Le Nobel de la paix pour Nadia Murad et Denis Mukwege | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 05.10.2018 à 12h22 (mis à jour le 09.10.2018 à 09h29) Livres

Le Nobel de la paix pour Nadia Murad et Denis Mukwege

Le Nobel de la Paix a récompensé le médecin congolais dont le combat "pour réparer les femmes" violées et mutilées a traversé les frontières et une ancienne esclave sexuelle de Daech dont le témoignage a ébranlé le monde.

Le prix Nobel de la Paix, dévoilé ce vendredi 5 octobre, distingue la yézidie Nadia Murad et le médecin gynécologue congolais Denis Mukwege, "pour leurs efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre". En récompensant à la fois un médecin au cœur des conflits, et une victime, ancienne esclave de l'Etat islamique, le comité du Nobel a voulu symboliser une cause planétaire qui va du mouvement #metoo aux violences faites aux femmes.

Nadia Murad a écrit Pour que je sois la dernière, publié chez Fayard en février. Traduit par Odile Demange et préfacé par l'avocate Amal Clooney, le récit revient sur le parcours de la jeune femme bouleversé en 2014 quand les djihadistes de Daech entrent dans son petit village rural de Kocho, en Irak, et massacrent tous les hommes de la communauté yézidie qui refusent de se convertir à l'islam, ainsi que les femmes trop vieilles pour servir d'esclaves sexuelles. Nadia, 21 ans, est emmenée à Mossoul pour y être vendue. Elle passe ainsi de propriétaire en propriétaire, réduite à l'état d'esclave sexuelle, et subissant même un viol collectif. Battue, violée, elle réussit un jour à s'enfuir et à trouver refuge chez des sunnites. Son témoignage avait ému le monde entier.
Le 16 septembre 2016, elle est devenue ambassadrice de bonne volonté des Nations unies pour la dignité des victimes du trafic d'êtes humains. Elle a également reçu le prix Sakharov et le prix des Droits de l'homme Vaclav-Havel. Un documentaire, On her shoulders d'Alexandria Bombach lui a été consacré. Il tourne dans les festivals depuis janvier.

 

Denis Mukwege, médecin, gynécologue, pasteur évangélique, et militant des droits humains, est connu sous le nom de "L'homme qui répare les femmes". C'est aussi le titre du livre de Colette Braeckman paru en 2012 chez André Versaille éditeur et réédité en 2016 à La Renaissance du livre (L'homme qui répare les femmes: violences sexuelles au Congo, le combat du Docteur Mukwege). Le médecin, avec le Dr Guy-Bernard Cadière, avait écrit en 2014 Panzi: au Congo, deux médecins soignent des femmes violées et luttent à leurs côtés contre la barbarie (éditions du Moment), soit le témoignage du lauréat du Nobel spécialisé dans la reconstruction du corps des femmes victimes de viols et de mutilations. 
En 2016, il publie chez L'Archipel Plaidoyer pour la vie, où il évoque sa vocation, de l'hôpital de Panzi au Kivu, son combat pour faire reconnaître les violences subies par les femmes par la communauté internationale, la protection dont il fait l'objet. Le livre avait reçu le Prix Grand témoin de la France Mutualiste 2017. Il a par ailleurs préfacé le roman de Véronique Ahyi-Hoesle, Noire Datura: portraits du Sud-Kivu (L'Harmattan, 2017).
Enfin, l'éditeur religieux Première Partie sort le 5 novembre le 2e numéro de son magazine Jésus!, avec Arielle Dombasle en rédactrice en chef pour une thématique intitulée Jésus et les femmes, où l'on retrouvera le médecin congolais parmi les intervenants.
Denis Mukwege a été le sujet de deux films documentaires - Congo, un médecin pour sauver les femmes d'Angèle Diabang en 2014 et L'homme qui répare les femmes: la Colère d'Hippocrate, de Thierry Michel et Colette Braekman en 2015. Figure politique et populaire, il a été distingué par plusieurs prix au cours de sa carrière: le prix Olof Palme, le prix des Droits de l'Homme des Nations Unies, le prix Roi Baudoin, le Grand prix de la Fondation Chirac, le prix de la Fondation Clinton, le prix Primo Levi, le prix Sakharov...

 
close

S’abonner à #La Lettre