L'avenir de la critique culturelle à l'ère numérique | Livres Hebdo

Par Pierre Georges, le 19.11.2015 à 21h19 (mis à jour le 24.11.2015 à 12h46) Débat

L'avenir de la critique culturelle à l'ère numérique

Quel avenir pour la critique culturelle ?, au CNL jeudi 19 décembre - Photo PIERRE GEORGES, LIVRES HEBDO

A l'occasion d'un colloque organisé jeudi 19 novembre par NonFiction.fr au Centre national du livre à Paris (CNL), plusieurs professionnels du secteur se sont interrogés sur l'avenir de la critique culturelle à l'ère du numérique.  

"L'ère du numérique, en transformant considérablement les formes de lecture et en offrant une surabondance de contenus, a largement contribué à mettre à mal la fonction critique traditionnelle", précisait la présentation de la table-ronde qui se tenait jeudi 19 novembre rue de Verneuil à Paris, dans les locaux du Centre national du livre (CNL), à l'occasion d'un colloque professionnel organisé par le site nonfiction.fr. Etaient présents : Guillaume Teisseire, co-fondateur du réseau social Babelio, Quentin Leclerc, auteur du Boloss des Belles Lettres (J'ai lu), Nathaniel Philippe, co-fondateur de la plateforme de lecture de presse en ligne LeKiosk, Nicolas Princen, fondateur de Glose, ou encore Louis Viallet, du service de curation musicale Soundsgood. L'universitaire spécialisé en intelligence artificielle Jean-Gabriel Ganascia participait également au débat. La rencontre était animée par Vincy Thomas, journaliste à Livres Hebdo. 

Un changement de curseur
 
" Les livres qui bénéficient le plus de Babelio sont ceux qui sont délaissés par la presse traditionnelle, et que les internautes veulent critiquer et recommander eux mêmes", a expliqué Guillaume Teisseire, alors que chacun présentait sa vision de la critique culturelle actuellement. De l'avis de tous, le curseur de la critique se déplace, mais n'efface pas la notion même de prescription de produits culturels.  
 
"Il y a un vrai rapprochement entre les éditeurs, les lecteurs et les auteurs, qui s'affranchissent de la barrière de la critique traditionnelle", a expliqué Nicolas Princen. Son réseau social de lecture, Glose, mise sur l'innovation et veut augmenter l'expérience de lecture en permettant d'annoter sa lecture numérique sur son mobile et de partager ses commentaires avec son réseau. 
 
Mais comment s'opère la prescription maintenant ? Les algorithmes de recommandations remplaceront-ils à terme journalistes et libraires, et mettent-ils en avant une culture de masse trop formatée ? "Ce que le libraire construit pendant des mois ou des années par le dialogue et l'expérience, peut être fait aujourd'hui en quelques achats par les algorithmes d'Amazon. On est plus perdu aujourd'hui quand on est à la Fnac que sur le site internet d'Amazon", s'est risqué Quentin Leclerc. "La puissance des algorithmes de recommandation se révèle quand on y mêle un éclectisme tout humain, et c'est un rôle que peuvent jouer les nouveaux influenceurs culturels", a pondéré Louis Viallet.
 
"La fonction du critique, qui jouait le rôle de tamis entre ce qui serait bon et ce qu'il ne le serait pas tombe depuis l'apparition du web participatif", a confirmé l'universitaire Jean-Gabriel Ganascia. "Le livre et la lecture se modifient avec l'innovation, et la critique change peu à peu de forme. Le numérique change la donne, et c'est un moment de mutation passionnant que nous sommes en train de vivre".

De la télévision aux réseaux sociaux
 
"Les rapports d'influence se sont complètement renversés sur internet, et les recommandations culturelles de nouveaux blogueurs ou personnalités du web ont parfois bien plus d'impact que les pages cultures de grands médias nationaux" a constaté Louis Viallet, s'accordant par ailleurs avec tous les autres intervenants sur le trop peu de place accordé au livre dans les médias, en particulier à la télévision. "De toute manière, la télévision n'est plus prescriptrice pour les jeunes générations qui s'informent majoritairement par les réseaux sociaux", a constaté Nicolas Princen. 

Smart(phone) expert
 
Un effet de génération qui ne rend que plus salutaire la place d'Internet dans la critique culturelle actuelle. " Le soucis étant que tout le monde peut se déclarer expert avec un téléphone dans la poche", d'après Nathaniel Philippe. Malgré tout, l'intérêt pour les produits culturels ne disparait pas pour autant, et "le bouche à oreille reste avant tout la raison première de l'achat d'un livre. Pourquoi dès lors ne pas en profiter et l'adapter aux innovations technologiques ?", a continué le créateur de Glose, Nicolas Princen. 
 
"L'important, a conclu Jean-Gabriel Ganascia, étant de dédramatiser la situation et de remettre le contenu et la qualité au centre de tout. Chaque audience garde sur Internet sa propre critique, par ses propres experts". Nicolas Prencen abonde en ce sens, citant entre-autres le cas de l'écrivain John Green, qui a "tout compris en prescrivant ses coups de coeur littéraires dans des vidéos où ils se met au niveau de ses lecteurs".
 

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