Le constat n'est plus nouveau. Il s'installe : la librairie semble s'enfoncer dans une crise structurelle. Prise en étau entre l'inflation, la hausse continue des coûts fixes et l'érosion des marges, la profession se heurte à un retour à la réalité d'autant plus brutal que le marché lui-même marque le pas. Un diagnostic largement étayé par l'étude du Centre national du livre (CNL), qui a relevé pour la première fois davantage de fermetures que d'ouvertures d'établissements (85 contre 83), et corroboré par l'analyse Xerfi présentée lors des 8e Rencontres de la librairie à Rennes en juin.
La librairie Mollat à Bordeaux- Photo OLIVIER DION
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Si en apparence les indicateurs restent supérieurs aux niveaux d'avant Covid, les performances apparaissent disparates et fragiles, présageant d'un horizon incertain et d'une résilience affaiblie. Le classement des 400 librairies francophones, réalisé chaque année par Livres Hebdo et Demazure, en témoigne une fois de plus : en 2025, 184 établissements ont enregistré une baisse de leur chiffre d'affaires, soit 32 de plus qu'en 2024 (retrouvez en document lié nos classements par groupes de librairies, par marché belge et suisse, ainsi que le tableau complet des 400 librairies françaises du classement).
Trois librairies (soit deux de moins que l'année dernière) affichent des chutes de chiffre d'affaires sur le livre supérieures à 30 %, dont Charlemagne à La Valette-du-Var (-46,5 %). De la même façon, le Gibert Joseph de Vaulx-en-Velin a accusé une baisse de 43,4 % avant de faire l'objet d'une liquidation judiciaire en avril 2025. Plus largement, le groupe a sollicité, en 2026, le placement en redressement judiciaire de 16 de ses points de vente (dans 12 villes).
Dégradation diffuse
D'autres enseignes subissent également des déclins marqués. Six librairies, soit deux de plus que l'an passé, ont ainsi souffert d'une perte de plus de 20 % de leur chiffre d'affaires, dont Sauramps Cévennes à Alès (-20,2 %) et Sauramps Odyssée à Montpellier (-22,5 %). Laquelle a définitivement baissé le rideau au début de l'année 2026. Au global, le réseau Sauramps, qui vient de demander mi-juin son placement en redressement judiciaire, a rétrogradé à la 20e place du classement des groupes avec un chiffre d'affaires passé de 8,8 millions d'euros en 2024 à 7,4 millions d'euros en 2025.
Treize autres librairies ont également observé une baisse de plus de 10 % de leur chiffre d'affaires. Parmi elles figurent, là encore, Sauramps via son enseigne Comédie à Montpellier (-14 %), mais aussi Gibert Joseph à Poitiers (-10,3 %) ou à Grenoble (-10,8 %). Mais cette régression concerne aussi des acteurs plus inattendus, à l'instar de Birmann-Majuscule, plus vieux commerce de Thonon-les-Bains (-14,7 %), de la prestigieuse et centenaire librairie Galignani à Paris (-10,2 %) ou encore de Folies d'encre au Raincy en Seine-Saint-Denis, qui après une forte progression en 2024 trébuche et perd 13,4 %.
Certes, les baisses les plus sévères touchent moins d'établissements qu'en 2024. Mais cette relative accalmie masque une dégradation plus diffuse, portée par un nombre croissant de librairies en recul et l'élargissement des acteurs impactés, des indépendants aux chaînes de librairie, dont le modèle économique semble particulièrement fragilisé.
Quelques prouesses notables
Dans ce contexte difficile, quelques enseignes parviennent encore à se démarquer par des performances exceptionnelles. Parmi celles affichant une croissance importante figurent notamment La Procure des Bernardins à Paris (+171,5 %), eMLS à Vitrolles (+124,5 %), la librairie Cufay à Abbeville (+41,4 %), la librairie des Danaïdes à Aix-les-Bains (+28 %) ou encore l'enseigne Les Petits mots à Chatou (+27,2 %).
D'autres librairies, notamment adossées à des institutions culturelles, ont également réalisé de belles prouesses. C'est le cas du groupe RMN, qui a bénéficié des retombées positives de la réouverture, en 2024, du Grand Palais, sa librairie ayant réalisé un chiffre d'affaires avoisinant les deux millions d'euros en 2025. Un score conforté par celui de la librairie du Musée Picasso (+47 %) et permettant au groupe de contrebalancer les difficultés traversées par les enseignes liées au Musée d'Orsay (-12,2 %) ou au Musée de Cluny (-16 %).
Un podium inchangé
De son côté, le top 10 évolue peu et conserve, à sa tête, un trio immuable. Malgré un recul de son chiffre d'affaires et un contexte économique tendu, la librairie Gibert Joseph boulevard Saint-Michel à Paris maintient sa position de leader avec 44,7 millions d'euros de revenus. Elle est une fois encore talonnée par la librairie Mollat à Bordeaux, solide dauphine malgré une érosion de 2,6 %. Amalivre complète le podium non sans montrer, elle aussi, des signes de tassement (-0,6 %).
Derrière, la hiérarchie se recompose à la marge. La coopérative SavoirsPlus à Brissac se maintient à la 4e position, tandis qu'Arthaud à Grenoble retrouve des couleurs grâce à une progression de 15,4 %, atteignant 14,4 millions de chiffre d'affaires. De la même façon, la librairie Cufay, gravit deux marches grâce à une croissance forte et continue.
L'enseigne dépasse ainsi le phare de la Ville rose, Ombres Blanches, en recul de 1,8 %. La librairie internationale Kléber, à Strasbourg occupe la 8e position. Un rang qui pourrait évoluer à l'avenir, en raison de sa fermeture, fin décembre 2025, pour des travaux de rénovation. En perte de vitesse (-4,2 %), la librairie Dialogues à Brest régresse quant à elle de trois places pour atterrir au 9e rang. Tandis que La Procure Saint-Sulpice (Média-Participations) à Paris ferme la marche avec une progression de 9,5 %, lui permettant de déclasser Le Failler à Rennes (+6,9 %) et Le Hall du Livre à Nancy (-2,8 %).

