Fondées en décembre dernier par Louis Maistre, 22 ans, les éditions Créatures entendent défendre une littérature contemporaine tournée vers les primo-romanciers et les nouvelles générations de lecteurs. Auteur lui-même d’un premier roman à 19 ans, Le régiment des lettres (Publiwiz), le jeune éditeur a ouvert le 10 juin son catalogue avec son deuxième livre, Dröome, un recueil de nouvelles tiré à 500 exemplaires.
Les éditions Créatures, qui prévoient un rythme de cinq à six parutions annuelles, entendent explorer de nouvelles formes narratives tout en accordant un soin particulier à la fabrication de leurs ouvrages. À la rentrée de septembre, elles lanceront une collection, baptisée « Dada ». Présentée comme une « contre-Pléiade », celle-ci ambitionne de remettre en lumière des auteurs tombés dans l’oubli ou insuffisamment représentés en France grâce à un important travail éditorial et graphique. « L’idée est d’aller chercher tous les auteurs oubliés qui ne méritaient pas de l’être et de les remettre au goût du jour », explique Louis Maistre. Parmi les premiers noms envisagés figure l’auteur américain de science-fiction Harlan Ellison ou encore Antoine Blondin.
Une maison créée en autodidacte
Après avoir quitté des études de sciences politiques à l’université Paris II Panthéon-Assas, Louis Maistre a décidé de créer sa propre structure, une expérience qu’il mène désormais à temps plein avec Olivia Malathriti, 20 ans, qui l’a rejoint dans l’aventure.
Sans réseau dans l'édition, Louis Maistre apprend les rouages du métier de manière autodidacte : « Je ne connaissais personne, donc j’ai tâtonné avec la diffusion, la distribution, etc. » À force de recherches et de prises de contact, il parvient dans un premier temps à échanger avec plusieurs responsables d’Editis. Puis les rencontres s'enchaînent et lui permettent de nouer des partenariats. Créatures est aujourd’hui diffusé par CED-Cedif et distribué par DG Distribution.
L’éditeur affirme avoir consacré l’intégralité de ses économies au lancement de la maison : « J’ai fait tous les petits boulots possibles et j’ai tout mis dans l’entreprise. » Cette autonomie financière est, selon lui, au cœur de son projet éditorial : « C’est l’idée que je voulais défendre avec la maison, il fallait commencer par ça. »
S'adresser à la jeunesse
Le projet est né d’un constat : selon Louis Maistre, la littérature peine à rivaliser avec d’autres formes culturelles auprès des jeunes générations. Son ambition est de contribuer à replacer le livre au cœur de l’imaginaire culturel : « J’aimerais que la littérature retrouve une puissance artistique comparable à celle de la musique ou du cinéma. » Pour lui, le livre conserve une singularité que les réseaux sociaux ou les écrans ne peuvent remplacer : « Ce que l’on trouve dans un livre ne peut être trouvé nulle part ailleurs. »
Créatures revendique une identité jeune : « L’ambition est de s’adresser à un public large tout en accordant une place importante aux nouvelles générations », explique le fondateur. Il regrette par ailleurs que les jeunes soient souvent davantage l’objet des discussions culturelles que leurs acteurs : « On parle souvent des jeunes plutôt qu’avec eux, ce qui donne parfois l’impression que leur point de vue est peu représenté. »
Des inspirations venues de la mode et de la musique
Pour façonner son modèle, Louis Maistre dit s’être inspiré de secteurs extérieurs au livre, notamment la mode, la musique indépendante et le cinéma. Une approche qui se traduit par une attention particulière portée à l’identité visuelle des ouvrages. Les couvertures sont conçues avec des artistes indépendants ou directement avec les auteurs. « J’ai envie de publier des choses que je n’ai jamais lues auparavant et que chaque livre soit une véritable création artistique », explique-t-il.
Sur le site de la maison, dont l’identité visuelle aux couleurs vives sur fond noir évoque l’univers des albums de musique, une version 3D du livre est accessible et peut être feuilletée en ligne.
Vers une « nouvelle vague » littéraire
Louis Maistre revendique enfin une volonté de participer à une « nouvelle vague » de la littérature française, en défendant à la fois de nouveaux auteurs et de nouvelles formes d’écriture. Cette recherche de nouveauté se retrouve également dans les textes sélectionnés : « Quand je reçois un texte, je me demande s’il peut modifier ma façon de penser ou de voir le monde, c'est ce genre de livres qui m'intéressent. »
Dröome s’inscrit dans cette démarche. Présenté comme un ensemble de « 19 petits romans », le livre joue avec les codes traditionnels du récit. À la fin de l’ouvrage, un numéro de téléphone permet aux lecteurs d’accéder à un message vocal expliquant la genèse du projet : « J’ai voulu proposer une liberté dans la forme et dans la lecture. On peut y entrer par différents chemins », explique son auteur.
Côté communication, Créatures mise fortement sur les réseaux sociaux, les partenariats avec des influenceurs et la production de contenus vidéo destinés à accompagner les sorties et à faire émerger ses auteurs auprès de nouveaux publics.
