Shane et Ilya. Les amateurs de romance ne risquent pas d’oublier ces prénoms. Ces joueurs de hockey à l’histoire d’amour contrariée sont au centre de Heated Rivalry, une série diffusée depuis fin novembre au Canada par la plateforme Crave.
Avant même sa sortie en France (le début de la diffusion par HBO Max étant prévue à partir du 6 février), Heated Rivalry goûte à un succès planétaire, jusqu’en Russie, où le personnage d’Ilya est devenu une figure de résistance pour la communauté LGBTQIA+. La relation qu’elle dépeint, cependant, a démarré bien avant son arrivée sur le petit écran. Elle est tirée de la saga Game Changer de Rachel Reid, commencée en 2018 sous le label numérique d'Harlequin Carina Press, et qui frôle aujourd’hui la rupture de stock à travers le globe.
La saga arrive bientôt en France
Composée de six tomes, Game Changer jongle entre les points de vue de différents joueurs de hockey attirés par les hommes (dont Heated Rivalry est le deuxième volet). Elle jouissait déjà d’une belle renommée avant son adaptation audiovisuelle. Le Hollywood Reporter rapporte 650 000 exemplaires vendus dans le monde. Et en France ? Les fans ont dû prendre leur mal en patience. Le 10 janvier, les éditions Chatterley révélaient avoir acquis les droits de la saga et la publier prochainement.
L’éditrice française de la licence, Julie Cartier, explique à Livres Hebdo : « Il s’agit d’une romance dans le sport de haut niveau, assez macho. Elle est bienveillante sans être naïve. » Justine Lambert, libraire à l’Encre du cœur (Rouen) connue sur Instagram sous le pseudo Justinelivre, abonde : « Game Changer dénonce l’homophobie du milieu du hockey, mais aussi le racisme via le personnage de Shane, qui est asiatique. C’est un personnage attachant, qui est sur le spectre autistique comme l’a confirmé Rachel Reid. » Quant au prétendant de Shane, Ilya, il est originaire de Russie, « un pays où il est difficile de faire son coming out. »
L’homosexualité des personnages est donc loin d’être décorative, et elle fait même partie des raisons pour lesquelles les lectrices s’investissent selon Justine Lambert. « Elles ne sont pas confrontées à des personnages féminins à qui elles vont se comparer, et lire sur des sujets qui ne se retrouvent pas dans les romances hétérosexuelles. Ce sont d’autres modèles de masculinité qui sont mis en avant. »
« De la douceur dans un monde de brutes »
Dans le paysage de la romance, l’affrontement sur patinoire n’est pas nouveau, il s’agit même d’un genre à part entière. Il est représenté par des titres comme Icebreaker d’Hannah Grace (BMR, 2023, trad. Madeleine Petit), qui s’est écoulé à 110 000 exemplaires en grand format et 44 000 copies en poche.
Pour un observateur extérieur, l’existence de cette niche, surtout hétérosexuelle, peut surprendre, mais fait parfaitement sens dans la romance. « Ces histoires centrées font intervenir beaucoup de personnages puisqu’il s’agit d’un sport d’équipe, déclare Marie Legrand, directrice de projets de BMR. Non seulement cela accroît le potentiel de créer une saga, mais cela permet aussi d’utiliser le trope très apprécié de la famille choisie. » Et aussi du Enemies to Lovers, un autre archétype plébiscité par le lectorat romance. « Il y a aussi un côté "douceur dans un monde de brutes", où l’amour vient tempérer la violence du hockey, s’amuse Julie Cartier. »
Nox, label d’Albin Michel, s’y est mis aussi avec la série de Kandi Steiner Kings of the ice, dont le premier tome, Meet your match, est sorti le 7 janvier (trad. Chloé Michez). Assistante éditoriale, Manon Lespinard attire l’attention sur les enjeux économiques du sport. « C’est coûteux à pratiquer mais très bien rémunéré une fois qu’on passe professionnel. Cela permet d’avoir des protagonistes masculins à l’aise financièrement, et donc pour les lectrices de s’évader dans une relation où l’argent n’est pas un problème, une dynamique qu’on retrouve dans les romances de millionnaires. »
De quoi poser les bases d’un sous-genre durable ? Anaïs Hillion, fondatrice du site The Romance Times, a un avis nuancé sur la question : « Le fantasme européen autour des sports américains est toujours présent, mais la surenchère de publications risque de créer une lassitude. On a actuellement des tentatives d’aller vers autres choses, comme The Striker d’Ana Huang, qui parle de football. Ça pourrait se démocratiser à l’approche de la Coupe du Monde 2026. »
Chez Chatterley, le premier tome de Game Changer arrivera en librairie en mai, et le deuxième, en juin, avant une publication entre octobre et début 2027. L'éditeur a également prévu de sortir deux autres ouvrages de Rachel Reid ayant trait au hockey l’année prochaine, tandis que l’autrice prépare le tome final de Game Changer, qui apportera une conclusion à l’histoire d’Ilya et Shane.
