Manifestation

Livre Paris : le making of

L’une des entrées de Livre Paris 2016. - Photo OLIVIER DION

Livre Paris : le making of

De nouvelles équipes, tant chez Reed qu’au Syndicat national de l’édition, poursuivent le travail de refonte du salon de la porte de Versailles, dont la 37e édition se déroulera du 24 au 27 mars. Pour un nouveau départ ?

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Par Michel Puche,
Créé le 16.12.2016 à 00h00,
Mis à jour le 16.12.2016 à 07h14

C’est un tandem inédit qui prépare la deuxième édition de Livre Paris, soit la 37e de l’ex-"Salon du livre". Au Syndicat national de l’édition (SNE), Pierre Dutilleul, directeur général, qui a succédé à la déléguée générale Christine de Mazières le 31 mars dernier, connaît bien ce rendez-vous en tant qu’éditeur pour avoir travaillé vingt-cinq ans chez Editis, dont il fut directeur délégué. Il vivra cette fois la manifestation en tant que coorganisateur.

De son côté, Reed Expositions a recruté au printemps Sébastien Fresneau comme nouveau directeur du salon Livre Paris, sous la houlette de Corinne Ménégaux après que le groupe a complètement réorganisé la branche d’activités dont il relève. Exit Jean-Daniel Compain, qui dirigeait le pôle Culture et loisirs, parti à la Biennale des antiquaires. Exit encore l’éphémère commissaire de l’édition 2016, Laurence Paul Keller, qui avait remplacé Bertrand Morisset, dont l’agence Tome 2 a finalement été aussi écartée de toute mission pour Livre Paris 2017.

Pilotage

Un comité de pilotage restreint SNE-Reed, présidé par Vincent Montagne, est au travail. Les deux partenaires restent contractuellement liés pour trois ans, logés à la porte de Versailles, jusqu’en 2019. Il n’est pas facile de trouver ailleurs dans Paris une telle surface commerciale. Au SNE, ni la gratuité des entrées, expérimentée en février pour la première fois à la Foire du livre de Bruxelles, ni le passage en biennale, un temps évoqué par certains, n’ont été à l’ordre du jour des débats. Le syndicat veut surtout, à l’occasion du changement d’équipe chez Reed, peser davantage sur la manifestation, qui reste son temps fort de l’année. En amont de l’ouverture de Livre Paris, jeudi 23 mars à partir de 14 heures, il proposera ses traditionnelles assises du livre numérique.

Ce qui change

Les critiques sur le calendrier de la manifestation en 2016 - une formule du jeudi au dimanche qui n’a pas convaincu - ont été entendues (1). Retour donc à une ouverture au public le vendredi, pour pouvoir accueillir dignement les libraires lors de la matinée professionnelle du lundi. La nocturne, qui fut un flop en mars dernier, est supprimée, tout comme le grand déjeuner des libraires et le "hors les murs" tenté sur les quais de la Seine, le week-end précédant le salon, dédié à la jeunesse. Mais Pierre Dutilleul prépare un grand événement festif ("quelque chose qui claque", annonce-t-il) en marge du salon, où seront notamment conviés le samedi ou le dimanche, dans un lieu qui reste à définir, les éditeurs étrangers, très présents au salon avec une cinquantaine de pays représentés dont le Maroc, invité d’honneur en 2017.

"Nous avons revu le plan de la manifestation afin d’améliorer le confort de visite", précise aussi Sébastien Fresneau. Le square jeunesse "réinventé" se retrouvera, pour plus de cohérence, près de l’espace BD, comics & manga. Il offrira une véritable scène fermée pour accueillir des spectacles (50 places). Responsable de ce lieu à découvrir et qui sera un bon test des efforts de Reed pour adapter la scénographie aux contenus, Sylvie Chabroux a participé non seulement à sa programmation mais aussi à sa conception, en lien avec Damien Rose, designer de stand chez Reed. "La jeunesse ne sera pas un bras mort du salon", promet-elle. On attend également une amélioration de la sonorisation des animations, pour éviter l’impression de cacophonie qui peut nuire aux meilleures initiatives. De nouveaux espaces plus intimes devraient apparaître, pour un plus grand confort d’écoute.

Le Maroc à livre ouvert

Younès Ajarraï, qui a vécu trente ans en France, est le commissaire du pavillon du Maroc, invité d’honneur de Livre Paris 2017. Il annonce un stand de 450 m2 "étonnant", résolument moderne, en forme de bibliothèque incluant un amphithéâtre. Il s’y connaît en projets ambitieux puisqu’il a travaillé pour le Maroc lors du Salon du livre de Genève 2012.

