Lire aussi : La littérature, nouveau défi du soft power coréen
Ko-eun Yun, la comédie de mœurs sauce piquante
Ko-eun Yun- Photo JIN-OK KIMPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Une paire de baguettes entre les doigts, sa mère pointait la salade de choux qu’elle venait de préparer en lui demandant de décrire ce qu’elle voyait. Ko-eun Yun se souvient que, pas plus toute haute que trois pommes, elle était forcée de s’exprimer. Quand ses copines étaient invitées à la maison, le petit jeu se transformait en mini concours d’éloquence… Adulte, celle à qui on avait précocement inoculé le goût des mots devient écrivaine. Et sa palette lexicale de se doubler d’un sens particulier de la perspective – un regard acide sur la Corée d’aujourd’hui. Après Les touristes du désastre (La croisée, 2021), où le capitalisme jamais à court d’imagination propose des voyages organisés dans des pays frappés par le malheur, Ko-eun Yun imagine dans son nouveau roman traduit en français une plasticienne sud-coréenne en résidence dans une fondation d’art contemporain en Californie dirigée par… un chien ! L’œuvre en flamme [titre provisoire] paraît cet automne aux éditions Héloïse d’Ormesson.
Bora Chung, l’horreur près de chez vous
Bora Chung- Photo JIN-OK KIMPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Dire que Bora Chung est une autrice « à suivre » n’est pas tout à fait juste, eu égard au nombre de fans et autres followers et vu que, parmi les auteurs de genre coréens, elle est déjà très suivie. La ronde de nuit (Rivages, 2025) fait se croiser des récits dans un institut de recherche sous haute surveillance, qui devient l’incarnation même de l’horreur. Une vigile raconte les tours qu’elle effectue nuitamment, et cette fois où quelqu’un s’est retrouvé à un niveau du parking qui n’existait pas auparavant. Le « la » est donné. Mouchoir, paire de baskets, livre… L’institut conserve des objets hantés qui chacun ont un drame à raconter. Et comme dans Lapin maudit (éd. Matin calme, 2023, repris en « Rivages poche ») recueil de nouvelles, en dernière sélection du Prix international Booker, tout l’art de Bora Chung est de nous faire basculer par le truchement de personnages ultra banals dans la dimension horrifique, sans crier gare, comme on glisserait sur une peau banane paranormale.
Sang Young Park, le pink power
Sang Young Park- Photo JIN-OK KIMPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Selon un critique coréen, il y a un avant et un après S’aimer dans la grande ville (La croisée, 2024). La manière de dépeindre les personnages queer se départit complètement de ce qu’offrait la fiction nationale avant le roman de Sang Young Park. Ici ni honte ni pitié. Pourtant le rejet, le HIV, les thérapies de conversion… Le jeune auteur gay n’évite aucun sujet qui fâche, il les traite juste avec cette légèreté camp qui désamorce la pesanteur et à travers un protagoniste plein de sève et toujours en verve. Anatomie d’une génération d’urbains – les millennials séouliens – S’aimer dans la grande ville est aussi une formidable histoire d’amitié, entre le narrateur et son alter ego féminin, une fille libre comme lui, et faisant fi du « qu’en-dira-t-on ? ».
Le roman a été adapté au cinéma et en K-drama. La bande-annonce de la série télé n’a pas pu être diffusée pour la promotion sous la pression de lobbys conservateurs. La production a dû céder… Ce qui ne fait que corroborer la nécessité de l’œuvre de Sang Young Park et le motiver encore davantage dans son combat pour la reconnaissance des droits LGBT en Corée.



