Quais du polar à l'heure allemande | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Lyon, le 01.04.2017 à 13h35 (mis à jour le 01.04.2017 à 19h00) Lyon

Quais du polar à l'heure allemande

Photo CLAUDE COMBET / LH

L'invitation des auteurs allemands et d'Europe de l'est au 13e Festival Quais du polar, qui se déroule à Lyon du 31 mars au 2 avril, a été l'occasion de faire le point sur le marché allemand et l'export des auteurs français lors de la journée professionnelle le 31 mars

En ouvrant "Polar Connection" le 31 mars, avec une table ronde professionnelle consacrée au polar allemand, Quais du polar a marqué l'orientation de la journée professionnelle sur les échanges franco-allemands et l'a inscrite dans la continuité de sa nuit du "Krimi à la française" le 25 mars, en partenariat avec la Foire du livre de Leipzig et l'Institut français. 

Si le polar est un genre récent - une vingtaine d'années - pour les lecteurs allemands, "il représente désormais un quart des ventes de la littérature et se vend à 72 % en poche" a souligné Jean-Guy Boin, directeur général du Bief, dans son introduction à la table ronde "L'édition de polar en Allemagne". "Les Allemands sont très friands de polars et se réunissent le dimanche soir dans les bars pour regarder les derniers épisodes de Tator et de Soko" a raconté Maud Ruget, du Bureau du livre de l'Institut français.

12 % du marché du livre allemand est occupé par des traductions (contre 17 % en France) mais les auteurs germaniques se sont mis au genre et "représentent désormais 50 % de notre production contre 25 % autrefois" a confirmé Peter Hammes, de la maison d'édition Droemer Knaur. La vedette du genre est Sebastian Fitzek, qui vend des millions de volumes et est traduit en 24 langues, suivi de Rita Falk (tous deux invités de Quais du polar) et de Nele Neuhaus. 

Les intervenants à la table ronde ont aussi souligné une nouvelle tendance, celle des auteurs allemands qui écrivent sous un pseudonyme français. L'homme aux trois millions de volumes, Jean-Luc Bannalec, qui écrit des polars qui se passent en Bretagne (également adaptés à la télévision) n'est d'ailleurs personne d'autre que Jörg Bong, le patron de la grande maison d'édition allemande Fischer. 

De son côté le polar français n'est pas toujours facile à exporter en Allemagne. "Les Allemands aiment bien mettre les livres dans des catégories or certains titres français sont hybrides et ne correspondent à aucune d'entre elles. Il faudrait créer une catégorie spécifique polar français" a souligné Eléonore Delair-Flasskamp de Blanvalet. "Les lecteurs de polars sont conservateurs et veulent toujours le même" a confirmé Peter Hammans, faisant allusion à La fille du train.

Pour autant, le roman noir à la française, outil d'analyse du dysfonctionnement de la société, a les faveurs du public allemand.  "Nous avons eu de la chance avec Dominique Manotti, à la fois politique et féministe, qui correspond à l'ADN de la maison, de publier en 2010 Lorraine connection, en plein krach financier" a souligné Iris Kanopik d'Argument.

"Faut-il impérativement proposer un roman super original qui réinvente le genre aux éditeurs allemands ? " a demandé l'agent Gregory Messina dans la salle. "Un polar qui se passe aux Etats-Unis écrit par un français ne fonctionne pas" a confirmé la scout Béatrice Ottersbach. "Le polar français a quelque chose de plus. Je n'ai pas dit que Ian Manook, qui écrit sur la Mongolie, est un auteur français. Le côté un peu bizarre, un peu magique des histoires de Fred Vargas contribue à leur succès", rassure Eleanore Delair-Flasskamp, ajoutant avec optimisme : "on peut aussi essayer d'imposer un nouveau genre comme La fille du train a pu le faire". 

Le polar français à l'étranger en chiffres

Selon l'étude, encore en cours, menée par l'Institut français auprès des chargés de droits des maisons d'édition, des agents et des Bureaux du livre de l'Institut français à l'étranger, les auteurs les plus traduits sont Pierre Lemaître (34 langues), Jean-Christophe Grangé (30), Fred Vargas (29), Franck Thilliez (18), Caryl Ferey (16), Maxime Chattam (15), Dominique Sylvain (14), Karim Miské (9), Sophie Hénaff (7), Hervé Le Corre (5) et Dominique Manotti (4).

Ils peuvent aussi faire de beaux succès. L'empire des loups, de Jean-Christophe Grangé s'est vendu à 200 000 exemplaires en Allemagne et à 100 000 en Turquie tandis que Les Rivières pourpres, du même auteur, s'est écoulé à 300 000 exemplaires en Allemagne ; Temps glaciaires, de Fred Vargas atteint 122 000 ventes en Allemagne, Pierre Lemaitre a vendu 650 000 volumes au Japon, Comme un avion sans elle, de Michel Bussi s'est vendu à 150 000 au Royaume Uni, s'inscrivant en 2e position des meilleures ventes du Sunday Times tandis que chaque volume de XIII se vend à 50 000 exemplaires en Italie. Si le style singulier et la notoriété de l'auteur sont des critères de choix pour les éditeurs étrangers, "la localisation en France, le polar "Made in France", le goût pour la culture française" sont les trois critères qui confirment ce qu'ont souligné le matin les éditeurs allemands présents. 

Le programme de la journée professionnelle du vendredi 31 mars était plus que copieux. Il a décliné quatre grandes thématiques : l'international, le polar à l'écran, le numérique et les métiers - avec notamment un projet de réseau international des festivals de polars, une joute de traductions en présence de l'Ecossaise Val Mc Dermid, et une étude sur le lectorat de polar de Babelio. En attendant de rencontrer dans l'enceinte du palais de la Bourse sur les stands des libraires lyonnais les neuf auteurs allemands et les six écrivains d'Europe de l'Est invités.  

Sur les mêmes thèmes (1 articles)

close

S’abonner à #La Lettre