Médias

Radio-télé : le livre en capsules

Karine Tuil présente son roman L’insouciance le 4 septembre au 13 h de Laurent Delahousse sur France 2. - Photo OLIVIER DION

Radio-télé : le livre en capsules

Alors que le livre bénéficie désormais rarement d’émissions dédiées, les chaînes de télévision et de radio multiplient les formats courts et les chroniques littéraires ou culturelles à côté des incontournables émissions généralistes à forte audience.

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Par Vincy Thomas, Anne-Laure Walter,
Créé le 16.09.2016 à 00h00,
Mis à jour le 20.09.2016 à 14h42

Karine Tuil interrogée par Laurent Delahousse au JT de France 2, Amos Oz et Jean-Paul Dubois interviewés par Patrick Cohen dans la matinale de France Inter, ou encore Salman Rushdie invité par Thomas Sotto dans celle d’Europe 1 avant de se rendre aux "Matins" de France Culture : les nouveaux prescripteurs de livres ne sont peut-être plus ceux que nous avions à l’esprit.

En cette rentrée très politique, le livre n’a pas trop à se plaindre. Les principales émissions qui lui font une place plus ou moins importante sont maintenues, de "La grande librairie" (France 5), rallongée depuis janvier, à "On n’est pas couché" (France 2), désormais rediffusée le dimanche, de "Boomerang" (France Inter) à "Laissez-vous tenter" (RTL). On peut toujours regretter que TF1 et M6 pour le petit écran, ou RMC pour la radio, ne diffusent aucune émission dédiée à la culture et au livre. Mais toutes les autres chaînes (y compris celles de la TNT) et stations généralistes du paysage audiovisuel français affichent dans leur grille au moins un programme où un auteur peut être un invité comme un autre, et le livre un sujet éditorial. Une multitude de nouveaux rendez-vous font cette année du livre bien plus qu’un "produit" culturel. La plupart des nouveaux programmes lancés cette saison, talk-shows, infotainment ou émissions de divertissement, s’enorgueillissent de faire de la place aux auteurs.

"Le livre a vocation à être partout"

Sandrine Treiner, directrice de France Culture, le martèle depuis un an : "Le livre a vocation à être partout." Elle a conçu sa nouvelle grille avec cette devise en tête : "Toutes les émissions ont vocation à parler de livres." France Inter suit le même chemin. Et globalement, le livre se répand partout : dans les talks de début de soirée, sur les chaînes d’information en continu, dans les divertissements en journée. La multiplication des chaînes et la nécessité pour chacune de se différencier de ses concurrentes les amènent à produire des programmes qui les identifient et les distinguent. Ils doivent créer l’événement. "On n’est pas couché" peut alors passer en première partie de soirée comme ce fut le cas le 10 septembre, ou les émissions de France Inter se délocaliser au Livre sur la place, à Nancy. Les animateurs négocient de plus en plus l’exclusivité, y compris au sein d’une même chaîne ou station.

Mais s’il y a prolifération de programmes, il reste des lacunes que la télévision ne comble pas. La bande dessinée, la littérature jeunesse et la littérature étrangère restent souvent à l’écart. Brigitte Semler, attachée de presse chez Belfond, constate qu’elle est rarement sollicitée, même pour un auteur comme Douglas Kennedy. Alors que Facebook et Google investissent dans le sous-titrage, la télévision demeure réticente dès qu’il faut recourir à un traducteur. La bande dessinée subit une forme de discrimination similaire sur le petit écran, souvent par peur de ne pas savoir promouvoir un album. Hélène Werlé, responsable presse de Dargaud, note toutefois que la radio est plus sensible au 9e art.

Il y a des exceptions, en fonction de la notoriété ou de l’actualité. Avec l’élection présidentielle aux Etats-Unis, bon nombre d’essayistes sont invités comme experts. L’ouvrage sert de prétexte ou de caution pour explorer le thème évoqué par l’auteur ou faire le lien avec un débat du moment. La sortie du document Comme un Allemand en France : 1940-1944 (L’Iconoclaste) va faire l’objet d’un reportage sur son sujet dans le journal télévisé de France 2.

