Les prix Médicis 2019 pour Luc Lang, Audur Ava Olafsdottir et Bulle Ogier | Livres Hebdo

Par Isabel Contreras, le 08.11.2019 à 13h04 (mis à jour le 08.11.2019 à 16h15) Proclamation

Les prix Médicis 2019 pour Luc Lang, Audur Ava Olafsdottir et Bulle Ogier

Luc Lang - Photo OLIVIER DION

Le jury du prix Médicis 2019 a distingué, vendredi 8 novembre au restaurant La Méditerranée, Luc Lang en littérature française, Bulle Ogier en essais et Audur Ava Olafsdottir en littérature étrangère.

Le jury du prix Médicis a récompensé, vendredi 8 novembre au restaurant La Méditerranée à Paris, Luc Lang pour La tentation paru chez Stock. Le prix Médicis du Roman étranger a été attribué à Miss Islande d'Audur Ava Olafsdottir, traduit par Eric Boury, publié chez Zulma, tandis que le prix Médicis de l'Essai a distingué J'ai oublié de Bulle Ogier et Anne Diatkine, édité par Le Seuil.

Luc Lang a été élu au 3e tour par 7 voix. Les écrivains Santiago H. Amigorena (Le ghetto intérieur, P.O.L), Brigitte Giraud (Jour de courage, Flammarion) et Christine Montalbetti (Mon ancêtre Poisson, P.O.L) ont reçu une voix chacun.

Dans son dernier roman, La tentation (Stock), Luc Lang signe un thriller familial autour de François, un chirurgien orthopédiste lyonnais quinquagénaire, qui blesse un cerf à la cuisse durant une partie de chasse. Au moment de l'achever, il se ravise, l'endort et l'emmène dans son pick-up pour le soigner. Ses deux enfants le rejoignent dans son relais de chasse en montagne. Le conflit n'est pas loin.

"Ce qui est merveilleux avec Luc Lang c'est la puissance de sa langue, la puissance des scènes qu'il est capable de bâtir", a réagi la jurée Pascale Roze. 


Pour notre critique, Véronique Rossignol, "l'auteur d'Au commencement du septième jour (Stock, 2016) ouvre le cœur d'un grand prédateur déchu, un mâle dominant déclinant qui sait démonter une arme à feu et réparer les corps, qui écoute Bach et Mingus dans sa puissante voiture en se souvenant de ses enfants devenus des étrangers plus ou moins hostiles. Et qui va croiser la désillusion et la trahison au détour d'un virage, au fond des bois. Une histoire de nature sauvage, de nature humaine."
 
Audur Ava Olafsdottir - Photo OLIVIER DION
Miss Islande de l'écrivaine islandaise Audur Ava Olafsdottir se déroule sur l'île nordique en 1963. Hekla, 21 ans, quitte la ferme familiale pour Reykjavik afin d'accomplir son rêve de devenir écrivain. Mais de nombreux habitants de la capitale lui conseillent plutôt de tenter sa chance au concours de Miss Islande.

Dans un français impécable, la lauréate s'est exprimée à la remise du prix : "Être récompensée pour un livre écrit dans une langue marginale comme l'islandais, comprise par 340 000 habitants, c'est quelque chose d'extraordinaire. C'est grâce à mon traducteur,
Eric Boury, qui m'a donné une voix en français. D'autant plus que le roman parle de l'écriture qu'on déniche dans des endroits et chez des gens où on ne l'attend pas".

Kerenn Elkaim, dans sa critique parue fin juin dans Livres Hebdo, fait l'éloge de l'auteure: "Audur Ava Olafsdóttir sonde celles qui secouent les êtres en profondeur, celles qui ne se voient pas à l'œil nu."
 
Bulle Ogier et Anne Diatkine - Photo OLIVIER DION
J'ai oublié de Bulle Ogier et Anne Diatkine (Seuil) est une (auto)biographie de la comédienne, croisée chez Téchiné, Rivette, Schroeder et Duras, qui revient sur son parcours, ses rencontres amoureuses, amicales et artistiques et le drame de la perte de sa fille Pascale. "Il y a aussi bien sûr l'inoubliable de cette vie d'abord  « très amusante et joyeuse » qui « s'est coupée en deux » avec la mort à 26 ans de sa fille Pascale, étoile des rohmériennes Nuits de la pleine lune, évoquée de mille gracieuses façons dans ce récit sans pathos mais non sans émotion" écrit Véronique Rossignol dans sa critique.

Très émue, Bulle Ogier était présente à la remise du prix. "Je remercie Anne (Diatkine) qui s'est glissée dans mon cerveau et dans mes mots et Mireille Paolini ainsi que Bernard Comment au Seuil. Je suis ravie, j'ai ma larme de crocodile qui descend...", a-t-elle déclaré. "Jamais j'aurais écrit une seule ligne sans Bulle et jamais Bulle aurait écrit une ligne sans moi", a poursuivi Anne Diatkine. Visiblement ému, le juré Frédéric Mitterrand a salué "un livre où l'essentiel est inoubliable".

Annoncée dès ses deuxièmes sélections, le jury a rappelé sa mention spéciale, attribuée à Jean-Marie Gleize pour son livre sur Denis Roche, initiateur du prix Médicis essais, Denis Roche, Eloge de la véhémence (Seuil). Biographie et journal inédit, Olivier Mony dans le dernier numéro de Livres Hebdo paru le 27 septembre, dresse le portrait de ce personnage singulier et solitaire: "Se dégage de ces pages un Denis Roche en grand mélancolique, entre stoïcisme et lyrisme, sans qu'il ne cède jamais aux redditions systématiques de ses contemporains."

Le jury du Médicis réunit Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieussecq, Dominique Fernandez, Anne Garreta, Patrick Grainville, Andreï Makine Frédéric Mitterrand, Pascale Roze et Alain Veinstein.

En 2018, Pierre Guyotat (Idiotie, Grasset), Rachel Kushner (Le Mars Clubtraduit de l'anglais par Sylvie Schneiter chez Stock) et Stefano Massini  (Les frères Lehman, Globe) ont respectivement remporté le prix Médicis du Roman français, du Roman étranger et de l'Essai.
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