Essai

Nicolas Gutierrez C., « Homo machinus. Enquête sur l'avenir de l'homme augmenté par la machine » (Vuibert) : Cyborg, si proche

L'homme augmenté - Photo OLIVIER DION

Nicolas Gutierrez C., « Homo machinus. Enquête sur l'avenir de l'homme augmenté par la machine » (Vuibert) : Cyborg, si proche

Nicolas Gutierrez C. fait un état des lieux de notre cheminement vers l'homme augmenté et autres hybridations entre l'humain et la machine. Tirage à 4000 exemplaires.

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Par Sean Rose,
Créé le 22.10.2021 à 14h00,
Mis à jour le 22.10.2021 à 16h53

Depuis Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley et 1984 de George Orwell, publiés respectivement en 1932 et 1949, la génétique et l'intelligence artificielle ont progressé de manière vertigineuse. Dire que la réalité rattrape la fiction tient de la tarte à la crème. Blade runner, Terminator, Robocop, Matrix... les films d'anticipation aux accents dystopiques n'ont cessé entre-temps aussi bien de nourrir nos fantasmes de surhumanité ou de transhumanisme que d'alimenter nos peurs d'un monde où l'homme serait dominé par la machine. Dans Homo machinus, Nicolas Gutierrez C. analyse notre cheminement vers l'homme augmenté. Il pose à la fois les jalons d'une archéologie du cyborg (mot-valise créé à partir de « cybernétique » et d'« organisme ») et les questions qu'impliquent des avancées bousculant les frontières classiques de l'humanité : « le cerveau 2.0 », « nos enfants, cultivés en laboratoire ? », « les fermes à organes », « la mort du vieillissement »...

Rien qu'en intégrant une puce dans sa tête, on peut s'approprier des prothèses et les faire fonctionner comme si elles étaient ses propres membres. Atteint d'une maladie du système visuel l'empêchant de voir les couleurs, Neil Harbisson, le premier cyborg, s'est fait greffer une antenne au crâne afin de capter le chromatisme du monde par vibrations. Les robots nous aident-ils ou sont-ils sur le point de nous détrôner ? Les algorithmes vont-ils finir par remplacer notre libre arbitre ? Ils permettent en tout cas aussi de détecter, bien mieux qu'un radiologue, les risques de cancer, et même (c'est plus tendancieux) de prévoir avec une précision de 76 %, selon l'université de Nottingham, une mort prématurée (avant 75 ans)...

La mort, parlons-en justement. Car qu'est-ce qui se cache derrière ce désir de fusion homme-machine, si ce n'est notre désir de pérennité existentielle ? Le transhumanisme à travers la cryogénisation ou le cyborg obsède nombre de mortels. Le milliardaire Elon Musk investit des fortunes dans l'implant Neuralink. Le cyborg c'est Prométhée qui, non content d'avoir dérobé le feu aux dieux veut de surcroît l'ambroisie. Quoi qu'il en soit, tous les efforts cybernétiques du docteur en robotique Peter Scott-Morgan pour pallier son handicap sévère dû à la maladie de Charcot n'aboutissent qu'à une piètre imitation du vivant. Le projet transhumaniste prend du retard, regrette le futurologue Ian Pearson, mais, tempère-t-il, « vu les immenses problèmes éthiques » et les conflits s'ensuivant, laisser du temps au temps n'est pas plus mal. Et puis comme chante feu Freddy Mercury, who wants to live forever.

Nicolas Gutierrez C.
Homo machinus. Enquête sur l'avenir de l'homme augmenté par la machine
Vuibert
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 272 p.
ISBN: 9782311103403

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