Débat

Le Clézio défend l’"ouverture des frontières" et tacle Houellebecq

JMG Le CLezio en dédicace après une conférence à la Bibliothèque nationale royale du Maroc en 2014. - Photo ALW

Le Clézio défend l’"ouverture des frontières" et tacle Houellebecq

Invité du Hay Festival en Colombie, l'écrivain voyageur Jean-Marie Gustave Le Clézio égratigne à la fois l'espace Shengen qu'il juge honteux, et Soumission de Michel Houellebecq, qu'il accuse de raviver la peur de l'islam.

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Par Souen Léger,
avec AFP,
Créé le 02.02.2015 à 16h24,
Mis à jour le 02.02.2015 à 17h36

Les récents attentats islamistes en France n'ont pas changé la vision du plus nomade des écrivains hexagonaux. Invité du Hay Festival en Colombie, Jean-Marie Gustave Le Clézio a lancé un plaidoyer pour l'"ouverture des frontières”.

"Il ne faudrait pas dresser encore d'autres frontières mais au contraire, les baisser..., que les gens puissent circuler plus facilement et partout”, a affirmé l'écrivain de 74 ans en marge du festival littéraire qui s'est achevé dimanche 1er février dans la ville de Carthagène des Indes.

On est en train de fermer l'Europe à l'Afrique, à l'Orient, même à l'Amérique Latine Jean-Marie Gustave Le Clézio
 
"Une identité multiple”, c'est ainsi que se définit le Nobel de littérature 2008, qui a vécu dans plusieurs continents. L'auteur de Désert et de L’Africain n'hésite pas à qualifier de "honte” l'espace Schengen européen. "On est en train de fermer l'Europe à l'Afrique, à l'Orient, même à l'Amérique Latine”, dénonce-t-il.
 
Les polémiques sur l'immigration, ravivées par les attaques meurtrières survenues en janvier en France, dont l'assaut contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, n'ont pas leur place dans l'univers de Le Clézio. Dans une lettre à sa fille, publiée par le quotidien Le Monde, il la félicite d'avoir participé aux rassemblements en hommage aux victimes, tout en assurant que leurs assassins, en situation d'échec dans la société française, ne "sont pas des barbares”. Cette position lui a valu de nombreuses critiques, dont celle d'un autre prix Nobel de littérature, le Péruvien Mario Vargas Llosa.
 
"Je sais qu'on peut remédier à la pauvreté et l'isolement des banlieues”, insiste l'écrivain français. "Il faudrait qu'il y ait davantage de communication mais après ça, on ne pourra pas empêcher les fous d'être fous. Simplement il ne faut pas qu'ils soient armés.”

Je ne pense pas que ce soit un bon message à donner aux Français, de leur dire qu'ils doivent avoir très peur de l'islam Jean-Marie Gustave Le Clézio à propos de "Soumission" de Michel Houellebecq
 
Face aux restrictions de circulation, la littérature lui semble en tout cas "un bon moyen de pouvoir franchir les frontières”. Le succès rencontré par Soumission, le roman de Michel Houellebecq qui dépeint l'élection d'un président musulman à l'Elysée, est loin de convaincre Le Clézio.
 
"Je n'aime pas beaucoup le titre de ce livre et je ne le lirai probablement pas parce que je ne pense pas que ce soit un bon message à donner aux Français, de leur dire qu'ils doivent avoir très peur de l'islam”, lance-t-il.
 
Plus porté vers "une littérature optimiste”, le Nobel français confie son intention de continuer à écrire depuis différents points de la planète. Interrogé sur ses prochaines œuvres, il a évoqué un roman qui pourrait s'intituler L'âme, du nom de la propriété de ses parents, bretons immigrés à l'île Maurice, ainsi qu'un autre livre, fruit d'un travail avec ses élèves en Chine où il a été nommé professeur d'honneur par une université.

Commentaires (3)

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J-F Gouband

il y a 5 ans à 08 h 56

Rappelons le mot de Gide...Le Clezio parle du cœur comme d'autres parlent du nez.


P

Philosophe

il y a 5 ans à 12 h 17

Le Clézio citoyen du monde a raison pour l'ouverture des frontières comme à l'époque des néanderthaliens où l'on passait d'un coin à un autre du monde, aujourd'hui après des milliers de guerres, de massacres, de prises de citadelle, de pays, d'oppression, les peuples se sont organisés comme ils l'ont pu, et déjà tout craque, tout va vers un bouleversement, les hommes ne savent plus où ils en sont, et certains qui naviguent dans le monde le nez en l'air, les hôtels ouverts, les poches pleines donnent leur point de vue, qui est celui des surfeurs sur le toit du monde, sur la tête des peuples et des gens. Un mépris total pour l'équilibre mondail.


P

Patrice Gabet

il y a 5 ans à 11 h 52

LE GRAND VOYAGEUR DEVRAIT COMMENCER A ENVISAGER LA RETRAITE ET DISNEY WORLD ME SEMBLE UN ENDROIT PARTICULIEREMENT ADAPTE A CE BEL ECRIVANT A QUI IL N'AURA MANQUE QU'UNE PAIRE DE LUNETTES.


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