Valérie Cussagnet, fondatrice et éditrice et Rozenn Samson, responsable communication et relation libraire des éditions Les Fourmis Rouges - Photo Olivier Dion
Les Fourmis Rouges : réussir sans grandir
Trophée de la Petite maison d'édition 2026 [3/5]. Cette semaine, Livres Hebdo présente chaque jour, en texte et en vidéo, l’un des nommés de ses Trophées de l’édition 2026 dans la catégorie de la petite maison d’édition de l’année. Aujourd'hui, Les Fourmis Rouges. Fondée en 2013, cette maison jeunesse s’est distinguée par des albums illustrés sensibles, dont Poisson Fesse, récent succès majeur d’une structure demeurée fidèle à un artisanat exigeant du livre.
« On accompagne et on défend chaque livre qui sort », assure Valérie Cussaguet. Fondatrice et directrice des Fourmis Rouges, en lice pour le Trophée de l’édition dans la catégorie de la petite maison d’édition de l’année, l’éditrice a construit en une dizaine d’années un véritable écrin pour des univers à forte charge émotionnelle, capables d’embarquer enfants et adultes dans la même barque.
Passée par Gallimard Jeunesse, Bayard ou encore les éditions Thierry Magnier, qu’elle a cofondées, Valérie Cussaguet a créé Les Fourmis Rouges en 2013. « C’est le chômage qui m’a amenée à créer la maison », plaisante-t-elle. Encouragée par les auteurs et illustrateurs qu’elle a publiés, l’éditrice se laisse tenter par l’aventure, soutenue par Brune Bottero, qui a depuis quitté le milieu de l’édition. Recrutée il y a cinq ans, Rozenn Samson lui a succédé à la tête de la communication des relations aux librairies.
Une maison proche des librairies
Interrogée sur l’origine du nom de la maison, la directrice évoque « une petite bête qui, toute seule, n’est rien du tout », souligne-t-elle, voyant dans cette image le reflet d’une maison d’édition qui, sans ses auteurs, ne serait qu’une « coquille vide ». Valérie Cussaguet voit aussi dans l’édition un véritable « travail de fourmi » : Celui de plusieurs maillons indispensables à l’équilibre de toute la chaîne du livre. À commencer par les librairies, sans lesquelles, assure l’éditrice, les maisons d’édition indépendantes ne sauraient perdurer.
Valérie Cussagnet, fondatrice et éditrice et Rozenn Samson, responsable communication et relation libraire des éditions les fourmis rouges.- Photo OLIVIER DION
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Car c’est aussi l’engagement des libraires qui a favorisé l’essor de certains titres phares du catalogue, ancrant durablement la maison dans un paysage éditorial foisonnant. Parmi eux, Panique au village des crottes de nez ! de Mrzyk et Moriceau, Björn de Delphine Perret, Kiki en promenade de Marie Mirgaine, distingué par la mention « Opera Prima » à Bologne en 2020, ou plus récemment Pavel et Mouss d’Aurore Petit, couronné de la pépite de l’album illustré lors du Salon de Montreuil 2025.
Reconnaissables à leur esthétique haute en couleur, les albums de la maison se distinguent par une juste harmonie entre texte et image, faisant émerger des univers tour à tour drôles, poignants, et fédérant un public intergénérationnel.
Poisson Fesse, phénomène jeunesse de l'année
Dernière illustration emblématique de cette identité singulière : Poisson Fesse de Magali Huche et Pauline Pinson. Parue en juin 2024, cette ode à la différence explore, avec tendresse et humour, des sujets tels que le harcèlement et la force de l’amitié. Écoulé à 128 000 exemplaires d’après GFK, l’ouvrage s’est hissé pendant plusieurs semaines en tête des ventes jeunesse, détrônant des classiques aussi indéboulonnables qu’Harry Potter.
Un succès qui a incontestablement bouleversé le quotidien de la maison. « Lorsqu’on est une maison d’édition indépendante, la trésorerie est une problématique majeure. On est constamment le doigt sur l’application de la banque pour surveiller notre découvert. Mais avec un tel succès, d’un coup, vous n’avez plus de problèmes et vous dormez mieux », raconte Valérie Cussaguet.
Si elle se réjouit de cet engouement, l’éditrice reste néanmoins prudente, consciente que ce type de phénomène, rare pour une petite structure, peut aussi la mettre en péril, en cas de mauvaise anticipation.
« Je suis éditrice, pas entrepreneuse »
« À l’origine, j’avais prévu une impression à 8 000 exemplaires, ce qui est déjà peu commun pour la maison ! J’ai dû réimprimer au bout de deux semaines de parution et les ventes ont continué d’être de plus en plus fortes, à tel point qu’à un moment, j’ai été un peu dépassée », admet-elle. Aujourd’hui encore, l’ouvrage est régulièrement en rupture et s’annonce comme un futur long-seller de la littérature jeunesse.
Malgré ce succès, Les Fourmis Rouges demeurent fidèles à leur philosophie : publier chaque année une dizaine de titres, choisis au coup de cœur. « Je veux pouvoir conserver la même taille de maison, je suis éditrice, pas entrepreneuse. Ce que j’aime, c’est faire des livres », explique Valérie Cussaguet. Car à l’image de son nom, la maison entend bien continuer d’avancer pas à pas. Petite fourmi bâtisseuse qui, méthodique et patiente, construit son habitacle, brique par brique.
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