"Il y a plus d’émissions qui mettent le livre en avant"

Depuis que la chaîne publique a, il y a deux ans, fusionné son service culture avec son service société, le livre n’est plus cantonné à la case "culture". "Les matinales sont de plus en plus ouvertes, observe notamment Audrey Siourd, chargée des relations presse à L’Iconoclaste. Il y a peut-être moins d’émissions littéraires mais il y a plus d’émissions qui mettent le livre en avant", ajoute-t-elle.

Pour les intellectuels, cette ouverture est ancienne. Pour les écrivains, le phénomène prend de l’ampleur. Léa Salamé a ainsi consacré sa traditionnelle interview du matin sur France Inter à un primo-romancier comme Gaël Faye (Petit pays, Grasset) pour parler du Rwanda, des réfugiés et de l’identité. Désormais, l’auteur doit s’adapter à des formats très variés : une émission entre dérision et vulgarisation, ou une autre qui passe en revue l’actualité, ou encore une confrontation avec des chroniqueurs. Dans "Drôle d’endroit pour une rencontre" (France 3), Nicolas Demorand reçoit ses invités dans un endroit insolite. Ivan Jablonka sera au Panthéon pour la première émission, le 7 octobre.

Mais à la radio comme à la télévision, la tendance est à la fragmentation : des chroniques régulières entre deux flashs d’information, des interviews courtes entre deux rubriques ou des reportages qui n’excèdent pas trois minutes. Les émissions sont de plus en plus découpées. La culture se consomme en capsules. Si, à la radio, on peut encore se permettre un temps d’échange long, le temps court devient de plus en plus un atout pour capter l’audience. Dans sa nouvelle grille, Europe 1 multiplie les pastilles littéraires, toutes présentées par Nicolas Carreau, en les thématisant et en les insérant dans des émissions plus généralistes.

Le temps est compté

Deux raisons expliquent cette évolution. D’une part, les médias doivent s’adapter à des modes de consommation qui se transforment. Aujourd’hui, une émission peut avoir beaucoup plus d’audience en podcast pour la radio, ou en replay pour la télévision, qu’au moment de sa diffusion à l’antenne. L’auditeur-téléspectateur profite de son temps de transport ou de sa pause déjeuner pour écouter ou regarder un programme. Or ce temps est compté. D’autre part, le consommateur de médias utilise d’autres moyens pour s’informer. Des chaînes YouTube concurrencent les programmes des médias traditionnels, ce qui explique pourquoi la radio est désormais filmée. Surtout, les réseaux sociaux sont devenus un outil de propagation virale essentiel, incitant à privilégier des formats courts, distincts des autres éléments de l’émission qui les accueille. "Quotidien" (TMC) propose sur le Web une version qui permet de visionner chaque séquence indépendamment des autres. De même, dans les matinales des radios, chaque chronique est partageable sans imposer l’écoute de l’ensemble de l’émission.

Cette évolution fait que, après des années de dérives (télé-réalité, divertissements décérébrants), le livre et la culture ne sont plus bannis. Pour Sonia Devillers, l’experte ès médias de France Inter, les émissions veulent faire "rire et réfléchir". Par petites doses. V. T.

La rentrée du livre à la radio et à la télévision

Les nouveautés

Télévision

"Stupéfiant !" par Léa Salamé, France 2, mercredi, 22 h 15-0 h 15.

"Hier, aujourd’hui, demain" par Frédéric Taddeï, France 2, mensuelle, mercredi, 23 h 30.

"Drôle d'endroit pour une rencontre" par Nicolas Demorand, France 3, un vendredi sur deux, début le 7 octobre.

"21 centimètres" par Augustin Trapenard, Canal+, mensuelle, 22 h 50.

"Quotidien" par Yann Barthès, TMC, quotidienne, 19 h 10-20 h 40.

"Pop Up" par Audrey Pulvar, C8, hebdomadaire

Chronique littéraire de Stanislas de Saint Hippolyte, CNews (ex-i-Télé), jeudi, 12 h 45.

Chronique culture de Julia Molkhou, LCI, quotidienne, 6 h 45, 7 h 45, 8 h 45.

Radio

"L’heure bleue" par Laure Adler, France Inter, du lundi au vendredi, 20 h-22 h.

"L’amuse-bouche" par Clara Dupont-Monod, France Inter, samedi, 19 h 20.

"A livre ouvert" par Thierry Fiorile, France Info, samedi, 13 h 51, 15 h 53 et 18 h 23 et dans le "10 h-14 h" du week-end d’Olivia Ferrandi.

