Lieu emblématique de la contre-culture lyonnaise, la librairie Le Bal des Ardents s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. Fondée en 2003 par Francis Chaput, cette adresse mythique du Ier arrondissement, surnommée plus sobrement « Le Bal » par ses habitués, cherche un repreneur. Ancienne salariée de l’établissement pendant quatre ans, de retour au sein de l’équipe en 2025, Aintzane Noblia se mobilise pour en prendre la suite et en préserver l’esprit singulier.
Mais le défi est de taille. Alors qu’une autre offre est à l’étude depuis près d’un an, elle ne dispose plus que de quelques semaines pour finaliser son dossier. Grâce à la loi du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire, dite « loi Hamon », la libraire a pu se positionner in extremis avec une proposition concurrente pour le rachat du commerce. En parallèle, elle a lancé une campagne de financement participatif en ligne afin de renforcer son apport financier et réduire la dépendance du projet aux banques.
Préserver un lieu qui « défend l'édition indépendante et engagée »
« Au printemps 2024, j’étais partie travailler dans une autre librairie dans la Drôme afin de diversifier mon expérience, avant de revenir fin 2025. À ce moment-là, deux associés s’étaient déjà proposés pour envisager une future reprise. Fin avril, j’ai compris que ça allait vraiment se faire si je n’intervenais pas. Alors j’ai dit à Francis que reprendre la librairie m’intéressait », retrace cette Basque d’origine.
Déterminée à préserver le lieu, connu pour son arche de livres et qui « défend l’édition indépendante et engagée », Aintzane Noblia s’est activée en un temps record pour mettre en œuvre une proposition solide. Associée Adrien Hugot, professeur de philosophie agrégé, elle bénéficie également du suivi de trois banques et du soutien de l’Adelc. « On est quasiment au bout. On est en train de monter un dossier pour le CNL et la lettre d’intention d’achat, rédigée par une avocate, est presque prête », détaille-t-elle, précisant que le propriétaire de l’établissement devrait bientôt prendre une décision.
Fondée en 2003 dans la rue Neuve qui accueillait à l'époque la librairie érotique La Musardine, Le Bal des ardents emprunte son nom au texte de Pierre Bettencourt.- Photo LE BAL DES ARDENTSPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Petite-fille et fille de libraire - sa mère tient encore la librairie Jakin (« savoir » en basque), ouverte par sa grand-mère en 1962 à Bayonne -, Aintzane Noblia a toujours évolué dans l’univers du livre. Professeure de français en Slovaquie et en Serbie pendant un temps, elle a ensuite travaillé deux ans en ambassade en Slovaquie et cumule 15 ans d’expérience en librairie indépendante.
« J'ai l'impression que je fais vivre cet endroit autant qu'il me fait vivre »
Arrivée en 2020 au Bal des ardents, grâce à une offre d’emploi diffusée dans Livres Hebdo, Aintzane Noblia affirme y avoir trouvé « l’environnement où je me sens le mieux ». « J’ai l’impression que je fais vivre cet endroit autant qu’il me fait vivre. J’aime son intelligence intellectuelle, le pas de côté subversif de ses rayons et son engagement politique », explique-t-elle.
Dans l’hypothèse où elle parviendrait à reprendre la librairie, Aintzane Noblia entend s’inscrire dans la continuité de cette enseigne de près de 200 m², riche d’environ 35 000 références et reconnue pour la qualité de son fonds et pour sa valorisation de la microédition. Portée par une activité en très bonne santé et en croissance régulière, la librairie bénéficie en effet d’une identité forte à laquelle elle souhaite rester fidèle, convaincue que « le Bal est aimé et apprécié pour ce qu’il est et la façon dont il fonctionne ». Dans le même temps, elle envisage d’enrichir cette dynamique en développant davantage les rencontres et les animations.

