Vingt ans après. Né en 1990 dans le Cheshire au nord de l'Angleterre, dans une famille anglo- irlandaise, Seán Hewitt s'est d'abord fait connaître comme poète, auteur de deux recueils primés. Il a reçu en 2022 le prix Rooney de littérature irlandaise, qui distingue un écrivain de moins de 40 ans. Il vit depuis huit ans à Dublin, où il est assistant de littérature au prestigieux Trinity College. Cieux, ouvrez-vous est son premier roman. Un roman d'initiation amoureuse, certes, mais on a rarement écrit sur l'adolescence et ses premiers émois avec autant de justesse, de pudeur, de tendresse, de nostalgie.
James Legh (ça se prononce « Li », insiste-t-il), le narrateur, est bibliothécaire. Séparé de son mari, il est en pleine dépression. Un jour de 2022, il lit dans une petite annonce que la ferme voisine de la maison de ses parents à Thornmere, là où il a grandi, dans le nord de l'Angleterre, va être mise en vente aux enchères. Il saute dans sa voiture et retourne sur les lieux où, vingt ans auparavant, il a vécu une histoire qu'il n'a jamais oubliée et qui le hante encore : son amour pour le beau Luke, un adolescent « à problèmes », hébergé durant un an dans la famille de sa tante, des agriculteurs.
À l'époque, la mère de Luke a quitté le foyer pour partir vivre en France, son père est en prison et doit venir le chercher à sa libération, l'année suivante. En attendant, les deux garçons vont vivre une relation intense, presque sans paroles, sans qu'il ne se passe rien entre eux, mais tout en sensualité, en retenue, en non-dits. James est gay, il a fait son coming out, ce qui lui vaut l'embarras de ses parents - sa mère surtout, dont il est proche - et une grande solitude dans son lycée. Pas d'hostilité, mais la conscience d'être différent. La famille Legh, modeste, a des problèmes financiers et ne s'entend pas très bien. Le fils cadet, Eddie, a de gros ennuis de santé. Il est épileptique et ses crises sont de plus en plus fréquentes et violentes. On ne peut le laisser seul. James veille sur son petit frère fragile, culpabilisant de ne pas s'occuper plus de lui. James a 16 ans, et ce n'est pas le plus bel âge de la vie. Luke, lui, en a 17. Il est plus mûr, plus « mâle », mystérieux, presque inquiétant. James est amoureux fou et ne saura jamais si cette passion, qu'il n'a jamais osé lui déclarer ni lui demander d'assouvir, était réciproque. Ils se sont vus souvent, ont partagé de bons moments ensemble, quelques aventures dont une courte fugue, en été : ils ont dormi une nuit sous la même tente, chacun dans son sac de couchage...
Seán Hewitt, par la voix de son narrateur, évoque tout cela avec une infinie délicatesse, beaucoup de poésie. Il est à l'origine poète, on l'a vu. Sous sa plume, la campagne anglaise, souvent présentée comme ingrate, s'incarne et occupe une place prépondérante, même lorsqu'elle est inquiétante, comme la forêt, la nuit. James est assez trouillard, Luke plus dégourdi. Les dialogues sont rares, même en famille. On sent des rancœurs, des frustrations. Ce beau roman appelle une adaptation à l'écran, à condition de trouver un cinéaste aussi sensible que l'écrivain. Lui-même, peut-être ?
Cieux, ouvrez-vous
Robert Laffont
Traduit de l'anglais par Aline Azoulay-Pacvoñ
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 21 € ; 288 p.
ISBN: 9782221276525
