18 août > Roman France

Le héros de cette histoire longue et chahutée, racontée à la première personne, s’appelle Juan del Monte Jonava. C’est un Afro-Cubain de sangs mêlés qui, pour avoir assisté dans les années 1950 à un concert du grand Benny Moré, dit "El barbaro del ritmo", a décidé de devenir chanteur. Depuis trente-cinq ans, sous le nom de Don Fuego, il fait les beaux soirs du Buena Vista Café, célèbre cabaret de La Havane, où il interprète tous les standards du grand répertoire latino. Dans le sang du peuple cubain, la musique coule comme un torrent. Il a 59 ans quand s’ouvre le roman, et un séisme vient ébranler son monde. L’Etat, propriétaire du Café, a décidé de le privatiser et le vend à une dame de Miami, dont la première décision est de faire table rase du passé et du personnel.

Voici donc Don Fuego viré brutalement, qui tombe dans une profonde déprime. Divorcé de sa femme Elena, plus qu’en froid avec sa fille Isabel, qui se moque de lui, et son fils Ricardo, un bon à rien dont il ne s’occupe guère, il vit dans des conditions minables chez sa sœur Serena qui se dévoue à toute la famille. Côté travail, alors qu’il pensait que son nom, sa réputation allaient lui attirer des offres de reclassement, personne ne le sollicite. Il survit en faisant des matinées par intérim à l’Hotel Nacional. Et se met à picoler sévère.

Jusqu’au jour où, dans un tram, il croise une certaine Mayensi. La conversation s’engage. Elle est un peu bizarre, cabossée par la vie, pas très précise sur ce qu’elle est venue faire à La Havane, alors qu’elle est originaire d’un village près de Camagüey. Petit à petit, Juan parvient à l’apprivoiser. Et, en dépit de tout ce qui les sépare, l’âge surtout, des zones d’ombre inquiétantes dans la vie de la jeune fille, le vieux chanteur va tomber fou amoureux d’elle. Elle va lui faire vivre des moments intenses, d’abord de parfaite félicité, puis un véritable enfer.

Elle lui cède. Ils s’installent en bord de mer, vivent comme deux Robinsons amoureux. Tandis que la carrière de Don Fuego semble redémarrer. Mayensi, folle de poésie, lui dédie même un poème. Il en fera plus tard une chanson, la seule à l’écriture de laquelle il ait participé. Mais, lors d’une réception pour la Fête nationale cubaine, en présence de Fidel en personne, où le couple a été invité, Juan va découvrir la vraie nature de Mayensi : une psychopathe. Tout bascule, elle disparaît. Il va se lancer à sa poursuite. En vain. Mais, quatre ans plus tard…

On préservera, bien sûr, le suspense de ce roman musical et enlevé, émouvant, thriller tropical que l’on n’attendait pas sous la plume de Yasmina Khadra. Il est vrai que "Quand il chante Don Fuego/Tout devient beau". J.-C. P.

Yasmina Khadra
Dieu n’habite pas La Havane
Julliard
Tirage : 70 000 ex.
Prix : 18 euros ; 312 p.
ISBN : 978-2-260-02421-7

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