17 août > Roman France

Adélaïde de Clermont-Tonnerre est une romancière bien élevée. Après le succès critique de son premier roman, Fourrure (Stock, 2010, prix Sagan et prix Maison de la presse), n’importe quelle entrante dans la carrière se serait empressée de transformer l’essai. Adélaïde de Clermont-Tonnerre, elle, a patienté six ans et attendu de croiser la route de Werner Zilch pour nous livrer, cette fois-ci sous la casaque jaune de Grasset, Le dernier des nôtres, largement aussi ambitieux que ne l’était Fourrure et porté par l’histoire contemporaine.

Werner Zilch ? Dans le New York de l’année 1969, d’un hédonisme sans cesse à réinventer, ce jeune homme de 25 ans pourrait être Gatsby. Nul ne résiste à cet enfant adopté, fils de la classe moyenne, surtout pas les femmes, surtout pas lui-même. Sauf peut-être Rebecca Lynch, riche héritière, en qui il reconnaît une "alter-égale" en séduction et la femme de sa vie. Jusqu’à ce que Rebecca ne le présente à sa mère et que celle-ci ne s’effondre en paraissant le connaître, le reconnaître. Rebecca disparaîtra, Werner construira des gratte-ciel, dans lesquels il espérera trouver la réponse au mystère de ses origines, de son amour perdu. Il lui faudra écouter ses cauchemars de villes en flammes et de corps suppliciés, revenir vers Dresde sous les bombes, l’Allemagne nazie, les missiles V2, les ombres de la guerre froide naissante. Adélaïde de Clermont-Tonnerre mène son affaire avec une jubilation romanesque sans pareille. Ce livre baroque, élégant jusque dans ses excès, est un véritable opéra. O. M.

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