"Paso doble" par Tewfik Hakem dans "Le grand entretien de l’actualité culturelle", France Culture, lundi (littérature) et jeudi (polar), 6 h 05.

"Sous la couverture" par Philippe Venturini, France Musique, samedi, 12 h 30-13 h.

Nicolas Carreau, Europe 1, quatre chroniques : lundi, 8 h 55 et du lundi au vendredi à 5 h 45, 19 h 50 et 22 h 25.

Les changements

Télévision

"Au fil des mots" par Christophe Ono-dit-Biot, LCI, samedi, 17 h et 23 h. Rediffusion : TF1, lundi, 1 h 50 et NT1, lundi, 7 h 35.

"La nouvelle édition" par Daphné Burki, C8, du lundi au vendredi, 11 h 55.

"Salut les Terriens !" par Thierry Ardisson, C8, samedi, 18 h 55.

Radio

"L’humeur vagabonde" de Kathleen Evin, France Inter, dimanche, 14 heures.

"Jacques Bonnaffé lit la poésie" par Jacques Bonnaffé, France Culture, 15 h 55-16 h.

"Les livres ont la parole" par Bernard Lehut, RTL, dimanche, 7 h 40.

Les arrêts

"Les coups de cœur des libraires" par Valérie Expert et Gérard Collard, LCI.

"Cosmopolitaine" par Paula Jacques, France Inter.

Et toujours

Télévision

"On n’est pas couché" par Laurent Ruquier, France 2, le samedi à 23 h 15, avec une nouvelle chroniqueuse : Vanessa Burggraf. Parfois diffusée en prime time en direct. Rediffusion : dimanche, 14 h 15.

"Dans quelle éta-gère…" par Monique Atlan, France 2, du lundi au vendredi, 9 h 25, rediffusée à 5h50 et vers minuit.

"Télématin", la chronique d’Olivia de Lamberterie, France 2, du lundi au samedi, 6 h 30-9 h 25.

"Un livre un jour" par Olivier Barrot, France 3, du lundi au vendredi, 16 h 50.

"La grande librairie" par François Busnel, France 5, jeudi, 20 h 50.

"Le grand journal", chronique d’Augustin Trapenard, Canal+, du lundi au vendredi, 19 h 05-20 h 20.

"A l’affiche !" par Louise Dupont, France 24, quotidienne, 12 h 15.

"Bibliothèque Médicis" par Jean-Pierre Elkabbach, Public Sénat, vendredi, 22 h.

"La cité du livre" par Emilie Aubry, LCP, vendredi, 20 h 15.

Radio

"Le masque et la plume" par Jérôme Garcin, France Inter, dimanche, 20 h-21 h.

"Boomerang" par Augustin Trapenard, France Inter, du lundi au vendredi, 9 h 10.

"La compagnie des auteurs" par Matthieu Garrigou-Lagrange, France Culture, du lundi au jeudi, 15 h-16 h.

"La dispute" par Arnaud Laporte, France Culture, du lundi au vendredi, 21 h-22 h.

"Le temps des écrivains" par Christophe Ono-dit-Biot, France Culture, samedi, 17 h-18 h.

"Le livre du jour" par Philippe Vallet, France Info, du lundi au vendredi, 14 h 56.

"Social club" par Frédéric Taddéï, Europe 1, du lundi au jeudi, 20 h.

"C’est à lire" par Bernard Poirette, RTL, dimanche, 9 h 25.

"Nova book box" par Richard Gaitet, Nova, du lundi au jeudi, 21 h-23 h. En direct tous les jeudis.

"Comme un roman" par Vladimir Cagnolari, RFI, samedi, 10 h 10.

"Littérature sans frontières" par Catherine Fruchon-Toussaint, RFI, dimanche, 11 h 40.

"Livre France" par la rédaction de RFI, RFI, dimanche.

"Livre international", RFI, samedi.