Sa programmation se déclinera sur le thème du "Maroc à livre ouvert", accueillant aussi des écrivains français, d’autres venus du monde arabe ou d’Afrique, pour célébrer un "Maroc de l’ouverture". Une tournée de jeunes écrivains marocains sera organisée dans des librairies de province deux mois avant la manifestation. Un "hors-les-murs" ira à la rencontre des Parisiens à la veille du salon, notamment le 21 mars à la Maison de la poésie et le 22 à la Maison de l’Amérique latine.

Pour la première fois, le CNL n’est plus impliqué dans le dispositif du pays invité d’honneur. La liste des 34 auteurs invités a été établie par le ministère de la Culture marocain.

Nouveaux tarifs

"Le salon a vocation à accueillir tous les publics, rappelle aussi Sébastien Fresneau. Notre nouvelle politique tarifaire permettra aux visiteurs de bénéficier de prix d’entrée très attractifs en réservant leur place en ligne, et en venant le vendredi ou le lundi. De plus, nous avons décidé d’élargir l’accès aux tarifs réduits, notamment aux demandeurs d’emploi." Sur place, l’entrée sera à 10 euros vendredi et lundi, contre 12 euros le week-end. En prévente, jusqu’au 23 mars, à 8 euros les vendredi et lundi, et 10 euros le week-end. Un passe pour grand lecteur est mis en place, offrant à son détenteur un accès illimité pendant quatre jours pour une personne et l’accès à la soirée d’inauguration du jeudi avec un invité (39 euros sur place, 29 euros en prévente). Le tarif réduit est fixé à 6 euros en prévente, 7 euros sur place.

Qui vient ? Qui ne vient pas ?

Au sein d’Hachette Livre, le plus critique par le passé sur le salon, la position reste inchangée : "Ce sont les éditeurs du groupe qui décident d’y aller ou pas", rappelle Myriam Simonneaux (adjointe au directeur de la communication). Stock et Fayard seront absents, mais Grasset, Le Livre de poche et Lattès seront là. Le groupe disposera aussi d’un "corner corporate". Chez Editis, La Découverte ne viendra pas. Les régions sont de retour : Normandie, Grand Est, Pays de la Loire, Ile-de-France, Rhône-Alpes-Auvergne et Nouvelle Aquitaine, invitée d’honneur avec un grand stand devant la scène littéraire. Celles qui restent absentes (Occitanie, Bretagne, Bourgogne, Centre et Collectivité territoriale de Corse) continueront d’aider leurs éditeurs à disposer de stands grâce à des bourses de mobilité.

La programmation

Evelyn Prawidlo, responsable de la programmation, poursuit le travail entamé il y a un an, développant les rencontres sur la scène littéraire. Elle a notamment pour objectif de convaincre trois grands noms de la littérature étrangère de venir en mars à la porte de Versailles, en partenariat avec l’Institut français. Tous les jours, deux auteurs (fiction et non-fiction) auront carte blanche pour inspirer la teneur des débats. Un parcours thématique ("Imagine") trouvera quotidiennement un écho sur chaque square spécialisé.

A l’initiative du SNE, le Forum des métiers sera conçu pour raconter les coulisses de l’édition, présenter tous ses métiers, avec pour cible un public jeune, d’étudiants. Trois matinées, du vendredi au dimanche, seront consacrées chaque jour à deux tables rondes et à un grand entretien, pour dessiner une cartographie de ces métiers. Sur cette scène professionnelle, les après-midi seront davantage dédiés à un public plus large.

Le salon devrait dans tous les cas pouvoir compter sur un argument fort de nouveauté avec le Maroc en invité d’honneur : "C’est la première fois, depuis sa création, que le salon Livre Paris met à l’honneur la littérature et la culture d’un pays du monde arabe", souligne Vincent Montagne, le président du SNE.

(1) Voir notamment "Livre Paris : qu’est-ce qu’on garde ? qu’est-ce qu’on jette ?", LH 1078, du 25.3.2016, p. 16-21.

Le club des cinq

Une équipe mixte (SNE/Reed) œuvre en coulisse à la préparation de Livre Paris.

Pierre Dutilleul, SNE : "Nous inspirons le salon"

Olivier Dion - Pierre Dutilleul, directeur général du SNE.

"Pour le SNE, Livre Paris est une vitrine et un vecteur de communication fort. Nous en sommes propriétaires… et nous l’inspirons beaucoup", tient à rappeler d’emblée Pierre Dutilleul.

