Tout juste dix jours après la nomination d'une nouvelle présidente pour la structure du pass Culture, Laurence Tison-Vuillaume, le dispositif va évoluer dès ce samedi 1er mars, selon un décret paru ce vendredi 28 février au Journal officiel.
Les moins de 17 ans exclus du pass Culture
Ce décret, signé par le premier ministre François Bayrou et huit ministres du gouvernement, modifie les montants de la part individuelle du pass Culture.
Désormais, les bénéficiaires seront crédités de 50 euros à l'âge de 17 ans, puis de 150 euros à 18 ans, qu'ils pourront utiliser pendant quatre ans contre deux jusqu'à présent. Un bonus de 50 euros sera accordé aux bénéficiaires porteurs de handicap et sur critères sociaux.
Quant aux moins de 17 ans, ils ne bénéficieront plus d'un crédit individuel pour l'achat de biens culturels dans le cadre du pass Culture.
Dans un entretien accordé au journal Le Monde, la nouvelle présidente Laurence Tison-Vuillaume a justifié les raisons et les objectifs derrière les réformes du dispositif, mis en place en 2021 selon la volonté du chef de l’État Emmanuel Macron.
Selon elle, le but principal est de rendre le pass Culture plus universel tout en répondant à des contraintes budgétaires. Ainsi, le crédit de 150 euros pour les jeunes de 18 ans sera ajusté en fonction des critères sociaux, avec des bonifications possibles pour les jeunes en situation de handicap ou de condition modeste.
Combien ?
Elle a également abordé la question de la réforme du modèle du pass Culture, en mentionnant que l'objectif était de diversifier les pratiques culturelles des jeunes. Les critères d’éligibilité des acteurs culturels vont également évoluer pour favoriser des initiatives plus proches du spectacle vivant, et les jeunes auront plus d'opportunités d'explorer des expériences culturelles variées grâce à des efforts en matière de médiation et d'éditorialisation.
Laurence Tison-Vuillaume a souligné l’importance d'améliorer la visibilité de l'offre culturelle locale, notamment via la géolocalisation des événements, en expérimentant cela en région Grand Est.
Un « tour de France » prévu
Elle a aussi évoqué le défi de toucher les jeunes les plus éloignés de la culture. Bien que le pass Culture ait rencontré un franc succès, environ 15 % des jeunes ne l'ont pas activé. Pour y remédier, un « tour de France » est prévu afin d’aller à la rencontre de ces jeunes, avec l'aide des services déconcentrés de l’État, des réseaux associatifs et des partenaires culturels.
Concernant la part collective du pass Culture, Laurence Tison-Vuillaume a assuré que des efforts seraient faits pour préserver ce volet destiné aux établissements scolaires, malgré les craintes liées à sa réduction budgétaire. La présidente confirme son importance et souhaite l'articuler au mieux avec la part individuelle, en préservant son impact dans le domaine éducatif.
Contactés, les syndicats professionnels des éditeurs (SNE) et des libraires (SLF), qui défendaient le maintien du dispositif tel qu'il permet aux jeunes de consommer de la lecture, n'ont pas encore réagi. En fin d'année, alors que le débat sur la réforme du pass se poursuivait, Renaud Lefebvre assurait à Livres Hebdo « qu'avec 95 millions d'euros générés pour l'achat de livres, le dispositif représente 2% du marché en France ».
Le Syndicat de la librairie française avait rappelé dès juin que « dans certaines librairies, les dépenses du pass des jeunes représentaient jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires ». Lors des dernières rencontres nationales de la librairie (RNL 2024), à Strasbourg, le SLF a également partagé une étude selon laquelle les jeunes utilisent en moyenne 54 % de leur crédit vers le livre, tandis que la SAS évoquait un taux de 43 % des achats à destination du livre entre septembre 2023 et septembre 2024 (lire ci-après).
Un temps évoqué par le ministère de la Culture, le fléchage obligatoire d'une partie des crédits vers une industrie culturelle particulière comme le spectacle vivant n'a finalement pas été retenu.