Nyssen, Dutilleul, Monadé… le monde du livre réagit à l’annulation de Livre Paris | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 03.03.2020 à 14h46 (mis à jour le 17.03.2020 à 14h11) Manifestation

Nyssen, Dutilleul, Monadé… le monde du livre réagit à l’annulation de Livre Paris

Livre Paris 2019. - Photo OLIVIER DION

Bien que les enjeux de santé publique soient compris de tous, les participants, exposants et organisateurs de Livre Paris font le deuil de la grand-messe de la littérature.

"C’est un crève-cœur". A l’image d’une bonne partie du secteur du livre, le directeur général du Syndicat national de l’édition (SNE), Pierre Dutilleul, ne peut s’empêcher de faire part de sa peine après l’annulation, le 1er mars, de Livre Paris pour cause d’épidémie de coronavirus. "La communauté des éditeurs qui porte ce salon est meurtrie aujourd’hui," a-t-il indiqué à franceinfo, bien qu’il reconnaisse que c’était "la décision que nous devions prendre".
 
"Il n'était pas question pour nous de nous soustraire à la gravité de cette question. 160000 personnes auraient convergé vers ce salon du livre dans quelques jours, c'est 4000 auteurs, c'était trop de monde qui aurait pu risquer d'une manière ou d'une autre d'être contaminé," a estimé le responsable.
 
La directrice des éditions Actes Sud et ancienne ministre de la Culture, Françoise Nyssen, "comprend les inquiétudes et les mesures à prendre", même si elle ne cache pas sa "tristesse". "Le salon du livre, c’est la fête d’un écosystème, composé des auteurs, des éditeurs, des libraires et des lecteurs, avec au centre, l’auteur," rappelle-t-elle à franceinfo.
 
"C’est triste parce que c’est un grand moment pour le Centre national du livre, regrette son président, Vincent Monadé. Livre Paris, c’est notre jardin. Cela représente énormément de travail sur toute l’année, une trentaine de rencontres, des ateliers. Mais le SNE a pris la décision qui s’imposait, avec l’intelligence de l’annoncer assez tôt pour que l’on évite les polémiques."
 
Des éditeurs fragilisés
 
Du côté des éditeurs, surtout chez les plus petits, cette annulation apporte son lot d’incertitudes et d’appréhension. En 2019, Cépaduès avait investi entre 6000 et 7000 euros pour participer au salon et était parvenu à engranger la moitié de cette somme grâce aux ventes. Sans aucun moyen d’amortir les coûts, les pertes pourraient s’avérer bien plus difficiles à encaisser cette année. "On va y laisser quelques plumes, assure Jean-Pierre Marson, directeur général de la maison. Entre les déplacements, le mobilier et le stand, on a engagé plusieurs milliers d’euros."
 
Parmi les éditeurs contactés par Livres Hebdo, nombre sont ceux à être encore sonnés par la décision. Certains se sont penchés sur leur contrat avec l’organisateur, Reed Expositions, dans l’espoir d’y trouver une clause de remboursement en cas d’annulation. Sans succès, pour l’instant.
 
"On attend de voir, parce qu'on a déjà payé la location de l'espace, la fabrication et le montage du stand, et toutes sortes de dépenses engagées pour le salon, énumère Françoise Nyssen. Il y a tout l'aspect matériel qu'il va falloir examiner." Pour l’ex-ministre, c’est un nouveau coup dur pour le secteur après les grèves des transports qui ont affecté les libraires. "Le secteur est dans un équilibre fragile, et contrairement aux idées reçues, ce n'est pas un secteur aidé," tient-elle à rappeler.
 
Redonner un élan

"Nous allons travailler avec chacun pour que les difficultés soient plus allégées que possible autant que nous le pourront, a assuré Pierre Dutilleul à franceinfo. Déjà, on va prendre la situation de chacun en considération, donc c'est un énorme travail d'écoute et d'étude des dossiers qui ont été ouverts par chacun et voir quels ont été, à ce stade, les engagements, notamment financiers, pris par les uns et par les autres."
 
Cette annulation intervient alors que des éditeurs, d'Editis à Madrigall, ont demandé de repenser la formule de Livre Paris. Jugé trop commercial et trop cher, à la fois pour les exposants et les visiteurs, par certains participants, la grand-messe du livre français aurait intérêt à se réinventer, selon Françoise Nyssen. "Il faut discuter tous ensemble pour redonner un élan à ce salon Livre Paris, pour qu'il ne devienne pas un lieu purement commercial," estime l’éditrice, pour qui le salon n’est pas "un lieu de profit, ou de perte, mais un lieu de l'édition, et de partage autour des livres, et de la littérature".
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