Ce jeudi 28 mai, la grande salle du studio des Gobelins, au 73 boulevard Saint-Marcel dans le XIIIe arrondissement de Paris, affichait complet.
Avec cette chaleur de fin de mois de mai, étudiants et journalistes se pressaient dans la salle climatisée pour une rencontre organisée avec les Éditions Albert René autour d'un double anniversaire : les 50 ans des 12 Travaux d'Astérix, film d'animation original inspiré de l'univers de la bande dessinée, et ceux du département cinéma d'animation de l'école, nés la même année, en 1976, d'une même ambition.
Sur scène, aux côtés d'Anne Goscinny et Sylvie Uderzo, filles des créateurs de l'inénarrable Gaulois, les réalisateurs Fabrice Joubert, Louis Clichy et Alexandre Heboyan, tous anciens élèves des Gobelins, et Kristof Serrand, animateur emblématique et professeur de l'école depuis plus de 30 ans, ont répondu à l'appel.
« On a appris notre métier ici, ça fait partie de nous »
Les trois réalisateurs conviés ne l'étaient pas par hasard. En 1976, les Studios Idéfix, structure de production fondée par René Goscinny et Albert Uderzo, orientaient elle-même les candidats vers l'école, et recrutèrent sur la première promotion pour les 12 Travaux d'Astérix.
« Formez-vous en deux ans et revenez nous voir, on vous donne un poste d'animateur », rapporte Kristof Serrand, diplômé des Gobelins en 1983, qui a participé sur trois films Astérix. Cinquante ans plus tard, Alexandre Heboyan, réalisateur du prochain film d'animation Astérix, retrouve les locaux avec émotion : « C'est grâce à cette magnifique période où on était étudiants qu'on s'est construit en tant qu'artistes. On a appris notre métier ici, ça fait partie de nous. »
Ils ont tous découvert Astérix par le cinéma avant les albums, chacun en gardant une séquence précise, presque intime : pour Louis Clichy, coréalisateur du Domaine des dieux et de L'Empire du Milieu, une VHS regardée en boucle ; pour Fabrice Joubert, coréalisateur de la série Netflix Le Combat des chefs, la préfecture kafkaïenne des 12 Travaux d'Astérix, film qui permettait à Goscinny et Uderzo de s'affranchir des contraintes de l'album.
De la case à l'écran, le chantier de la 3D
Sur le vidéoprojecteur continuent de défiler des images des albums et des planches de travail de René Goscinny et Albert Uderzo, auxquelles s'ajoutent de véritables planches originales brandies par Kristof Serrand.
Des comparaisons plan par plan montrent que la hutte de Panoramix n'avait pas la même forme dans l'imaginaire des trois réalisateurs : chacun s'était construit une vision distincte de l'univers graphique. Albert Uderzo lui-même était réticent face à la 3D, avant d'être convaincu par les tests d'adaptation des personnages.
Louis Clichy raconte avoir découpé les mains dessinées dans les albums pour en comprendre la filiation graphique. Sur sa coréalisation avec Alexandre Astier pour Le Domaine des dieux : « On chapeautait chacun ses parties, on faisait le montage ensemble. »
Du model-sheet d'origine aux adaptations 3D l'évolution graphique d'Astérix projetée lors de la rencontre- Photo A.LPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Pour la série Netflix Le Combat des chefs, Fabrice Joubert explique : « On l'a tout à fait construit comme un long métrage. Au niveau narratif, on l'a approché comme ça, même au niveau de la fabrication. » Seule concession au format sériel : trouver un cliffhanger en fin de chaque épisode. À plusieurs reprises, les réalisateurs se tournaient vers les équipes de M6 Studio, producteur historique depuis Le Domaine des dieux, installées discrètement au premier rang, pour confirmer certains détails de fabrication.
« Je milite pour que le terme "ayant droit" devienne "ayant devoir" »
Interrogées sur leur rôle dans les adaptations contemporaines, Anne Goscinny et Sylvie Uderzo affirment mesurer le poids de l'héritage.
« Je milite pour que le terme "ayant droit" devienne "ayant devoir". Nous n'avons pas le droit de nous occuper de cette œuvre, nous en avons le devoir. C'est un full-time job », disait Sylvie Uderzo. Voire, une pression permanente : « On est sur une espèce de fil invisible avec en dessous des crocodiles. Il faut tout le temps expliquer qu'on est légitime, et c'est très fatigant. »
Anne Goscinny ajoute que leurs pères « seraient très fiers du travail maintenu jusqu'à aujourd'hui. Ils auraient atteint l'objectif. »
Vers le Royaume de Nubie
La rencontre se conclut sur la projection d'un teaser inédit d'Astérix : Le Royaume de Nubie, attendu en salles le 2 décembre 2026, sur un scénario de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, et réalisé par Alexandre Heboyan. Viennent ensuite les séquences présentées par les étudiants, diffusées sur le grand écran, librement inspirées de l'univers d'Astérix, font un clin d'œil au test d'embauche des Studios Idéfix de 1974. 50 ans plus tard, donc, la boucle est bouclée.
Et la franchise n'a rien perdu de son souffle : en 2025, Astérix en Lusitanie s'était écoulé à plus d'1,6 millions d'exemplaires, remportant la première place des meilleures ventes de BD, tandis que Le Combat des chefs était récompensé aux Trophées de l'édition, organisés par Livres Hebdo sur la scène de l'Odéon-Théâtre de l'Europe, dans la catégorie adaptation en série. Astérix l'irréductible n'est pas près de rendre les armes.
