Deux ans après son étude portant sur les adaptations d'œuvres littéraires dans le paysage cinématographique de six pays, le Centre national du livre (CNL) a souhaité se concentrer, dans son nouveau rapport, sur la production française du cinéma et de l’audiovisuel.
Cette étude, confiée au cabinet BearingPoint et menée en collaboration avec la Société civile des éditeurs de langue française (Scelf) et le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), analyse près de 4 200 titres produits et sortis entre 2015 et 2023 en France. Globalement, elle montre un véritable cercle vertueux entre les industries du livre et du cinéma qui, selon Régine Hatchondo, présidente du CNL, « ont tout à gagner à se rapprocher ».
Une augmentation notable
D’abord, dans la période et sur le territoire étudiés, les adaptations d'œuvres littéraires représentent 17 % des œuvres cinématographiques et audiovisuelles produites et diffusées. En huit ans, la part des adaptations a augmenté de 28 %, en parallèle du nombre de productions françaises qui enregistre une hausse de 27 % sur ce même laps de temps.
Même son de cloche du côté des adaptations pour l'audiovisuel (séries ou feuilletons diffusés ailleurs qu'au cinéma) qui ont augmenté de 48 %.
En termes de fréquentation, les adaptations d'œuvres littéraires représentent 21 % des entrées générées par les films français sortis au cinéma en France avec 30 % de plus par rapport aux films aux scénarios originaux (340 000 entrées contre 260 000).
Par exemple, bien que ne figurant pas dans l’étude, Le Comte de Monte Cristo de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière enregistre, depuis sa sortie le 28 juin 2024, plus de 9 millions d’entrées sur le territoire.
Un succès à l'international
Les pays étrangers font eux aussi la part belle aux adaptations françaises : 21 % des productions de l’Hexagone ayant généré le plus d’entrées en salle à l’international sont issues d’adaptations littéraires, selon le top export Unifrance. Par exemple, en 2022, Le Trésor du Petit Nicolas de Julien Rappeneau a enregistré plus de 400 000 entrées dans le monde entier.
Un succès peu étonnant puisque le genre « famille/animation » présente le taux d’adaptation le plus élevé au cinéma (41 %), suivi par « biographie » (32 %). Côté audiovisuel, « action/aventure » et « SF/fantastique » arrivent en tête avec 23 %.
Dans les cérémonies, la part des adaptations est importante : 25 % des nommés dans les principales catégories des César sont inspirés d'ouvrages. Par exemple, La nuit du 12 de Dominik Moll, inspiré du livre 18.3 : une année à la PJ de Pauline Guéna (Denoël) a notamment remporté la statuette du meilleur film en 2023.
La littérature générale en majesté
Autre enseignement de l'étude, entre 2015 et 2023, 92 % des adaptations cinématographiques et audiovisuelles françaises sont issues de textes parus à partir de 1901, faisant donc encore majoritairement l’objet de droits d’adaptation. Parmi eux, 24 % sont des ouvrages publiés après 2015 et 6 % sont adaptés de livres ayant moins de trois ans.
Des chiffres qui montrent l’intérêt des producteurs et réalisateurs pour les ouvrages relativement récents. Par exemple, le film Réparer les vivants de Katell Quillévéré, sorti en 2016 est adapté du roman éponyme de Maylis de Kerangal (Verticales), paru seulement deux ans auparavant, en 2014.
En termes de genre, la littérature générale l’emporte avec plus de 61 % des adaptations : 41 % sont issues des romans contemporains, 20 % d’ouvrages de non-fiction, 12 % de bandes dessinées et 8 % de livres jeunesse. Ici, on peut notamment citer En attendant Bojangles de Régis Roinsard, adapté du roman éponyme d’Olivier Bourdeaut (Finitude).
Un impact non négligeable sur le monde du livre
Enfin, les adaptations cinématographiques et audiovisuelles ont de réelles conséquences sur la vie des ouvrages puisque pour la majorité d’entre eux (61 %), la sortie d’un film dont ils sont inspirés permet un regain des ventes papier. Récemment, le prix Goncourt 2018 Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu (Actes Sud) a vu ses ventes relancées après la sortie du film du même nom réalisé par Ludovic et Zoran Boukherma (2024).
Les adaptations profitent également d'un certain pouvoir auprès des lecteurs : une étude du CNL intitulée « Les jeunes Français et la lecture en 2024 » montre qu’une série ou un film vus sur une plateforme donnent davantage envie de lire à 80 % des jeunes de 16 à 19 ans. Un chiffre qui a augmenté de 19 points depuis 2022.