24 mars > roman Etats-Unis > Ursula Hegi

D’après la photographe Diane Arbus, "une photo est un secret sur un secret". Ursula Hegi s’approprie cette citation, qui peut résumer les portraits qui naissent de sa plume. Cette auteure est née en Allemagne en 1946, une période sensible qui alimente ses romans, l’inoubliable Trudi la naine et Brûlures d’enfance, un univers à la Michael Haneke. Mais, critique littéraire pour le New York Times ou le Washington Post, elle vit aux Etats-Unis. Le pays où elle situe l’intrigue de ce nouveau roman.

Annie, Mason et Jake forment un trio depuis l’enfance. Un "méli-mélo espiègle", mais "ils sont restés ensemble bien trop longtemps". On comprend qu’un drame se trame. Il trouve son origine dans cette amitié, fusionnelle, camouflant des failles. Une forme de rivalité a alimenté leurs relations, tel un poison lent arrivé à maturité. Mason a épousé Annie, mais cela n’a jamais apaisé sa jalousie envers Jake, y compris quand ils ont adopté Opal, la petite sœur de sa femme, restée orpheline. D’autant qu’ils ont choisi de l’élever avec tonton Jake. Le tableau idyllique d’une famille "bricolée" vole en éclats lorsque Mason commet l’irréparable. Surgissent alors les questions de la confiance et de la trahison, des rêves et des désillusions, du deuil et de la culpabilité.

Ursula Hegi narre cette histoire de relations opaques en superposant les voix des protagonistes. Elle copie ainsi son héroïne Annie. Alors que cette artiste réalise "des collages insaisissables", le roman se construit en fragments parfois déconcertants. Une écriture en patchwork qui permet d’allier les éléments conscients et ceux inconscients d’une tragédie. Comment vivre malgré un chaînon manquant ? Que signifie "être une famille"? Qu’est-ce qu’un amour, un ami ? K. E.


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