République, passion privée | Livres Hebdo

Par Olivier Mony, le 06.07.2018 (mis à jour le 06.07.2018 à 12h40) 22 août > Roman France > Aurélie Filippetti

République, passion privée

Aurélie Filippetti - Photo RICHARD DUMAS/FAYARD

Après un long séjour en politique, Aurélie Filippetti revient à la littérature pour le récit d’un amour qui ne s’autorise pas à se reconnaître comme tel.

Un homme et une femme que tout oppose ou devrait opposer et que réunit pourtant quelque chose comme un amour commun. Celui du pays, de la dignité qu’il y a à vouloir le servir. Différemment; et si les deux sont députés, situés chacun d’un côté de l’Hémicycle, elle voit ça du côté du peuple, lui en tient plutôt pour le roman national et le songe d’un universalisme français. "Les règles et les faits, les principes, la devise célébrée, la lucidité sur les heures sombres pour mieux tirer fierté des hauts faits d’armes et des traits de génie […] voilà ce qui unissait ces deux-là dans l’amour de tout un pays qui remplaçait, remplissait, leur désir l’un de l’autre. Mais en face, à la tribune du théâtre des anciens rois déchus [Versailles, un jour de réunion du Congrès, NDLR], il n’y avait rien." Un homme et une femme qui s’aiment alors? Pas si vite. Il y a des autorisations que même les plus épris de liberté ne peuvent s’accorder. Il y a surtout le désir, comme un passager clandestin, qui en tient lieu. Les corps s’accordent pour un syncrétisme que leur esprit refuse. Et pourtant, de cette impossibilité même naît pour eux quelque chose d’inattendu, une force, qui sera peut-être celle de se reconnaître aimant, ou au moins celle de savoir renoncer.

Lorsque Aurélie Filippetti quitta à l’été 2014 de son propre chef le ministère de la Culture, elle adressa au président de la République et au Premier ministre d’alors une lettre ouverte qui se terminait par ces mots: "Je choisis pour ma part la loyauté à mes idéaux."Les idéaux marque donc aujourd’hui son retour à la littérature, douze ans après Un homme dans la poche. C’est d’un paysage après la bataille qu’il sera ici question, un paysage plus apaisé, adouci par une troublante tendresse navrée. Si les amateurs de la comédie du pouvoir sauront donner à qui de droit leurs noms, ceux de littérature se contenteront de saluer le retour parmi eux d’une enfant prodigue que l’on avait cru un temps perdue. O. M.

Aurélie Filippetti
Les idéaux
Fayard
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 20 euros; 380 p.
ISBN: 978-2-21-370944-4

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