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La Martinière se voit à nouveau en pleine croissance

Hervé de La Martinière - Photo O. DION

La Martinière se voit à nouveau en pleine croissance

Libéré du poids de sa diffusion-distribution, Hervé de La Martinière, P-DG du groupe du même nom, formule des projets de développement dans l’édition tout en préparant sa succession, promise à une nouvelle génération de dirigeants.

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Par Hervé Hugueny,
Créé le 11.09.2015 à 00h00,
Mis à jour le 11.09.2015 à 10h37

Peu de gens se souviennent qu’il y a vingt-trois ans, nous étions cinq dans une maison qui réalisait un million d’euros de chiffre d’affaires. Sans être prétentieux, je peux dire aujourd’hui que j’ai bâti un groupe magnifique, et dont le potentiel de développement est très fort", énonce Hervé de La Martinière, P-DG de l’entreprise à laquelle il a donné son nom. Cinq semaines après la cession de Volumen à Editis, il formule des projets de croissance "aussi bien externes qu’internes et focalisés sur l’édition" après cette expérience dans la diffusion-distribution qui a accumulé les déficits. "C’était une question d’indépendance, rappelle-t-il. Quand j’ai créé cette maison, je ne voulais pas être perdu dans la masse d’un de ces grands groupes d’où je sortais. Les choses ont changé, la logistique peut être traitée à l’extérieur. C’est différent pour la diffusion, mais l’entité de Volumen est préservée, et la nature de l’actionnaire ne va rien changer", estime-t-il, considérant que la transaction a été "exemplaire".

Marché anglo-saxon

L’objectif du patron-fondateur est maintenant d’encourager la circulation des titres entre les catalogues, "qu’Abrams partage son savoir-faire dans la jeunesse avec les autres filiales, que la créativité du Seuil en littérature se diffuse mieux. Pour le moment, la jeunesse et l’illustré sont ce qui marche le mieux dans cet échange, que je voudrais réussir aussi pour le texte. C’est une grosse valeur ajoutée pour les auteurs de trouver un accès au marché américain ou anglais", insiste-t-il. La filiale américaine est la pépite du groupe. Fondé en 1949, racheté en 1997, aujourd’hui dirigé par Michael Jacobs, Abrams connaît un succès extraordinaire depuis 2007 et le premier volume de Journal d’un dégonflé, titre de la traduction française publiée l’année suivante chez Seuil Jeunesse. "On vient de passer les 150 millions d’exemplaires, mais le catalogue d’Abrams est très complet et va bien au-delà de cette série", souligne Hervé de La Martinière. Ce Wimpy kid (son titre original) pèse lourd dans l’activité de l’éditeur basé à New York, qui emploie 160 personnes et dont "le chiffre d’affaires a atteint 120 millions de dollars l’an dernier [107 millions d’euros], avec une rentabilité fantastique", s’enthousiasme le P-DG. Il n’en dira pas plus sur les résultats du groupe, et respecte la volonté de discrétion absolue de Charles Heilbronn, soutien indéfectible rencontré lors du rachat d’Abrams, membre de la famille Wertheimer (propriétaire de Chanel), devenue actionnaire de référence de son groupe.

Portée par un taux de change favorable au dollar, la filiale américaine est devenue prépondérante depuis la cession de Volumen, qui a retranché 30 à 40 millions de chiffre d’affaires non consolidé au groupe, estime son dirigeant. Le nouveau périmètre compte près de 550 personnes, et atteint environ 200 millions d’euros de recettes. Si Abrams est appelé à se lancer dans la littérature adulte en 2016, par création interne ou rachat, la partie française devra amplifier sa croissance en jeunesse. "Les départements jeunesse de La Martinière et du Seuil seront regroupés dans une filiale. C’est le segment qui progresse le plus vite, passé de 3 à 10 millions d’euros en quelques années."

Ouvrir le catalogue

Le Seuil, qui sera de fait amputé d’une partie de son activité, "devra ouvrir son catalogue, vers les documents notamment, et redynamiser le policier, un des points forts depuis plusieurs années. Avec Points, L’Olivier, Métailié, Don Quichotte, les éditions du Sous-sol, la maison forme un bel ensemble, bien arrimé dans le groupe. Elle a retrouvé l’image qu’elle avait, que lui a créée son histoire. Les sciences humaines restent parmi ses références", martèle celui qui en avait pris le contrôle en 2004, à la surprise générale. Hervé de La Martinière voit aussi du potentiel de croissance chez Knesebeck, la filiale allemande (5 millions d’euros de CA).

Si le P-DG entend "rester bien à la barre", il souhaite néanmoins "prendre du recul" et préparer sa succession. "J’ai l’âge [68 ans] et le parcours qui m’autorisent à le faire. D’autre part, je suis persuadé que l’édition évoluera de façon considérable, dans un sens que seule une nouvelle génération de jeunes dirigeants sera capable d’appréhender", affirme-t-il.

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