquoi notre maison se tient aujourd’hui avec fermeté auprès de Régis Jauffret" déclarait-il. "Les éditions du Seuil soutiennent fermement M. Régis Jauffret" dans son action en appel avait ensuite ajouté la maison dans un communiqué publié en juin 2016, lorsque l'auteur avait décidé de poursuivre l'affaire.
 
L'avocat de Dominique Strauss-Khan avait dénoncé une "diffamation effroyable" distillée à travers ce roman de plus de 400 pages paru le 16 janvier 2014, qui décrit la chute d'un homme, le désarroi d'une femme et, de façon très précise, une "scène de viol". Le seul nom cité dans ce livre est celui de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel de New York qui a envoyé Dominique Strauss-Kahn en prison, à Rikers Island, sur des accusations de viol en mai 2011. Si cette affaire s'était finalement soldée par une transaction financière, elle avait coûté sa carrière au favori d'alors de la course à la présidentielle française de 2012.
 
"Le fait que l'ouvrage soit intitulé "roman" ne peut suffire à retenir le caractère prétendument fictionnel des passages poursuivis", a jugé la cour d'appel, pour qui "la lecture du livre ne laisse planer aucun doute sur la thèse du viol que l'auteur présente comme la plus sinon la seule vraisemblable". La justice relève en outre que l'auteur "s'est totalement affranchi des conclusions auxquelles ont abouti les procédures américaines (...) dont il résulte que les poursuites ont été abandonnées".
 
Les avocats de Régis Jauffret et du Seuil avaient plaidé la liberté totale de la "création littéraire", y compris celle "de mentir, d'inventer". La justice avait aussi interdit toute nouvelle édition du roman comportant les passages jugés diffamatoires.

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