Réédition des pamphlets de Céline : la controverse enfle | Livres Hebdo

Par Léopoldine Leblanc, le 08.01.2018 à 18h54 (mis à jour le 09.01.2018 à 10h42) Polémique

Réédition des pamphlets de Céline : la controverse enfle

Louis-Ferdinand Céline - Photo DR

Alors que Gallimard n’a encore jamais confirmé une réédition des pamphlets antisémites de Céline, ni précisé ses conditions, l’avis favorable du Premier ministre Edouard Philippe entretient les indignations et suscite de nouvelles prises de position.

Faut-il rééditer les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) ? Alors que Gallimard, l’éditeur de l’écrivain, n’a encore procédé à aucune annonce, les avis s’opposent entre soutiens à la publication, accompagnée ou non d’un appareil critique, et partisans de l’interdiction. Dans une interview au Journal du dimanche, le 6 janvier, Edouard Philippe exprime un avis favorable à la publication des pamphlets, tout en précisant qu’"il faudra soigneusement l’accompagner". Pour le Premier ministre, "il y a d'excellentes raisons de détester l’homme, mais vous ne pouvez pas ignorer l’écrivain ni sa place centrale dans la littérature française."
 
L’hypothèse d’une réédition des pamphlets de Céline, qui aurait été envisagée par Gallimard pour mai 2018 et reportée sans date, réveille les divisions. Elle fait suite à la publication au Québec des textes "Bagatelles pour un massacre", "L’Ecole des cadavres" et "Les Beaux Draps", réunis sous le titre Ecrits polémiques (éditions 8, 2012). Publiés entre 1937 et 1941, ces pamphlets violemment antisémites n’ont pas été réédités en France depuis la Seconde Guerre mondiale. D’après Le Monde, en plus d’une préface de l’écrivain Pierre Assouline, la nouvelle édition "devrait reprendre intégralement" l’édition québécoise, "appareil critique compris", à l’initiative de Régis Tettamanzi, professeur de littérature française du XXe siècle à l’université de Nantes et spécialiste de Céline.
 
"Un projet qui est indéfendable de A à Z"
 
Face à la déclaration du Premier ministre, les réactions contre la publication n’ont pas tardé à se faire entendre. Sur France Culture, le 8 janvier, Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France, s’indigne: "La place centrale de Céline dans la littérature ne justifie pas de publier des écrits qui tombent sous le coup de la loi. Si un prix Nobel de médecine publiait un ouvrage recommandant la mise à mort des nouveaux nés, des handicapés ou des vieillards séniles, je ne suis pas sûr que le Premier ministre Edouard Philippe aurait donné la même réponse". Serge Klarsfeld, s’était déjà exprimé le 20 décembre sur le site de L’Obs, pour appeler à l’interdiction et prévenir d’une action en justice quand les textes viendront à paraître.
 
Historien et auteur de Dénoncer les Juifs sous l’Occupation (CNRS Editions, 2017), Laurent Joly affirme sur la même antenne: "C’est incompréhensible, c’est un projet qui est indéfendable de A à Z". L’historien évoque des arguments intenables du fait que l’auteur lui-même avait souhaité retirer ces "textes de propagandes" de son œuvre. Un souhait jusqu’ici maintenu par sa veuve Lucette Destouches. Tout en rappelant le statut de "livre maudit" de Bagatelles pour un massacre"C’était le bréviaire des antisémites", indique-t-il à France Culture –, l’historien se prononce contre le projet de réédition en l’état.

Selon lui et les autres signataires d’une tribune, le 28 décembre sur le site de LObs, (au côté de Pierre-André Taguieff, Annick Duraffour, Grégoire Kauffmann ou encore Annette Becker), l’édition québécoise actuelle nécessite un appareil critique plus fourni pour une nouvelle parution: "L’aura littéraire de l’auteur, qui leur confère une force de séduction supplémentaire, ne doit pas oblitérer leur ancrage historique, ni leur caractère propagandiste".
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