Vincent par Vincent. De Vincent Vigneron, on ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'il a exercé un peu tous les métiers, qu'il vit à Lyon avec femme et enfant, et que sa mère, Janine Sabatier, est écrivain. Sur Vincent Van Gogh, en revanche, la littérature est abondante, on sait beaucoup de choses, en particulier grâce au fondamental Lettres à son frère Théo (Gallimard, 1953). On connaît presque tout de sa courte mais intense trajectoire terrestre, de sa naissance le 30 mars 1853 en Hollande à sa mort à Auvers-sur-Oise, dans l'auberge Ravoux, le 29 juillet 1890, au terme de presque deux jours d'agonie, après s'être tiré une balle dans la poitrine le 27. Avec un revolver Lefaucheux, précise Vigneron, le même modèle que celui avec lequel Verlaine avait tiré sur Rimbaud.
Voilà un exemple de la « méthode Vigneron », qui fait toute la qualité de son texte : il n'hésite pas à pratiquer le télescopage, l'humour à froid, voire les anachronismes. À un moment, Van Gogh, délirant, paranoïaque, exalté (dans sa jeunesse, il a été prêcheur, évangéliste, a échoué à devenir pasteur méthodiste) et suicidaire, est comparé à Kurt Cobain.
La documentation de Vincent Vigneron est impeccable, il se l'approprie avec méticulosité et sans pesanteur aucune. On redécouvre alors en détail la vie du malheureux Van Gogh, devenu l'un des plus grands peintres de tous les temps- au prix de quelles souffrances. Cela nous vaut un premier roman aussi original que réussi.
Rien que de grands tournesols
Robert Laffont
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 21 € ; 304 p.
ISBN: 9782221284865