Liste établie par Lucille Noël

Les chaînes "tout info" se mettent à la lecture

Pendant l’interview du psychiatre Stéphane Clerget sur Franceinfo, la couverture de son livre, Le pédopsy de poche (Marabout), s’affiche derrière lui. - Photo OLIVIER DION

Deux des cinq chaînes d’information en continu introduisent en cette rentrée une pastille livre dans leur grille. L’ex-i-Télé, désormais rebaptisée CNews, a inauguré le 1er septembre une chronique littéraire de 3 à 4 minutes, chaque jeudi vers 12 h 45, rediffusée à 14 h 15. C’est le journaliste Stanislas de Saint Hippolyte, rédacteur en chef adjoint à CNews, qui en est chargé. Culturelle aussi, mais pas uniquement centrée sur le livre, la nouvelle chronique "C comme culture" de Julia Molkhou a débuté à la rentrée sur LCI. La journaliste qui vient de France Inter, où elle a travaillé avec Laurent Goumarre, après quatre ans passés à Canal+, bénéficie de trois passages quotidiens de 4 minutes dans la matinale de la chaîne à 6 h 45, 7 h 45 et 8 h 45, et parle de musique, cinéma ou littérature. "Je ne répète pas la même chronique, j’essaie le plus souvent de proposer deux à trois sujets différents", précise-t-elle.

Dans une année qui sera dominée par l’actualité politique, les chaînes "tout info" cherchent des respirations, et ces capsules culturelles sont précieuses. D’ailleurs, France 24 conserve à 12 h 15 (en multidiffusion) sa quotidienne culturelle généraliste "A l’affiche", présentée par Louise Dupont, tandis que Candice Mahout, responsable du service culture de BFMTV, maintient une chronique culture chaque jour du lundi au vendredi dans la tranche "Midi-15 h", à 12 h 20, 13 h 20 et 14 h 20. Quant à la dernière arrivée, Franceinfo, si elle n’a pas de chroniqueur attitré, Culturebox, le site d’actualité culturelle de France Télévisions, est libre de lui proposer des sujets autour des livres. A.-L. W.

Audrey Pulvar : "Lire est un exercice anachronique"

Audrey Pulvar, qui va consacrer "Pop Up", sur C8, à la culture pop, pointe les obstacles au traitement du livre à la télévision.

Livres Hebdo - Avec la profusion d’émissions culturelles, le livre semble de nouveau intéresser la télévision.
Audrey Pulvar. - Photo CHRISTOPHE ASSELIN/CC BY 2.0

Audrey Pulvar - J’ai la sensation qu’il est de plus en plus difficile de parler du livre à la télé en donnant le temps aux auteurs de s’exprimer. Des émissions existent bien sûr et heureusement. Mais si l’on rapportait le volume d’émissions estampillées "culture" au temps consacré au livre, on serait, je crois, désagréablement surpris. Le livre occupe encore une grande place dans le cœur des Français. Lire est un exercice - et un plaisir - anachronique. Lire, c’est faire silence en soi afin d’aller vers l’autre. Lire, c’est arrêter le temps. Lire, c’est aussi faire un effort, récompensé au centuple quand la magie d’une rencontre avec un bon livre se produit. Mais quand je dis silence, temps suspendu, effort voire altérité… je dis des gros mots non ?

Pourtant, l’écrivain est sollicité jusque dans les matinales et les talks ?

Les écrivains, les artistes en général, nous aident évidemment à comprendre le monde, l’époque. Ils formulent le pire en nous, l’éclairent, le révèlent, nous apprennent à nous accepter et à supporter le pire. Nous avons besoin d’eux.

Le long format est-il encore &bs;pertinent ou sommes-nous condamnés à la pastille et à la chronique ?

C’est la tendance, mais je crois que sauf par la maladie ou la justice, on est rarement "condamné" à quoi que ce soit dans la vie. On se donne les moyens de faire, on crée un espace à soi malgré la contrainte. Se dire "condamné à", c’est déjà renoncer. Tout est question de choix.

Quel est le meilleur moyen de parler d’un livre à la télévision ?

Le meilleur moyen de donner envie à quelqu’un de lire un livre, c’est de l’avoir soi-même lu et aimé.

Qu’est-ce que la culture pop ?

Ce mot évoque pour moi la folie du Fantôme de l’Opéra, la prose de Bukowski, le génie de Paulin ou l’inventivité de Courrèges. Cette culture est partout avec nous, dans nos références inconscientes, dans notre quotidien. Elle a façonné des époques sous différentes formes (littérature, arts plastiques, graphisme, design, architecture), elle irrigue la création d’aujourd’hui.

Propos recueillis par V. T.


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