Rêves de liberté. Le naturaliste Louis-Augustin Bosc (1759-1828) est aujourd'hui bien oublié. Lui et six autres personnages - quatre hommes et trois femmes au total - servent pourtant de fil rouge à Nathan Perl-Rosenthal pour baliser cet Âge des révolutions. Bosc a cru en la Révolution française et fut brièvement confronté au modèle américain comme consul à New York en 1798. C'est donc à travers lui et ces six autres naufragés de la liberté que nous découvrons la période qui va de 1760 à 1825.
Durant cette époque, en Europe et aux Amériques, les empires et les royaumes ont parfois laissé place à de nouvelles structures politiques : des républiques. Pendant sept décennies, ces révolutions ont bouleversé la notion de pouvoir, d'égalité et de mobilité sociale. Jusqu'à quel point ? Et quels en ont été véritablement les effets sur les populations, notamment sur les esclaves ? C'est le sujet du grand récit - on oserait presque dire du cours magistral - de Nathan Perl-Rosenthal.
Professeur associé à l'université de Caroline du Sud, directeur de recherche au CNRS, l'historien américain pose un regard neuf sur ce phénomène transnational qui, pour lui, repose davantage sur une culture plutôt que sur des idées politiques communes. Avec une approche marxiste, l'historien britannique Eric Hobsbawm (1917-2012) avait mis en évidence dans L'ère des révolutions : 1789-1848 (Fayard, 1970, Pluriel, 2017) les idées politiques communes à l'œuvre dans le processus révolutionnaire, sans prendre en compte les Caraïbes et l'Amérique espagnole. Pour Nathan Perl-Rosenthal, ce mouvement relève d'un imaginaire commun. Ce n'est donc plus l'idéologie politique ou économique avec la révolution industrielle qui constitue le creuset des politiques républicaines modernes, mais un rêve commun qui se répand. Voilà pourquoi il évoque les générations qui l'ont façonné, à travers ces sept destins comme celui de Bosc, mais aussi de Maria Rivadeneyra au Pérou espagnol ou de Marie Bunel, une ancienne esclave qui participa aux côtés de Toussaint Louverture à la révolte à Saint-Domingue alors colonie française. « Dans la plupart des régions du monde atlantique, les personnes nées après 1760 eurent une expérience directe des bouleversements causés par les révolutions. » Ils ont compris que la condition sociale n'est plus immuable. C'est cette prise de conscience par la deuxième génération, celle d'après Bosc, qui a nourri les mobilisations politiques et non l'inverse. Les grandes aspirations de la première période révolutionnaire vont prendre forme ensuite, non sans renoncement, en excluant les femmes et les Noirs de la citoyenneté pleine et entière.
On appréciera la fluidité du récit, la profondeur de l'analyse et la justesse du petit coup d'œil sur ce passé-compliqué. Car ces révolutions n'ont pas tout remplacé. Elles ont conservé aussi, notamment des inégalités. Mais, comme une même vague d'aspirations, elles ont donné l'espoir d'une autre vie en société. Bosc et les autres en ont fait l'expérience.
L'âge des révolutions. Et les générations qui l’ont façonné
Passés/Composés
Traduit de l'anglais (Ètats-Unis) par Marie-Anne de Béru
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 27 € ; 432 p.
ISBN: 9791040411864
