Frédéric Mora, directeur éditorial chez Julliard - Photo Julliard
Frédéric Mora : 30 ans à lire le monde
Trophée de l'éditeur ou éditrice de l'année [4/5]. Cette semaine, Livres Hebdo présente chaque jour l'un des nommés pour les Trophées de l’édition 2026 dans la catégorie éditeur ou éditrice de l’année. Aujourd’hui, Frédéric Mora, directeur éditorial de Julliard.
L’histoire commence Au temps perdu, un restaurant de la rue de Seine au décor d’une autre époque. Un déjeuner où un éditeur de génie annonce à un jeune apprenti qu’il croit en lui. L’éditeur n'est autre que Paul Otchakovsky-Laurens et l’apprenti Frédéric Mora. Depuis, 30 ans se sont écoulés. Le célèbre lettré est parti, l’élève a grandi mais son envie ne s’est pas émoussée. « J’ai toujours cet appétit pour la langue, ce rapport particulier à celle des autres et cette avidité pour la découverte ».
C’est après des études de lettres modernes « plutôt ennuyeuses » à Bordeaux et la volonté de ne pas devenir prof que Frédéric Mora se dirige vers la capitale. Il y fait un stage chez P.O.L, « une petite maison organique de six personnes où l’on apprenait tout ». Paul Otchakovsky-Laurens lui donne des manuscrits. Il a pour mission d’en faire des notes de lecture et découvre dans cet exercice un plaisir particulier.
Tout au long de sa carrière, de P.O.L au Seuil en passant par Julliard, la maison où il exerce aujourd’hui, la salle des manuscrits devient son repère et le lieu de magnifiques découvertes. « Je me souviens encore du texte de Thomas B. Reverdy arrivé par la poste et de sa lecture », confie-t-il. À côté, il dévore de tout : Duras, Tolkien, Blanchot, Apollinaire et même des grammaires latines.
À sa sortie de chez P.O.L, il effectue un passage alimentaire d’un an chez Harlequin où il apprend l’exercice du rewriting, « un autre aspect du métier avec des compétences dont je me sers encore » puis rencontre Denis Roche, fondateur de la collection « Fiction et Cie » au Seuil. C’est un coup de foudre intellectuel autant pour l’homme que pour la maison qu’il trouve « fascinante ».
Patrick Grainville, Sarah Chiche, Abdellah Taïa...
Frédéric Mora y passera 22 ans de sa vie en tant qu’éditeur puis directeur éditorial du département de littérature française. Il y trouve des auteurs qui manient la langue et aime prendre le risque du premier roman. « J’ai toujours eu le goût des écritures marquées, des auteurs qui ont du relief ». Qu'il s'agisse d'Abdellah Taïa (prix Décembre 2024 pour Le bastion des larmes), Patrick Grainville ou encore Sarah Chiche... il aime accompagner les auteurs du début à la fin. « Pour qu’un texte devienne un livre, cela se passe aussi avant et après la publication », insiste-t-il.
Quand en mars 2024 il prend la direction éditoriale de Julliard en tandem avec Lisa Liautaud, ses auteurs le suivent, à l'instar de David Diop, Valentin Musso ou Cécile Desprairie. Aujourd’hui Frédéric Mora a vu le marché évoluer. « C’est très dur d’installer un premier roman », regrette-t-il. Pour autant, il se plaît à encore traîner ses souliers dans la salle des manuscrits. « Un éditeur, c’est d’abord un lecteur. Pour trouver, il faut mettre la main dans la matière ».
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Par
Léon Cattan
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