Le rapport de la médiatrice répertorie 23 services de lecture numérique par abonnement en Europe et aux Etats-Unis. Avec les services spécialisés notamment en jeunesse ou en comics qui émergent sur le marché nord-américain, on attend facilement la trentaine d’offres. La France est un des pays les mieux pourvus, avec trois offres généralistes (Kindle Unlimited, Youboox, Youscribe) et deux spécialisées (Izneo, en BD, Smart Libris pour les familles). Les Pays-Bas le sont aussi avec quatre intervenants : 24symbols (filiale du service espagnol), Boekenwolk (jeunesse), Elly’s Choice et Yindo (livre audio).
Certaines de ces entreprises sont des start-up, créées pour conquérir ce marché. Ainsi l’espagnol 24symbols (2011) a une ambition internationale affirmée, annonçant un catalogue de 200 000 titres en 10 langues, mais limité au domaine public pour certaines d’entre elles. En France, Youboox (2012) est aussi une société créée pour ce marché. Nubico (Espagne, 2013) est financé en partie par Planeta. Aux Pays-Bas, Elly’s Choice émane aussi du premier groupe d’édition national, VBK.
Bookmate, autre start-up du secteur, s’est lancé un vrai défi : s’implanter sur le marché russophone, comme une alternative à la contrefaçon. Elle propose au lecteur un site élégant, sans les publicités agressives ou pornographiques qui caractérisent les plateformes de piratage, et transmet aux éditeurs toutes les données de lecture. Une des mieux dotées en capital est l’américaine Oyster, avec 17 millions de dollars (15 millions d’euros).
Scribd l’a récemment surpassée, avec une augmentation de capital de 22 millions de dollars (19,3 millions d’euros). Ce site américain proposait à l’origine, en 2007, du partage et de la publication de documents, comme une sorte de Youtube de l’écrit, avec les mêmes dérives : nombre d’internautes y déposent des textes sous droits. Depuis le lancement de l’abonnement en 2013, il tente de se défaire de sa mauvaise réputation, et promet aux éditeurs de chasser les contrefaçons. En France, Youscribe (2010) a démarré sur le même modèle, en se montrant plus rigoureux sur les contenus, puis a ouvert son système d’abonnement au printemps 2014.
Oyster et Scribd revendiquent plus d’un million de titres chacun en ebooks et en livres audio, plateformes d’autoédition comprises. La plupart des grands groupes américains ont signé avec eux, alors qu’ils se gardent bien de le faire avec Amazon, qui affiche un catalogue de 700 000 titres, dont beaucoup d’autoédités sur KDP.
Certains de ces services reprennent en fait le modèle du club du livre (Elly’s Choice, Nubico). Au-delà de la sélection mensuelle, les autres titres sont accessibles avec un supplément.
Deux modèles de revenus
Pour les éditeurs, deux modèles de revenus sont à distinguer : le reversement de 50 % à 60 % (Youboox ou Youscribe, entre autres sites) des recettes d’abonnement ou de la publicité, au prorata des pages consultées. C’est le plus incertain et le plus faible au démarrage. Amazon, Oyster et Scribd, notamment, règlent une fraction du prix du livre numérique fixé par l’éditeur lorsque le lecteur en a lu plus de 10 %, 20 % ou 30 % : tous les termes sont négociables en fonction du rapport de force. C’est plus intéressant pour l’éditeur et plus risqué pour le site. La rentabilité de ces deux modèles repose sur un paradoxe : il leur faut beaucoup d’abonnés, mais des petits lecteurs.
