23 janvier > Essai Etats-Unis

Du fratricide biblique entre Caïn et Abel au génocide rwandais, l’homme a d’abord massacré ses semblables, ceux qui lui étaient le plus proches. La thèse n’est pas nouvelle. Freud avait déjà exploré cette pulsion mortelle dans plusieurs ouvrages dont Malaise dans la culture (GF-Flammarion, 2010), et René Girard en avait fait le pivot de sa réflexion dans La violence et le sacré (Pluriel, 2011). Mais Russell Jacoby aborde ce thème en historien. Ce professeur à l’université de Californie prévient d’emblée qu’il n’a pas d’explication et qu’il ne souhaite pas en ajouter aux multitudes déjà existantes, qu’elles soient sociologiques, psychologiques ou anthropologiques. Il préfère dérouler le fil des tueries - la Saint-Barthélemy, les cathares, 14-18, etc. - jusqu’à la Shoah. Dans un chapitre particulièrement éclairant, il explique comment au cours des siècles on a cherché à distinguer les juifs pour en faire des étrangers, alors qu’ils ne l’étaient pas.

« Les principaux conflits de notre époque sont des luttes fratricides et régionales, ethniques ou religieuses : sunnites irakiens contre chiites irakiens, Tutsis rwandais contre Hutus rwandais, musulmans des Balkans contre chrétiens des Balkans, Nord-Soudan contre Sud-Soudan. »

L’assassinat cher à Thomas De Quincey n’est désormais plus considéré comme un des beaux-arts, mais comme un bazar. En effet, on ne comprend pas très bien pourquoi, tout à coup, un poignard se lève et tous les couteaux suivent jusqu’à l’extermination. Récemment, dans L’effet Lucifer (CNRS éditions, 2013), le psychiatre Patrick Clervoy cherchait, au travers des mêmes cataclysmes de l’histoire, à saisir comment des hommes pouvaient se transformer en bourreaux plus ou moins ordinaires. De cette immersion dans la cruauté, Russell Jacoby indique que le « je tue il » est en réalité un « je tue nous ». C’est moins la peur de l’autre que celle du semblable qui provoque ce décrochage du sens moral. Et cela depuis la nuit des temps… L. L.

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