Le directeur général du Syndicat national de l’édition ne cache pas son envie de faire évoluer la manifestation. Son objectif : réenchanter la profession autour de ce rendez-vous qui est plus qu’un salon du livre. Pierre Dutilleul veut d’abord retrouver un esprit de fête, et prépare un "grand banquet du livre" pour 300 ou 400 personnes, pendant le week-end du salon mais en dehors de la porte de Versailles, dans un lieu parisien qui reste à trouver.

Invoquant "la mission sociale du SNE", il entend proposer aussi un véritable forum des métiers, en y associant les organismes de formation, pour attirer davantage les jeunes et les étudiants et pour favoriser les débouchés sur l’emploi dans la branche. Chaque année seront ainsi mis en avant certains des métiers de l’édition, de la diffusion ou de la promotion, à travers notamment des entretiens avec des professionnels de chaque secteur.

Ancien pilier du groupe Editis, Pierre Dutilleul caresse aussi un espoir : faire revenir à Livre Paris ses confrères (du groupe Hachette, notamment) qui boudent encore la porte de Versailles.

Sébastien Fresneau, Reed : "L’interaction avec les auteurs"

Olivier Dion - Sébastien Fresneau, nouveau directeur du salon.

Ce sera son baptême du feu. Le nouveau "directeur" (on ne dit plus "commissaire"), adoubé par le Syndicat national de l’édition (SNE), a été consultant pour Hachette en 1995 sur le dossier de l’acquisition d’Hatier. Il a passé dix ans dans l’industrie du disque, chez EMI, et a travaillé au Japon et à Londres. Sébastien Fresneau cherche à promouvoir "de nouveaux modes d’interaction avec les auteurs". Il met l’accent sur la concertation et le renforcement des liens entre les équipes de Reed et du SNE. La politique de partenariats sera amplifiée car l’équilibre de Livre Paris ne repose que pour une faible part sur la billetterie.

Sébastien Fresneau, qui a été juré du prix du Livre Inter en 2002, a tenu, étudiant, des chroniques de livres. Il fréquente en visiteur les festivals America, à Vincennes, et Etonnants voyageurs, à Saint-Malo. En mars dernier, après avoir été présenté à l’équipe de Reed Expositions quelques heures avant l’inauguration du salon, il s’est immergé discrètement dans les allées de la porte de Versailles. Il a pris ensuite deux mois pour rencontrer et écouter même ceux qui n’y viennent plus. Son objectif : faire repartir à la hausse la fréquentation (155 000 visiteurs en 2016).

Evelyn Prawidlo : demandez le programme

Olivier Dion - Evelyn Prawidlo

Déjà recrutée en 2016 comme responsable de la programmation de la scène littéraire, Evelyn Prawidlo poursuit ses efforts pour "éditorialiser" le salon. Elle voit en 2017 ses compétences élargies à la programmation de la scène professionnelle, et elle coordonnera la programmation générale.

Dans son équipe, les conseillers Nicolas Treiber (savoirs, cultures et religions), Gaëlle Bohé (culinaire, bien-être), Didier Pasamonik (bandes dessinées) et Sylvie Chabroux, arrivée cette année pour étoffer l’offre pour la jeunesse.

Evelyn Prawidlo est également codirectrice des Correspondances de Manosque, aux commandes avec Fabio Gambaro du nouveau festival Italissimo, à Paris, et elle coordonne le comité artistique chargé d’orchestrer l’invitation de la France à la Foire de Francfort en octobre 2017.

Laurent Payet : 1 000 journalistes attendus

Olivier Dion - Laurent Payet

Près de 1 000 journalistes sont attendus à la porte de Versailles. Ils auront pour interlocuteur Laurent Payet, le directeur de l’agence de relation presse Langage et Projets Conseils. Spécialisée dans l’édition et la politique, celle-ci gère notamment la communication des Correspondances de Manosque, du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, des rencontres BD à Bastia et de plusieurs maisons d’édition. Elle était déjà présente sur le salon de 2007 à 2010.

Marion Thomassin, Reed : objectif com

DR - Marion Thomassin

Marion Thomassin a été attachée de presse pour Universal Music et Sony Music, avant de rejoindre les médias puis l’événementiel et la division entertainment de Reed Midem. Responsable Marketing & Communication pour l’éditeur de design Sentou depuis 2014, elle a rejoint début juillet l’équipe de Livre Paris chez Reed Expositions. Plus de vingt ans d’expérience dans le secteur culturel.


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