Les Suisses rejettent la loi sur le prix unique du livre

Les Suisses rejettent la loi sur le prix unique du livre

Les Suisse allémaniques ont fait pencher la balance contre une réglementation du prix du livre, alors que les Romands ont voté majoritairement pour.

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Par Vincy Thomas,
avec vt,
Créé le 11.03.2012 à 00h00,
Mis à jour le 11.03.2012 à 00h00

En Suisse, la loi fédérale sur la réglementation du prix du livre était soumise à une votation populaire ce dimanche 11 mars. 20 cantons sur 26 ont rejetté la Loi. En nombre de voix, la proportion est plus serrée avec 1,224 millions d'Helvètes (56%) se prononçant contre et 966 500 pour (44%).

La Suisse est coupée en deux. On parle ainsi de « röstigraben », c'est à dire une Suisse romande (francophone) qui vote le contraire de la Suisse alémanique (germanophone). En effet, les romands ont largement soutenu la loi. A Genève, le pour l'a même emporté à 66,6%. Cette division était prévisible. Les francophones étaient plus sensibles à l'idée de protéger la diversité de l'offre en librairies, dans un pays où les livres importés sont déjà très chers (les Suisses paient leurs livres entre 30% et 40% plus chers qu'en France et les récentes fluctuations du taux de change n'ont rien arrangé).

Déçue, l'Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires (ASDEL) déplore que l'enjeu de la loi ait été oublié : « Les débats ont surtout porté sur la 'chèreté' du livre et oublié l'enjeu principal qui était d'agir sur la diversité culturelle ». « La loi aurait permis de ralentir certains phénomènes comme la baisse du nombre de librairies. Sans la réglementation des prix, le quotidien des libraires sera plus difficile » ajoute l'association.

Le Syndicat des médias et de la communication regrette lui aussi le rejet de la Loi. « Il s'agit d'un affaiblissement de la diversité culturelle », explique-t-il. Le Syndicat craint que le prix de vente des livres ne progresse et redoute l'impact économique et social sur les librairies indépendantes face à la concurrence des grandes chaînes et du commerce en ligne.

Pour l'Union Syndicale Suisse, « c'est un jour noir pour le livre et même globalement pour la culture. La majorité a suivi les idéologues du marché qui aimeraient étendre le marché libre à tous les domaines de la vie et sans se préoccuper des conséquences. »

Pour Urs Schwaller, conseiller aux Etats et partisan de la loi, « l'argument du maintien d'un nombre élevé de librairies a porté en Suisse romande et manifestement pas en Suisse alémanique ».

Pour les opposants à une réglementation par l'Etat qui aurait induit une distorsion de concurrence, ce rejet démontre que la population est favorable à la libéralisation des marchés.

Le Conseil fédéral, opposé au départ au prix unique, a faiblement défendu un projet adopté par le Parlement. Celui-ci avait accepté le 18 mars 2011 d'imposer un prix fixe du livre dans toute le Suisse mais un référendum a été lancé, grâce au soutien des acteurs politiques et économiques libéraux, pour que le peuple puisse se prononcer.

Cette loi permettait de limiter les abus, sous forme de surcoûts ou de rabais au-delà de 5% et de contrôler les commandes de livres en ligne, à l'exception des livres électroniques. Le prix unique se serait appliqué à tous les ouvrages neufs rédigés dans une des langues nationales, édités ou commercialisés en Suisse, ou importés à titre professionnel.





11.03 2012

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